La circulation des billets et des pièces en Tunisie vient de franchir un seuil inédit. Elle a atteint 30,04 milliards de dinars au 21 août 2026, contre 25,9 milliards un an plus tôt, soit une progression d’environ 16% en douze mois, selon les données de la Banque centrale de Tunisie rapportées par Reuters. Ce niveau représente environ 10,5 milliards de dollars et traduit une présence croissante de l’argent liquide en dehors du système bancaire.
Un record de liquidités hors des banques
Le chiffre est particulièrement significatif par son impact potentiel sur le financement de l’économie. Lorsque davantage d’argent est conservé sous forme de billets et de pièces plutôt que sur des comptes bancaires, les ressources disponibles dans le système bancaire peuvent se contracter.
Cette évolution est susceptible de compliquer la gestion de la liquidité des banques et de réduire les fonds pouvant être mobilisés pour financer les ménages et les entreprises, souligne Reuters.
Le phénomène intervient alors que l’économie tunisienne reste fortement dépendante du cash dans les transactions quotidiennes.
La réforme des chèques dans le viseur
Pour Reuters, la progression du cash serait en partie liée à la nouvelle réglementation des chèques entrée en vigueur en 2025.
Le durcissement des règles encadrant l’utilisation des chèques et le renforcement des sanctions contre les chèques sans provision ou invalides auraient incité certains particuliers et entreprises à retirer davantage d’espèces afin de régler leurs transactions.
Il convient toutefois de nuancer ce lien. Les données de la BCT montrent également que l’institution attribue l’évolution de la circulation fiduciaire à plusieurs facteurs, notamment les dépenses saisonnières liées au mois de Ramadan, aux fêtes, à la rentrée scolaire, à la saison estivale ou encore aux campagnes agricoles, ainsi qu’aux modifications réglementaires touchant certains instruments de paiement.
Le paradoxe des paiements électroniques
Le record intervient par ailleurs dans un contexte où les paiements électroniques progressent.
Au premier semestre 2026, les paiements représentaient 42% du nombre des opérations monétiques, contre 58% pour les opérations de retrait d’espèces. Dans le même temps, le nombre de chèques traités a reculé de 10,7% sur un an, pour atteindre 3,6 millions de chèques, tandis que leur montant a diminué de 12,5%, à 24,146 milliards de dinars.
Le recul du chèque ne signifie donc pas automatiquement une disparition du cash : une partie des transactions semble plutôt se déplacer vers les espèces, alors que les moyens de paiement numériques progressent encore lentement.
Un défi pour le financement de l’économie
Reuters souligne également que l’adoption des paiements électroniques et des services bancaires numériques reste lente, notamment en dehors des grandes agglomérations. Cette préférence persistante pour les espèces contribue à maintenir une quantité importante de monnaie en dehors des comptes bancaires.
Le franchissement des 30 milliards de dinars pose ainsi une question plus large : alors que la Tunisie cherche à développer les paiements numériques et à améliorer l’inclusion financière, une masse croissante de liquidités circule encore en dehors du système bancaire.
Pour les banques, l’enjeu est désormais de gérer cette demande élevée de cash sans que la sortie de liquidités ne pèse davantage sur leur capacité à financer l’économie.
Lire aussi :