L’Andalousie s’est réveillée sous le choc. Dimanche, le déraillement de deux trains à Adamuz, dans la province de Cordoue, a provoqué l’un des accidents ferroviaires les plus meurtriers en Espagne depuis plus d’une décennie. Le bilan s’élève à 39 morts et 152 blessés, dont 24 grièvement, selon les derniers chiffres rapportés par El País. Un drame massif, brutal, et surtout profondément déroutant.
Sur place, le président du gouvernement andalou, Juan Manuel Moreno, a résumé l’état d’esprit général : « C’est un jour très dur pour l’Andalousie ». Le trafic ferroviaire a été immédiatement suspendu sur plusieurs axes stratégiques reliant le centre et le sud de l’Espagne, tandis que les secours étaient déployés en nombre.
À Madrid, le ministre des Transports et de la Mobilité durable, Óscar Puente, s’est rendu à la gare d’Atocha pour faire un point de situation. Ses déclarations ont donné le ton d’une séquence politique et technique hors norme.
Un accident « étrange et difficile à expliquer »
Selon AS, le train Iryo impliqué dans l’accident a déraillé avant d’entrer en collision avec un train Alvia. Pour le ministre des Transports, le scénario défie toutes les grilles de lecture habituelles. Le matériel roulant était quasi neuf, âgé de moins de quatre ans. La voie avait par ailleurs été entièrement rénovée dans le cadre d’un investissement public de 700 millions d’euros, avec des travaux achevés en mai dernier.
Plus troublant encore, l’accident s’est produit sur une portion de voie rectiligne, sans virage dangereux ni anomalie connue. « Tous les experts ferroviaires que nous avons consultés sont complètement perplexes », a reconnu le ministre, qualifiant l’événement d’« extrêmement étrange ».
Quand la modernité ferroviaire vacille
Depuis vingt ans, l’Espagne a construit l’un des réseaux ferroviaires les plus modernes d’Europe, symbole d’un rail rapide, automatisé et présenté comme hautement sécurisé. Adamuz introduit une rupture inquiétante : l’accident sans cause évidente. Ni vétusté, ni infrastructure dégradée, ni erreur manifeste n’apparaissent, à ce stade, comme des facteurs explicatifs.
Cette absence de scénario classique distingue Adamuz d’autres drames ferroviaires passés. Elle rappelle, par contraste, l’accident de Saint-Jacques-de-Compostelle en 2013, où l’excès de vitesse avait rapidement été identifié. Ici, au contraire, le système semble avoir failli sans avertissement.
Óscar Puente a appelé à la prudence. « Il est encore trop tôt pour le savoir », a-t-il déclaré aux médias, rappelant qu’une commission indépendante chargée des accidents ferroviaires est désormais à l’œuvre. Elle devra déterminer les causes exactes du déraillement, qu’elles soient techniques, humaines ou systémiques.
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