Editorial | Tunisie : Illusions électorales !

Seules les échéances électorales paraissent mobiliser les acteurs politiques dans notre pays. Cet intérêt soutenu au scrutin s’explique par leur volonté de s’emparer du pouvoir et des institutions de l’Etat.

Entre-temps, les citoyens ne savent plus à quel « saint » se vouer dans ce mois « saint » où l’inflation a atteint des pics, voire des cimes jamais connues. C’est, d’ailleurs, à travers ce prisme électoral que l’on peut analyser, aujourd’hui, les gigotements ou les déclarations des uns et des autres.

Les Islamistes entretiennent une double illusion qu’ils tentent d’incruster dans les esprits. La première est de se considérer comme les grands vainqueurs du futur scrutin, qu’ils forment le premier parti du pays et, qu’ils sont, par conséquent, incontournables. La seconde est cette succession de ballons d’essai à propos de leur candidat aux élections présidentielles, cet « oiseau rare » qu’ils manipuleront à l’envi.

Sur ce plan, ils font souffler le chaud et le froid, attendant à la fois la « personnalité » qui se mettrait entièrement à leur service (les candidats seraient nombreux à l’instar de Nabil Karoui, Moncef Marzouki, Kaies Saied, etc.) ou bien préparer le terrain à une candidature interne pas encore cristallisée (Radhouane Masmoudi ou un autre).

Mais ils ne perdent pas l’espoir de concrétiser le rêve de Rached Ghannouchi d’occuper le palais de Carthage, mais ils veulent aussi éviter un camouflet historique à leur gourou invisible dans les sondages.

Du côté des autres partis, ceux qui se destinent au centre, c’est la recherche des alliances, voire des fusions qui bat son plein. Les états-majors ont, semble-t-il, saisi que seule la constitution d’un large front centriste leur serait salutaire. La dernière fusion « Tahya Tounès- Moubadara » entre dans cette optique.

Mais et indépendamment de toutes ces « grandes manœuvres » pré-électorales, il est évident que la réussite des élections passe par le déroulement régulier de l’ensemble du processus électoral en termes de légalité et d’éthique.

Ce processus a été entamé par l’opération d’enregistrement des citoyens non encore inscrits dans le registre électoral. Malgré quelques critiques, cette opération semble avoir atteint ses objectifs avec l’inscription de plus d’un million 200 mille potentiels nouveaux votants.

Au terme de la prorogation des délais décidée par l’ISIE, ce chiffre est appelé à évoluer. Il restera, ensuite, à les convaincre d’aller aux urnes surtout que les intentions de vote sont encore faibles, alors que la réussite ou l’échec d’un scrutin dépend aussi du taux de participation.

La seconde étape consiste dans la préparation et le dépôt des listes candidates, où, mis à part chez les Islamistes où elles sont établies conformément à une hiérarchie stricte, elle risque de donner lieu à des conflits ouverts susceptibles de faire voler en éclats les alliances scellées sur des bases volatiles et éphémères.

Il s’agira, ensuite, de les déposer dans les délais impartis, puis d’être examinées par l’ISIE qui se prononcera sur leur acceptation conformément à la loi.

Enfin, et avant le scrutin en lui-même, il y aura l’étape, probablement la plus cruciale, qui consiste dans la campagne électorale. C’est à ce niveau que le bât blesse en l’absence de tout contrôle sérieux et sanctionné. Sur ce plan, c’est l’usage de l’argent politique sale destiné à acheter les âmes des citoyens démunis, marginalisés ou politiquement « analphabètes » qui pose problème !

Or, c’est une question que personne ne veut aborder alors qu’elle fausse tout le « jeu démocratique ». C’est un aspect où l’opacité est reine. Même l’analyse des comptes financiers des partis ne peut mener à la vérité.

En l’absence d’institutions (et de personnes) capables de contrôler, de sanctionner et de stopper tous ces flux financiers qui vont transiter par les diverses associations ou autres sociétés écrans, et destinés à financer l’achat des voix. Dès lors la réussite des élections et l’espoir démocratique ne seraient qu’une illusion de l’esprit, une pure imposture…

Lotfi LARGUET
Tunis-Hebdo du 27/05/2019

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