Il y avait eu la poignée de main, le banquet au Palais du Peuple, les formules sur une relation « meilleure que jamais ». Deux jours après avoir quitté Pékin, Donald Trump était de retour à ses fondamentaux : menacer l’Iran de frappes « à un niveau bien supérieur » si Téhéran ne signe pas rapidement un accord. Pendant ce temps, la République islamique, elle, ne menaçait plus seulement de fermer le détroit d’Ormuz — elle annonçait vouloir l’administrer.
La séquence dit quelque chose sur la nature réelle du sommet Trump-Xi.
Ormuz comme levier diplomatique
Ce n’est pas une annonce ex nihilo. Depuis début avril, selon Lloyd’s List, des péages sont perçus de facto sur une route approuvée par les Gardiens de la Révolution, dans ce que les spécialistes du transport maritime ont surnommé le « péage de Téhéran ». Ce que l’Iran annonce désormais, c’est la formalisation officielle de ce contrôle.
Le parlementaire Ebrahim Azizi a décrit à Reuters un « mécanisme professionnel » de gestion du trafic, avec une route désignée réservée aux navires commerciaux et aux partenaires de Téhéran. Les autres — notamment les opérateurs du dispositif militaire américain « Project Freedom » — en seraient exclus. Le premier vice-président Mohammad Reza Aref a précisé qu’aucun équipement militaire « ennemi » ne serait autorisé à transiter. Son collègue Ali Nikzad, vice-président du Parlement, a ajouté que le régime juridique envisagé tiendrait compte à la fois des conditions de Téhéran, du droit international et des droits des pays voisins — une formulation qui en dit long sur les ambitions de Téhéran dans ce bras de fer.
L’Iran, rapporte Al Jazeera, affirme d’ores et déjà que des pays européens ont entamé des négociations avec la marine des Gardiens de la Révolution pour obtenir des autorisations de passage — après que des navires chinois, japonais et pakistanais auraient déjà transité avec l’accord de Téhéran.
Ce que Pékin a — et n’a pas — donné
Trump était arrivé en Chine avec des attentes démesurées, qu’il avait lui-même largement alimentées. Il en est reparti avec une commande de 200 Boeing — bien loin des 500 qu’il avait annoncés — et des engagements de principe sur l’Iran. Les actions du constructeur américain ont chuté de 4 % à Wall Street dès l’annonce, signe que les marchés avaient eux aussi fait le calcul.
Sur le dossier iranien, Xi Jinping s’est engagé, selon Trump, à ne pas fournir de matériel militaire à Téhéran, et a indiqué qu’il serait « ravi d’aider » si possible sur Ormuz. Pékin a publié, en marge du sommet, un communiqué réclamant un cessez-le-feu complet au Moyen-Orient et la réouverture du détroit « dès que possible ». Des déclarations de principe, pas des engagements opérationnels.
Car la position chinoise obéit à sa propre logique. Pékin absorbe plus de 80 % des exportations pétrolières iraniennes. Elle a refusé d’appliquer les sanctions américaines contre ses raffineries traitant du brut iranien, et a même menacé de contre-mesures les entreprises qui s’y conformeraient. Comme l’analyse Al Jazeera, Washington comprend qu’il pourrait avoir besoin de l’aide de Pékin pour pousser l’Iran à négocier — mais sait aussi que solliciter directement cette aide reviendrait à donner à la Chine l’avantage dans la relation bilatérale. Une équation insoluble, pour l’instant.
Le retour des menaces
La rhétorique de Trump n’a, à vrai dire, jamais vraiment cessé. Avant même de décoller pour Pékin, il avait fixé à l’Iran un ultimatum de 48 heures, publié sur Truth Social des avertissements de frappes « à un niveau bien supérieur », et évoqué, devant les caméras au Lincoln Memorial, une « grande lueur sortant de l’Iran » — commentaire largement interprété comme une allusion nucléaire. Le sommet avec Xi avait, le temps de quelques jours, relégué ces sorties au second plan. Le retour de Washington a suffi à les remettre en première page.
Ce va-et-vient entre la diplomatie du spectacle et la pression maximale résume assez bien la méthode Trump — et ses limites. Si Pékin avait réellement offert un levier décisif sur Téhéran, le président américain n’aurait peut-être pas eu besoin d’en revenir aussi vite aux ultimatums.
Une accalmie encadrée
Euronews résumait la semaine en une formule sèche : « les résultats décevants du sommet ramènent Trump à la réalité ». La RTS parlait d’un sommet « sans accrocs apparents, mais avec de fortes divergences ». Reuters évoquait une stabilité retrouvée, sans percée.
Le sommet de Pékin a existé, et il n’est pas rien. Il a réduit la température entre les deux superpuissances à un moment où elle aurait pu monter. Xi a accepté de recevoir Trump en grande pompe, a promis une visite aux États-Unis à l’automne, a posé des mots raisonnables sur l’Iran et Ormuz. Mais il n’a pas bougé d’un centimètre sur les lignes qui comptent.
Trump a trouvé à Pékin ce dont il avait besoin pour les caméras. Pas encore ce dont il a besoin pour la suite.
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