Sélectionné en Compétition officielle à la Berlinale 2026, où il a été présenté en première mondiale, À voix basse commence désormais à se dévoiler autrement : par son affiche officielle, par sa bande-annonce, et par une première distinction obtenue à New York. La sélection berlinoise constitue le point de départ majeur de cette trajectoire. Le prix reçu quelques semaines plus tard aux États-Unis vient s’y ajouter, au moment même où les premières images du film commencent à circuler.
Le film suit Lilia, une jeune Tunisienne installée à Paris, qui revient en Tunisie pour les funérailles de son oncle. Ce retour la ramène dans une maison où cohabitent plusieurs générations de femmes et dans une famille qui ignore tout de sa vie parisienne, en particulier la relation qu’elle entretient avec Alice. En cherchant à comprendre la mort soudaine de cet oncle, elle se trouve confrontée à des secrets anciens, à des silences accumulés et à un espace familial où la parole circule difficilement.
Ce point de départ, pour un public tunisien, n’a rien d’abstrait. Il renvoie à des situations connues, à des rapports codés, à des équilibres souvent fragiles entre ce qui se dit et ce qui se tait. La maison familiale, telle qu’elle apparaît ici, n’est pas un simple lieu : elle structure les relations, impose ses règles, et détermine les marges de manœuvre de chacun.
Le casting réunit des figures bien connues du public tunisien. Eya Bouteraa incarne Lilia, entourée de Hiam Abbass, Salma Baccar, Fériel Chamari, Lassaad Jamoussi et Karim Rmadi, tandis que Marion Barbeau interprète Alice.
L’affiche officielle, désormais révélée, montre Lilia au premier plan, tournée vers l’objectif, tandis qu’autour d’elle se dessine un groupe de femmes qui partagent le même espace sans former un ensemble homogène. Les présences sont proches, mais les distances restent visibles. Rien n’y est démonstratif, et pourtant les rapports s’y lisent déjà.
La bande-annonce, mise en ligne à la mi-mars, confirme cette orientation. Elle donne à voir les premières scènes du film sans chercher à en expliciter les enjeux. Les regards, les silences, les déplacements à l’intérieur de la maison suffisent à installer une tension. Le film semble se construire dans ces moments où quelque chose circule sans être formulé. (Pour voir la vidéo, cliquez ici)
À ces éléments s’ajoute une première récompense. À voix basse a été distingué à New York lors de la 31e édition de Rendez-Vous With French Cinema, où Leyla Bouzid a reçu le Best Emerging Filmmaker Award. Ce prix, attribué par un jury d’étudiants, intervient au début du parcours du film et accompagne sa mise en visibilité à l’international.
Ce troisième long métrage s’inscrit aussi, de manière assez nette, dans le parcours de la réalisatrice. À peine j’ouvre les yeux suivait une adolescente à Tunis, dans un moment politique précis, avec une énergie directe, presque frontale. Une histoire d’amour et de désir déplaçait le récit vers Paris et vers une expérience plus intérieure, centrée sur la découverte du désir et du langage. Avec À voix basse, Leyla Bouzid revient en Tunisie, mais sans retrouver l’élan du premier film. Il ne s’agit plus ici d’un mouvement vers l’extérieur ni d’un apprentissage, mais d’un retour, avec tout ce que cela implique de confrontation avec un espace déjà chargé. Le film semble ainsi se déplacer vers quelque chose de plus installé, de plus collectif, où les histoires ne commencent pas avec le personnage, mais lui préexistent.
La sortie en salles est annoncée en France pour le 22 avril 2026. Aucune date n’a encore été communiquée pour la Tunisie. Mais au-delà de ce calendrier, À voix basse s’inscrit déjà dans une continuité : celle d’un cinéma tunisien qui, film après film, revient sur ses propres espaces — la famille, la maison, les rapports entre générations — non pour les redéfinir, mais pour les regarder autrement. Un film que l’on attend désormais en Tunisie, avec l’envie de le découvrir dans son intégralité.
Neïla Driss
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