Quand Bourguiba a cherché à se suicider

Le mémorial de Hammam-Chott

Quand les bombardiers sionistes ont attaqué le camp palestinien à Hammam-Chott le 1er octobre 1985, ils ont fait leur passage furtif du côté du Palais de Carthage, alors que Bourguiba se prélassait dans sa véranda.

Bourguiba n’aurait jamais pensé, un instant, que les Américains, ses amis, auraient pu laisser perpétrer ce grave forfait contre son Etat, un pays foncièrement ami de l’Occident.

Ce désastre a fait 68 morts et des centaines de blessés parmi les Palestiniens et, également, les Tunisiens, mais Arafat a pu, presque par miracle, y échapper, suite à un heureux retard d’une demi-heure environ, au rendez-vous de Hammam-Chott.

Après cette sauvage agression, «Si Lahbib» est resté plus de trois jours sous le choc émotionnel. Il ne parla à personne et ne prit contact avec aucun membre de son entourage à telle enseigne que son médecin personnel a craint pour sa santé, surtout face à son silence «hermétique».

Quelques mois plus tard, lors de la réunion des ministres des A.E arabes à Tunis, notre Raïs a pris son courage à deux mains et alla les trouver en personne au siège de la Ligue Arabe. Il demanda aux ministres présents de concevoir une position commune face au comportement agressif US à Hammam-Chott.

Et il a été jusqu’à réclamer de condamner le comportement inamical de Washington d’autant plus que l’US Air Force a participé à ce raid en soutenant, logistiquement, les avions de combat de Tsahal pour atteindre la Tunisie et cela en les ravitaillant en l’air.

Autrement, Tsahal n’aurait jamais pu parvenir, par ses propres moyens, à atteindre notre pays. Par crainte des Américains, les ministres arabes s’enfuirent tous et quittèrent la réunion de la Ligue Arabe.

«Si Lahbib», de plus en plus déçu, décida, alors, de se rendre en personne aux Etats-Unis et de parler de visu de l’agression sioniste aux décideurs américains.

A l’aéroport, il ne trouva personne pour le recevoir et il a dû loger, à l’époque, chez notre ambassadeur, Habib Ben Yahia. Une humiliation supplémentaire que notre raïs ne put supporter davantage.

Au matin du troisième jour, il demanda à notre ambassadeur – qui n’en revenait pas – d’aller lui acheter un revolver. «Je dois me suicider ici même, en terre américaine, pour protester contre le vil comportement de la Maison-Blanche à l’encontre de mon pays, la Tunisie». Et il a fallu toute la diplomatie du monde et le doigté de notre ambassadeur pour convaincre Bourguiba d’abandonner son initiative funeste.

A noter qu’à l’époque, certains fonctionnaires à l’ambassade US en Tunisie, dont l’épouse d’un officier tunisien aux blindés, ont su d’avance que quelque chose se tramait et allait immanquablement se produire contre les Palestiniens installés en Tunisie. L’épouse en question en a parlé autour d’elle…

Par ailleurs, un des espions qu’ont utilisé les sionistes pour les renseigner dans leur sinistre forfait est un aide-pharmacien juif connu sous le nom de «Loulou» et ayant officine à Hammam-Lif.

Chaque jour, il effectuait une marche à pied sur la plage pour épier ce qui se passait au camp palestinien de Hammam-Chott et tenter de savoir les horaires exacts du passage de Arafat dans ce lieu.

Juste avant les bombardements, Loulou s’est évaporé…

M’hamed BEN YOUSSEF
Tunis-Hebdo du 04/03/2019

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