L’Aïd el-Seghir d’hier et d’aujourd’hui

Jadis, nos parents ne regardaient pas trop à la dépense à l’occasion de l’Aïd el-Seghir. Aujourd’hui, un tel comportement n’est plus permis…

Si côté festif, l’Aïd el-Seghir est consacré exclusivement aux enfants, côté dépenses l’Aïd el-Seghir est l’affaire des adultes. A bien des égards, grands et petits font la fête, mais chacun a la sienne et chacun la savoure à sa façon. C’est pourquoi, d’ailleurs, l’Aïd ne laisse personne indifférent !

Qu’est-ce qui a changé ?

Dans sa dimension sociétale, il n’y a pas une différence notable dans l’Aïd el-Seghir d’hier et l’Aïd el-Seghir d’aujourd’hui du point de vue traditions et coutumes. Le matin, les enfants portent les habits tout neufs que leurs parents leur achètent dans la semaine et grâce à l’argent (Mahba) collectée de toutes parts, les gosses partent faire leurs emplettes en jouets et en accessoires divers.

L’après-midi, les enfants font la tournée des familles avec leurs parents. Avec cette différence que dans les grandes agglomérations, les choses ont quelque peu changé de nos jours. Les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC) ont raccourci les distances et évité les déplacements vers les familles, proches et amis.

Grâce aux portables, facebook, skipe, instagram, etc., les visites sont devenues, désormais, virtuelles et les SMS plus pratiques et moins onéreuses que les déplacements. Mais ces messages restent froids et bâtards même s’ils renferment des propos chaleureux…

Un autre aspect de la fête a changé au fil du temps. Lorsque nous étions enfants, nous avions le « droit » d’aller festoyer, acheter des jouets et nous promener seuls sans être accompagnés par les adultes. Aujourd’hui, ceci n’est plus possible.

L’insécurité, la présence dans la rue de malfrats, de voleurs et de dealers de tout acabit ont réduit le champ de liberté des enfants qui sont flanqués, désormais, de leurs parents partout où ils vont. Ceci leur ôte l’aspect savoureux de la fête.

L’Aïd el-Seghir est une occasion également pour les familles, proches et amis de se retrouver ensemble et d’échanger entre eux les confiseries. C’était plutôt avant. Chose de moins en moins fréquente ces derniers temps puisque d’une part peu de familles préparent les gâteaux traditionnels chez elles, d’autre part, vu que les visites sont devenues rares, cette tradition disparaît petit à petit. De plus, acheter des gâteaux ça coûte cher, extrêmement cher et le citoyen lambda n’a plus les moyens de faire face à tant de dépenses en même temps.

La fête des enfants, le calvaire des parents !

Cela nous amène à parler de l’aspect dépensier de l’Aïd ? Et sur ce point, point de ressemblance entre hier et aujourd’hui. Jadis, nos parents ne regardaient pas trop à la dépense. Non pas parce qu’ils avaient à l’époque plus d’argent qu’ils en ont aujourd’hui, pouvant se permettre, pour ainsi dire, des fantaisies. Ce n’est pas parce nos aïeux étaient, par ailleurs, plus généreux ou qu’ils aimaient leurs progénitures davantage que les parents d’aujourd’hui.

La différence réside dans le fait qu’au temps de nos aïeux, le coût de la vie n’était pas celui d’aujourd’hui. Le niveau général des prix augmentait d’une façon harmonieuse, prenant en considération le pouvoir d’achat du citoyen lambda. De plus, les vêtements étaient fabriqués en Tunisie, les jouets également, et de ce fait il n’y avait pas d’inflation importée.

Et même s’il existait sur le marché des articles étrangers, leur prix n’était guère élevé puisque le dinar tenait à l’époque la dragée haute aux devises. Avec le peu d’argent collecté, les enfants pouvaient s’acheter tout type de jouet et les parents avaient les moyens de leur acquérir des habits neufs…

Autres temps, autres mœurs. Aujourd’hui, les produits franchisés et les produits importés ont créé un nouveau type de besoin pour les enfants. Si on ajoute à cela l’influence qu’exercent les spots publicitaires sur leur comportement, on comprend pourquoi les enfants se dirigent vers les produits made in France, Turquie ou Italie.

Ceci fait que les jours de l’Aïd, le Made in Tunisia n’est plus à la fête.

Chahir CHAKROUN
Tunis-Hebdo du 27/05/2019

Commentaires:

Commentez...