50% des Tunisiens souffrent d’hypertension !

  • Pr. Leila Abid (Cardiologue) : « Les Tunisiens sont les plus grands fumeurs d’Afrique ! »
A l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre l’hypertension artérielle (HTA), la Société tunisienne de Cardiologie et de Chirurgie cardiovasculaire (STCCCV) et Sanofi Tunisie ont avancé des chiffres inquiétants concernant la prévalence de cette maladie chez les Tunisiens.

La grande majorité des études scientifiques s’accordent à dire que les pathologies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité dans le monde, bien avant le cancer et les accidents de la route. L’hypertension artérielle est l’une de ces pathologies.

Chronique ou aiguë, la HTA est la résultante physique de l’éjection du sang par le cœur dans les vaisseaux sanguins (artères). Plus la pression est forte plus la paroi des vaisseaux a tendance à se fragiliser ce qui engendre, à la longue, des troubles de la circulation sanguine.

Si prendre sa tension chez le médecin peut paraître anodin, déroger à la règle peut causer de graves ennuis. Par ce petit examen de routine, le praticien interprète les fluctuations de deux valeurs physiologiques spécifiques.

La première valeur (PAS) définit la force de contraction du cœur (systole) qui permet de propulser le sang par l’aorte pour alimenter les organes en dioxygène et en nutriments. La deuxième valeur (PAD) définit la relaxation du cœur (diastole) au moment où les ventricules se remplissent de sang arrivant des oreillettes par les veines caves et les veines pulmonaires.

On est confronté à une HTA lorsque l’une et/ou l’autre de ces valeurs est supérieure aux valeurs normales : 140 mmHg (millimètres de mercure) pour la PAS et 90 mmHg pour la PAD.

La petite introduction scientifique touche à sa fin, entrons maintenant dans le vif du sujet. Bien que cette maladie puisse être d’origine génétique, elle est, néanmoins, considérée comme étant multifactorielle.

La malbouffe, la surconsommation du sel de table, la sédentarité, la pollution sonore, le tabac, l’alcool et le stress sont les composantes environnementales majeures qui favorisent l’apparition d’une HTA. Malheureusement, la majorité des Tunisiens sont bien trop habitués à ces facteurs néfastes, de façon directe ou indirecte.

Les patients hypertendus sont fréquemment sujets aux maux de tête, particulièrement le matin au réveil, aux vertiges, aux troubles de la vue, aux palpitations cardiaques, aux suées et aux saignements de nez.

Leila Abid, professeur de cardiologie au CHU Hédi Chaker de Sfax et présidente de la STCCCV, tire la sonnette d’alarme : «Si l’on ne réagit pas de suite face au mal qui ronge nos vaisseaux, nous ferons face à une hécatombe de décès d’ici les dix prochaines années. Nous sommes les plus grands fumeurs d’Afrique et parmi les premiers consommateurs de sel au monde.

Rappelons également que, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), la Tunisie est au 4ème rang mondial de l’obésité, un classement peu flatteur et qui explique l’augmentation drastique des nouveaux cas de pathologies vasculaires chez les jeunes.

Actuellement, près de la moitié des Tunisiens sont hypertendus et 60% d’entre eux ne sont pas conscients qu’ils le sont. Il s’agit, en effet, d’une maladie silencieuse et le patient peut rester plusieurs années sans aucun signe. L’hypertension artérielle est souvent diagnostiquée lors d’une complication cardiaque ou vasculaire.»

D’après l’étude de Boujnah et al. (2018) publiée dans Indian heart journal, 26,9% des Tunisiens et 28,4% des Tunisiennes souffrent d’hypertension, soit 47,4% de la population totale.

Il est grand temps que nous prenions conscience de la dangerosité que peut induire l’hypertension artérielle si l’on ne change pas notre mode de vie ou si l’on ferme les yeux sur son propre état de santé.

Mohamed Habib LADJIMI
Tunis-Hebdo du 27/05/2019

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