Repas de Yitro : Il était une fois la Fête des garçons

Garçons juifs de Gabes (1950)

Au huitième jour de Hanouka, il est de tradition chez les juifs tunisiens de fêter les filles. Quelques semaines plus tard, le jeudi entre le 15 et le 24 shevet, c’est le tour de la Fête des garçons. Ces deux fêtes sont considérées comme spécifiques à la Tunisie même si elles sont pratiquées ailleurs.

Cette année, la fameuse Fête des garçons aura lieu ce jeudi 4 février. Il est en effet de tradition que cette fête ait lieu le dix-septième shabbat après la célébration de Simha Torah.

De fait, la Fête des garçons a toujours lieu avec la dix-septième « paracha » du cycle annuel de lecture de la Torah. Le terme « paracha » désigne une section hebdomadaire de ce cycle.

La Fête des garçons est aussi nommée Repas de Yitro et encore plus précisément Seoudet Yitro. Les origines lointaines de cette fête résident dans un repas offert par Moïse à son beau-père Yitro (Jethro).

Toutefois, les usages et la transmission orale donnent des origines supplémentaires à cette Fête des garçons.

On explique ainsi qu’une épidémie de jaunisse avait sévi parmi les enfants et s’était arrêtée durant la période du 15 au 24 shevet.

Selon des récits traditionnels, c’est Rebbi Hai Taieb lo met qui aurait accompli alors un miracle. Il aurait recommandé de faire boire aux enfants un bouillon de pigeon et de mettre sur leur ventre un pigeon vivant pour que la maladie soit absorbée par l’oiseau. C’est en reconnaissance de ce miracle que serait organisée la « séouda » de cette semaine.

Parlons maintenant du repas proprement dit. Il est de coutume de consommer des coquelets, de la minina et des douceurs. Le tout dans des petits couverts qui rappellent la « zougdida » de l’Aid chez les Tunisiens de confession musulmane.

Ces ustensiles sont à l’image de ceux qui étaient utilisés dans le Temple mais de taille minuscule.

Côté pâtisserie, les makroudh et les yoyos sont de rigueur alors qu’une pièce montée constitue l’élément central de la célébration.

Cette pièce montée veut par ses ingrédients rappeler le lait et le miel qui coulent sur le mont Sinaï.

Notons quelques points pour conclure. On utilise des bougies pour la fête et on récite des bénédictions ainsi que les Commandements énoncés dans la dix-septième paracha.

Il existe chez les ashkénazes une tradition selon laquelle un repas de remerciement est offert à cette même date pour le Don de la Torah, ce qui induit que cette fête dépasse le cercle des Tunisiens.

Cette Fête des garçons a toujours lieu en janvier ou février selon la date qui coïncide avec le jeudi de shevet. Notons également que le jeudi est considéré comme un jour bénéfique contre le mauvais œil.

Enfin, dans le temps, seuls les enfants âgés de cinq ans étaient fêtés en ce jour pour marquer le début de leur apprentissage des textes sacrés. La fête sera ensuite élargie à d’autres tranches d’âge.

Pour terminer, cette Fête des garçons est pour moi inséparable de mon amitié pour Joseph Fartouk, un ami d’enfance dont les parents m’avaient convié à cette célébration il y a cinquante ans.

Les Fartouk vivaient dans un appartement à la rue du Luxembourg et nous étions, Joseph et moi, camarades de classe au lycée.

Depuis ces années lointaines, j’ai toujours chéri ce souvenir qui, chaque année, renaît à la veille d’une sėouda particulière qui est dans l’ADN des Tunisiens.

Bonne fête aux garçons quelque soit leur âge !

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