Depuis quelques mois, une nouvelle pratique attire de plus en plus de Tunisiens : le tourisme des barrages. Ces vastes retenues d’eau, initialement conçues pour l’irrigation, l’alimentation en eau potable et la régulation des ressources hydriques, sont devenues des destinations de détente improvisées, particulièrement en période de printemps. Dans plusieurs régions du pays, familles et jeunes s’y rendent pour pique-niquer, profiter du paysage ou pour une baignade improvisée.
Ce phénomène s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, la recherche d’espaces naturels accessibles à proximité des zones urbaines. Les barrages offrent un cadre perçu comme calme, verdoyant et éloigné de la pression des plages surpeuplées en été. Ensuite, l’essor des réseaux sociaux a largement contribué à la popularisation de ces lieux, transformés en décors de photos et de sorties dominicales. Enfin, le manque d’alternatives de loisirs abordables pousse de nombreux jeunes à investir ces espaces publics non aménagés.
De sérieuses inquiétudes
Mais cette tendance soulève de sérieuses inquiétudes. Les barrages ne sont pas des zones deloisir sécurisées. L’absence de surveillance, la profondeur irrégulière de l’eau, la vase et les courants imprévisibles rendent ces lieux particulièrement dangereux. Les cas de noyade y sont régulièrement signalés, touchant souvent des adolescents et de jeunes adultes. Les autorités et les services de protection civile rappellent d’ailleurs que ces plans d’eau ne sont pas conçus pour la baignade et que le risque d’accident y est élevé.
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Au-delà de la sécurité, des enjeux environnementaux importants se posent également. La fréquentation non encadrée des barrages entraîne des dépôts de déchets, une dégradation des berges et une perturbation des écosystèmes locaux. Dans un contexte de stress hydrique marqué en Tunisie, où les barrages jouent un rôle vital dans la gestion de l’eau, leur préservation devient un enjeu stratégique.
Un paradoxe ?
Entre attraction touristique spontanée et danger réel, le tourisme des barrages illustre ainsi un paradoxe : celui d’espaces essentiels à la sécurité hydrique du pays, transformés en lieux de loisirs sans encadrement suffisant. Une situation qui appelle à la sensibilisation, mais aussi à une réflexion plus large sur l’aménagement de ces sites et la gestion des comportements à risque.