Tunisie : Quand célèbrera-t-on l’indépendance économique ?

Tribune : Par Amine Ben Gamra, Expert comptable et Commissaire aux comptes
En 2021, 97% de nos achats de blé tendre (nécessaire pour faire du pain, notamment) ont été importés, ainsi que 98% de nos achats d’orge.

(NB : Cette tribune a été publiée dans plusieurs médias. La rédaction de Webdo, a estimé que cette publication mérite d’être publiée de par l’intérêt qu’elle peut susciter).

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L’encours de la dette publique de la Tunisie s’élève à 114,142 milliards de dinars (82,6% du PIB) contre 107,844 milliards de dinars en 2021. Selon les estimations du rapport « Perspectives économiques en Afrique du Nord 2021 », la Tunisie a le taux le taux d’endettement le plus élevé d’Afrique du Nord.

La dette publique se compose de 63,3% de dettes extérieures et de 36,7% de dettes intérieures. Le coût de la dette (en principal et intérêts) absorbe environ 32% du budget. La dette extérieure représente 97,2% du PIB.

Aujourd’hui nous sommes dans une situation extrêmement délicate et l’Union européenne et la France, partenaires commerciaux essentiels et sources de nombreux investissements industriels, sont désemparés.

Ils sont à la recherche de financements pour sponsoriser la réponse énergétique et militaire aux conséquences de la guerre en Ukraine. Il s’agit tout d’abord de réduire la dépendance européenne vis-à-vis du gaz (40% des ressources) et du pétrole (25%) russes.

Aussi, les Etats, qui avaient globalement réduit leurs dépenses en matière de défense après la chute du mur de Berlin, vont aussi devoir se rééquiper et se moderniser à marche forcée. Sur l’ensemble du Vieux Continent, les budgets consacrés à l’armée devraient en moyenne augmenter de 25%.

La guerre qu’il faut gagner actuellement est de réduire autant que possible notre dépendance vis-à-vis de l’étranger.

La crise sanitaire a profondément remis en cause les théories et autres croyances économiques établies. L’indépendance économique, qu’elle soit énergétique, alimentaire, sanitaire, industrielle, numérique… dépasse désormais le cadre d’un slogan politicien creux pour devenir un enjeu de développement majeur.

Car en mettant à nu les imperfections de l’univers multidimensionnel de la mondialisation, la pandémie a brutalement réveillé les consciences.

Alors que les économies laminées par la pandémie liée à la Covid-19 luttent encore pour se refaire une santé, la guerre russo-ukrainienne est venue accentuer les tensions sur les chaînes de valeur mondiales.

Les équilibres précaires de l’économie mondiale sont ainsi secoués par un conflit qui a exacerbé les tensions sur les prix des produits énergétiques et alimentaires.

Et l’onde de choc se ressent partout, surtout au niveau des pays importateurs de produits énergétiques (pétrole, gaz…) et de céréales comme la Tunisie.

En 2021, 97% de nos achats de blé tendre (nécessaire pour faire du pain, notamment) ont été importés, ainsi que 98% de nos achats d’orge. Pour le blé dur (pour faire du semoule et du couscous), les importations représentent 39% de nos achats. Sachant que 47% des importations tunisiennes en blé proviennent d’Ukraine.

Le chemin vers notre indépendance économique sera néanmoins long. Et les premiers virages stratégiques à mener seront de repenser les modèles économiques de nombreux secteurs afin de les rendre plus résilients face aux chocs externes, qu’ils soient sanitaires ou géopolitiques.

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