En lettre ouverte aux édiles de Sidi Bou Saïd | Par Hatem Bourial

Beaucoup de tristesse de constater une nouvelle fois que beaucoup de poètes tunisiens des plus actifs ne sont pas honorés par votre festival. Vous me direz que c’est une manifestation « internationale » où la priorité n’est pas aux locaux. Je vous l’accorde volontiers.

Vous me direz que plusieurs Tunisiens sont au programme et qu’il est impossible de prendre tout le monde. Je vous l’accorde tout aussi volontiers. Toutefois, les choix de Moez Majed qui s’est emparé de ce festival pour lui et ses amis sont des plus contestables.

Ils font de plus de votre conseil municipal l’instrument de cette personne qui il est vrai, a fondé ce rendez-vous mais l’a toujours géré de manière unilatérale. Un peu plus de démocratie ne fera de mal à personne.

M. Majed n’a jamais caché son mépris des poètes tunisiens, surtout les francophones parmi eux. Se jugeant supérieur aux autres, il nous regarde tous du haut de son arrogance et, plus grave, vous implique dans ses pratiques destructrices.

En ce sens, chers édiles, je vous demande d’évaluer votre propre participation à votre festival. Bien sûr, vous nous direz « associations » et « partenaires ». Pourtant, cela ne tient pas la route car pour être parmi vous, il faut faire des génuflexions devant le Poète suprême, à sa manière petit régent de Sidi Bou Saïd et de la petitesse d’âme.

Pour ma part, je me désolidarise de cette démarche qui exclut et considère que certaines voix poétiques sont supérieures à d’autres en fonction de qui est l’éditeur et s’il se nomme Fata Machin ou pas. Tous les poètes sont singuliers et tous les lecteurs différents.

Il n’y a ni diktat ni classes sociales en poésie. Et il ne saurait y avoir d’exclusion au nom du nombrilisme usurpateur du phénix des hôtes de cette colline que nous aimons tous. En bon corbeau, notre phénix compte bien ne partager avec personne le fromage dont il fait un fructueux usage et dont il se voit le détenteur à vie.

Honte aux faux poètes égarés dans les méandres douteux du trafic d’influence. Pour ma part, je ne compte pas parmi vos invités mais je vais venir quand même. Je présenterai quelques performances dans les lieux que j’aime à Sidi Bou Saïd.

Je le ferai de manière sauvage, comme une grève inattendue et subreptice. Je le ferai en invitant mes amis à le faire et à créer avec moi un festival off qui puisse dénoncer certaines impostures. Je le ferai avec vous chers édiles pris en otage par une hubris dévorante et insatiable.

Je le ferai enfin pour à mon tour dire mon mépris des démarches fallacieuses qui transforment une initiative qui se doit d’être généreuse en chasse-gardée de ceux qui croient que poésie et féodalité vont de pair.

Demain, je viendrai chez moi à Sidi Bou Saïd, en poète libre. Je prendrai la parole sans perturber le festin auquel je ne suis pas convié. Je viendrai confiant et repartirai heureux.

Avec une seule crainte chevillée à mon ironie car peut-être que celui qui se voit en nouveau baron de la poésie tentera- t-il de faire usage de la force publique pour me faire taire. Qu’il le sache, chers édiles, on ne met pas des menottes aux fleurs ni de bâillon aux poètes.

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