L’escalade des tensions autour de l’Iran remet brutalement en lumière une vulnérabilité majeure de la deuxième économie mondiale : sa dépendance au pétrole du Moyen-Orient. Alors que le détroit d’Ormuz se retrouve au cœur des tensions militaires, Pékin observe avec une inquiétude croissante ce corridor stratégique par lequel transite une part essentielle de l’énergie alimentant son appareil industriel.
Ormuz : l’artère vitale sous haute tension
Chaque jour, entre 20 et 21 millions de barils de pétrole traversent le Strait of Hormuz. Ce point de passage stratégique concentre environ 20 % de l’offre mondiale de pétrole et près d’un tiers du commerce maritime mondial de pétrole.
Pour la Chine, premier importateur mondial avec un volume quotidien oscillant entre 11 et 12 millions de barils, ce goulot d’étranglement constitue un enjeu stratégique majeur. Ses principaux fournisseurs – Russie, Arabie saoudite, Irak et Émirats arabes unis – dépendent tous de la fluidité des routes maritimes du Golfe pour exporter leur pétrole.
Dans ce dispositif, Pékin occupe également une position singulière en tant que principal acheteur du pétrole iranien. La Chine absorbe aujourd’hui environ 90 % des exportations pétrolières de Téhéran, souvent via des circuits commerciaux permettant de contourner les sanctions occidentales. Cette relation garantit à Pékin un accès à une énergie fréquemment négociée à prix réduit, mais elle l’expose aussi à un risque direct : toute perturbation majeure du trafic maritime dans le Golfe ou toute frappe visant les infrastructures pétrolières iraniennes pourrait affecter immédiatement l’approvisionnement de ses raffineries.
Une stratégie chinoise pour réduire la vulnérabilité
Consciente de cette dépendance, la Chine a progressivement développé plusieurs instruments de résilience énergétique. Pékin a d’abord constitué des réserves stratégiques importantes, estimées en 2026 à plus d’un milliard de barils, ce qui lui offrirait plusieurs mois de marge en cas de perturbation des importations.
La Chine a également cherché à diversifier ses routes d’approvisionnement. Le développement de pipelines terrestres reliant le pays à la Russie et à l’Asie centrale permet de réduire partiellement la dépendance aux routes maritimes les plus exposées.
Parallèlement, l’électrification rapide des transports et le développement massif des énergies renouvelables contribuent à réduire progressivement la consommation de pétrole dans certains secteurs. Ces mesures renforcent la résilience énergétique chinoise, sans toutefois éliminer totalement la dépendance au pétrole du Golfe.
Une puissance économique dépendante de la sécurité du Golfe
Depuis le lancement de la Belt and Road Initiative en 2013, la Chine a investi des centaines de milliards de dollars dans les ports, les infrastructures et les réseaux logistiques du Moyen-Orient afin de sécuriser ses échanges commerciaux.
Pourtant, une contradiction stratégique demeure. Si Pékin est devenu un acteur économique majeur dans la région, il ne contrôle pas la sécurité militaire des routes maritimes dont dépend son approvisionnement énergétique, une mission historiquement assurée par les puissances occidentales.
Cette dépendance reste profonde, puisque la Chine importe aujourd’hui plus de 70 % de ses besoins en pétrole. Dans le contexte actuel, une hausse brutale et durable des cours du brut constituerait une menace directe pour la rentabilité de son industrie lourde et de sa pétrochimie.
Le détroit d’Ormuz apparaît ainsi comme l’un des points les plus sensibles de la sécurité énergétique chinoise : un passage étroit dont la stabilité conditionne une partie de l’équilibre économique mondial.
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