Octobre musical : Epoustouflante Katarzyna Musial!


Quand Richard Owen, le chef d’orchetre de la New York Camerata, dit de Katarzyna Musial qu’il la considère parmi les pianistes les plus attachants qu’il lui a été donné d’entendre, l’affirmation est loin de venir d’un néophyte!

Et si l’on se penche de plus près sur le credo de cette musicienne hors pair, on fera vite de comprendre ce qui la distingue des autres solistes.

C’est que Musial carbure à l’énergie! Elle déclare ainsi: « Lorsque je joue, je m’efforce de faire ressortir l’âme de la musique, pour en partager la beauté naturelle ainsi que les profondes émotions avec mon public ».

Cette méthode Musial va ainsi chercher dans le piano ce qui exprime le mieux la quintessence de la musique et en même temps garde le partage et l’émotion comme clés de voûte de son jeu.

Et c’est exactement ce qui transparaissait lors de son récital du 27 octobre à l’Acropolium de Carthage. Loin d’un toujours possible soliloque avec son piano, Katarzyna Musial était pleinement avec le public, faisant naître des corolles d’émotion et s’assurant que son jeu accrochait.

Souvent, les pianistes virtuoses sont plongés dans leur partition, captifs de leur instrument, au point d’en oublier le public.

Ce n’est pas le cas de Musial! D’abord, son costume de scène instillait une touche glamour plutôt rare chez les interprètes classiques.

Ensuite, si elle faisait corps avec son piano, elle n’en parvenait pas moins à accorder toute leur importance aux coloris harmoniques et aux détails évocateurs.

En quelque sorte, tout en restant une technicienne accomplie, elle parvenait à multiplier les touches exubérantes et les vives digressions.

Enfin, il n’aura échappé à personne que Katarzyna Musial jouait sans partitions. Comme une trapéziste sans filet qui prendrait tous les risques et avancerait sur le fil tendu et ténu de la musique des grands maîtres.

Cela, il fallait le faire! Restituer de mémoire Fryderyk Chopin, Joaquin Turina ou Manuel de Falla n’est pas donné au premier venu. Dès lors, le faire sans anicroche et avec un entrain contagieux n’en devient que plus ardu.

Au fond, cette absence de partitions peut aussi être comprise comme un signe, un clin d’oeil au public. Car, comment parler d’émotion lorsqu’on reste l’otage d’une partition? S’en libérer revient au fond à affranchir le musicien et libérer l’extase. Et c’est là que réside le tour de force de Katarzyna Musial.

Avec un programme à cheval entre deux siècles, la pianiste convoquera les mânes des grands classiques, insérera une touche espagnole avec Granados et Albeniz et honorera les compositeurs polonais Paderewski et Bacewicz.

L’alliage s’imposera à merveille avec de nombreux changements de registre et une présence époustouflante de l’artiste.

Une nouvelle fois, la soirée polonaise de l’Octobre musical aura tenu toutes ses promesses. Sous le charme, envoûté par ce jeu fluide qui consiste à faire passer l’émotion en même temps que la virtuosité, le public était aux anges. Encore une soirée mémorable!

Commentaires:

Commentez...