Négociations Gouvernement – UGTT : Najla Boude…

Reportées sine die le 19 août, les négociations entre le gouvernement et l’UGTT ont repris, vendredi dernier, sur fond d’échec. Des divergences sont apparues quant au taux d’augmentation des salaires dans le secteur et la fonction publics ainsi que l’échéance de leur versement…

Après l’intermède de la Ticad 8 et le vent d’espoir qui a accompagné les 81 projets retenus, auxquels un investissement global de 2,7 milliards de dollars sera alloué, retour sur terre pour le gouvernement Bouden. Celui-ci est tenu, en effet, à solutionner des dossiers éminemment plus urgents, à commencer par celui des salaires dans le secteur public auxquels l’UGTT tient mordicus malgré une conjoncture à la fois obscure et inextricable.

Echec et mat !

La reprise n’a pas été, somme toute, comme on l’aurait souhaité puisque, à peine ont-elles commencé que les négociations ont vite été suspendues. Elles ont, en effet, achoppé sur la sempiternelle question du taux qui devrait être appliqué aux augmentations salariales dans le secteur public.

Pas plus de précision quant aux revendications de la partie syndicale ou quant aux prédispositions du gouvernement, tout ce qu’on a sous la dent c’est cette déclaration laconique du Secrétaire général adjoint de l’UGTT, Slaheddine Selmi, qui précise que «Les négociations ont été suspendues après un blocage concernant les augmentations des salaires, précisant que le gouvernement n’a pas refusé le principe des augmentations mais plutôt le pourcentage et la date de leur versement».

Ceci dit, pour le moment, il ne sert pas de polémiquer, outre mesure, ou de parler d’une quelconque tension entre la partie syndicale et le gouvernement même si la littérature sur la négociation a toujours réservé une place importante à la notion de tension. A bien des égards, les divergences de points de vue sur le taux d’augmentation des salaires sont tout à fait défendables, selon qu’on se positionne côté syndicat ou, au contraire, côté gouvernement.

Comment, en effet, l’UGTT peut-elle se suffire d’une valorisation de 3 ou 4% quand l’inflation culmine, actuellement, à 8% et pourrait devenir à deux chiffres sous peu ?
De l’autre côté, est-il possible que le gouvernement concède, dans l’état actuel de rareté des ressources de l’Etat, une augmentation de l’ordre de 6 ou même de 5% quand, dans le même temps, le document qu’il a envoyé au FMI, prélude à un accord de prêt, stipule un gel des salaires dans la fonction publique ?

Quand l’UGTT cultive le flou !

Ceci dit, il y a lieu de signaler que Noureddine Taboubi s’est rendu, jeudi dernier, à la rencontre de la cheffe du gouvernement, à la Kasbah, munie d’une copie du programme de réformes économiques préparé par plusieurs experts de l’Union.

Et bien que nous ne contestions pas cette approche, nous sommes, par contre, dans la confusion de savoir que, jusqu’à aujourd’hui, l’UGTT n’a pas clairement défini sa position quant au prêt que la Tunisie postule auprès du FMI et la condition qui suspend ledit prêt au gel des salaires? Feigne-t-elle d’ignorer cette contrainte ? Assurément non, mais peut-être les gens de la Centrale syndicale essaient-ils de cultiver le flou dans l’esprit du gouvernement pour lui mettre davantage de pression ?

Reste que pour l’heure, Najla Bouden fait preuve de résistance et de dextérité. Elle semble méditer sur l’expression qui dit : “Ce qui est à nous est à nous, ce qui est à vous est négociable.”

Toutefois, dans un Etat qui manque de tout et avec une Centrale syndicale clivée, comment reconnaître ce qui est à nous et ce qui est aux autres ?

Chahir CHAKROUN
Tunis-Hebdo du 05/09/2022

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