Point d’Orgue | Un drôle d’oiseau !

C’est un oiseau pas comme les autres. Mi-colombe mi-albatros, il fend l’air de ses ailes majestueuses, survolant la terre, dans le but, plus ou moins désintéressé, de jeter un coup d’œil, parfois sérieux, parfois amusé, mais toujours plein de curiosité, sur tout ce qui s’y passe. Et c’est pour cela, peut-être, qu’il prétend être dans le secret des dieux.

Comme tous les autres oiseaux, il aime bien chanter, mais ses airs ne sont pas pour plaire à tout le monde. Ce n’est pas que sa voix soit insupportable, bien au contraire, mais parce que les paroles de ses chansons indisposent certains de ses auditeurs. Et c’est pour cela qu’ils aimeraient bien lui clouer le bec, à cet oiseau insolent et, parfois, maître-chanteur.

D’ailleurs, ils ne manquent aucune occasion pour lui tirer dessus ou le prendre au piège.
Un autre vice de ce drôle d’oiseau : il prend un malin plaisir à bombarder de sa crotte les habits neufs de ces mêmes personnes, qui souvent jouent à la respectabilité. Ce n’est pas trop salissant, il faut bien l’avouer, mais cela met ses ennemis dans tous leurs états et les couvre de ridicule. Et c’est cela ce qu’il cherche en fin de compte.

Il est bien évident qu’un tel oiseau a horreur des cages. Pourtant, certains chasseurs et ennemis de la nature font tout pour le mettre derrière les barreaux. Lorsque sa capture s’avère difficile, on essaie alors de le tenter par des cages dorées. «Mais que vaut l’or en comparaison avec la liberté ?», rétorque-t-il à ses séducteurs.

S’il persiste dans son insolence, chants et crottes à l’appui, il court le risque de se voir, un jour, condamné au silence éternel. Pan ! Un coup de fusil, et le tour est joué ! C’est déjà arrivé à plusieurs oiseaux de son espèce, mais cela n’a pas empêché d’autres oiseaux de continuer à chanter à tue-tête et à contre-courant, et à salir les jolis costards des gens soi-disant respectables. Car des oiseaux comme celui-là, il en restera toujours sur terre probablement, quelles que soient les menaces d’extermination qui pèsent sur eux.

Mais ce qui est certain, aujourd’hui, c’est qu’un tel spécimen n’est pas du tout «l’oiseau rare» convoité par un certain parti de la place.

Adel LAHMAR
Tunis-Hebdo du 27/05/2019

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