La Tunisie a accumulé près de 11 milliards de dinars de recettes touristiques et de revenus du travail depuis le début de l’année au 20 août 2026. Malgré la progression de ces deux sources de devises et la baisse du service de la dette extérieure, les avoirs nets en devises restent sous pression : leur valeur atteint 25,155 milliards de dinars, mais leur couverture des importations recule à 98 jours, contre 107 jours un an auparavant.
Près de 11 milliards de dinars en huit mois
Les recettes touristiques ont atteint 5,127 milliards de dinars au 20 août, enregistrant une hausse de près de 5 % sur un an. Dans le même temps, les revenus du travail ont progressé de 5,4 %, pour atteindre 5,869 milliards de dinars.
À eux deux, ces flux ont ainsi généré 10,996 milliards de dinars, soit près de 11 milliards. Le montant représente une progression de près de 2 milliards par rapport au précédent pointage de juillet, lorsque tourisme et revenus du travail cumulaient un peu plus de 9 milliards de dinars.
Ces recettes constituent deux des principales sources de devises de la Tunisie. Leur progression est donc plutôt favorable pour les équilibres extérieurs, d’autant que le service de la dette extérieure s’est également inscrit en baisse.
Des réserves plus élevées, mais une couverture qui se dégrade
Le paradoxe apparaît lorsqu’on regarde les avoirs nets en devises sous un autre indicateur.
Les réserves atteignent 25,155 milliards de dinars, un niveau supérieur à celui enregistré un an auparavant. Pourtant, elles ne représentent plus que 98 jours d’importation, contre 107 jours un an plus tôt selon le point de comparaison retenu.
Autrement dit, la hausse de la valeur des réserves ne signifie pas automatiquement une amélioration de leur capacité à couvrir les besoins du pays. L’indicateur en jours dépend également du rythme des importations : lorsque les besoins d’importation augmentent, un même stock de devises permet de couvrir moins longtemps les achats extérieurs.
La situation s’était déjà illustrée au cours du mois d’août : les avoirs en devises avaient atteint 25,256 milliards de dinars le 10 août, pour une couverture de 99 jours, avant de revenir à 98 jours.
La dette extérieure pèse moins sur les ressources en devises
Un autre élément mérite d’être mis en regard de ces chiffres : le service de la dette extérieure recule.
Au 20 juillet, il s’élevait à environ 7,5 milliards de dinars, contre 9 milliards un an auparavant, soit une diminution de l’ordre de 1,5 milliard de dinars.
Cette tendance réduit théoriquement la pression exercée par les remboursements extérieurs sur les ressources en devises. Elle ne suffit toutefois pas à empêcher le recul de la couverture des importations.
Le contraste est donc particulièrement intéressant : les recettes touristiques progressent, les transferts des Tunisiens à l’étranger progressent, le service de la dette diminue et les réserves dépassent 25 milliards de dinars en valeur, mais le nombre de jours d’importation couverts reste orienté à la baisse.
Le vrai indicateur à surveiller
Le chiffre des 11 milliards de dinars ne doit donc pas être interprété isolément comme une amélioration mécanique de la situation extérieure.
Pour mesurer la solidité réelle du matelas de devises, il faut suivre simultanément les entrées de devises, les réserves, le service de la dette et surtout les besoins d’importation.
C’est ce croisement qui explique le paradoxe actuel : la Tunisie continue de bénéficier d’un flux important de devises provenant du tourisme et de sa diaspora, mais ces entrées doivent être mises en regard d’une économie dont les besoins extérieurs restent suffisamment élevés pour que la couverture des importations tombe à 98 jours.
Le chiffre des réserves reste donc élevé en valeur absolue, mais leur capacité relative à financer les importations constitue le véritable indicateur à surveiller dans les prochains mois.
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