Elie Trabelsi : La Tunisie au cœur, au-delà de tout !

Elie Trabelsi

Depuis près d’une semaine, la Tunisie vit aux rythme des émeutes nocturnes et leurs lots de braquages, saccages et incendies. Le mouvement de contestation d’abord pacifique et légitime, a dégénéré en émeutes qui ont embrasé tout le pays.

Djerba n’a pas été épargnée, mais un incident en particulier a suscité l’indignation : deux synagogues ont été la cible d’attaques aux cocktails Molotov. Il s’agit des écoles Talmudiques du Rabbin Abraham et du Rabbin Beitsale qui sont situées à El Hara.

L’incendie a pu être maitrisé mais son impact a retenti comme un signal d’alarme : une énième tentative de diviser et de stigmatiser cette minorité religieuse. Un acte qui échappe à la contestation sociale contre la cherté de la vie et la loi de finances 2018.

Peu de temps avant, un appel à incendier la Ghriba et à « mettre dehors tous les juifs » au moment où Trump a décidé de reconnaitre Jérusalem capitale d’Israël. Quel sens peut on trouver à tout ça ? L’Association tunisienne de soutien des minorités (ATSM) y a vu un dangereux appel à la violence qui menace une minorité religieuse.

Et la communauté juive, comment vit elle cela. Au nombre de 1500 juifs tunisiens, essentiellement résidents à Jerba ; il étaient 58.000 en 1956. Elie Trabelsi homme d’affaires tunisien, activiste politique et fils du Rabbin de la Ghriba Perez Trabelsi livre son témoignage à Tunis Hebdo, de citoyen tunisien et de celui d’une communauté qui se définit avant tout comme tunisienne, éternellement et malgré tout.

Les synagogues Abraham et Rabbin Beitsalel, à Djerba, ont été attaquées aux cocktails Molotov, la nuit du mardi au mercredi 10 janvier 2018. Une partie des deux bâtiments a été brûlée. Comment cet incident a été vécue par la communauté juive tunisienne ?

Certes, c’est un événement grave et inquiétant. Mais le plus important dans tout cela, c’est que les autorités ont réagi et le feu a été maîtrisé très rapidement. La communauté juive fait partie d’un peuple qui est visé en permanence, la Tunisie, car nous sommes Tunisiens à part entière, ni au-dessus du lot, ni au dessous. Nous avons confiance en notre justice et en notre corps sécuritaire.

Un appel à incendier et détruire la Synagogue de la Ghriba a été lancé, le 8 décembre dernier, en réaction à la décision de Trump de reconnaitre Jérusalem capitale d’Israël. Comment avez-vous réagi ?

C’est vrai… Des appels ont été lancés par des internautes appartenant à des courants connus pour incendier la Ghriba par vengeance suite à la décision de Trump de transférer son ambassade à Jérusalem. J’ai condamné fermement ces propos incultes tout en signalant que la Ghriba fait partie de la souveraineté tunisienne et qu’ils se trompaient de cible .

Comment expliquez-vous cette stigmatisation systématique de la communauté juive tunisienne, à chaque moment de tension sociale ou politique ?

Malheureusement, certains partis politique ont fait du populisme leur capital et orientent leur discours vers la manipulation des jeunes déçus d’une classe politique périmée et immature. L’antisionisme est un langage rassembleur viré très souvent vers la haine des juifs et nous en payons toujours les frais.

Dans quel état d’esprit vivent les 1000 juifs de Djerba aujourd’hui ?

La communauté juive tunisienne se sent en sécurité en Tunisie malgré des actes antisémites rares car elle vit en parfaite harmonie avec la population musulmane. Les dérapages existent partout même en Europe et sont punis par la loi.

Quel lien les juifs tunisiens gardent-ils avec leur pays d’origine ?

Les Tunisiens de confession juive ont toujours éprouvé un grand amour envers leur pays d’origine. Avant la révolution, ils étaient nombreux à investir en Tunisie et à essayer de créer des emplois pour les jeunes. Mais ils ont dû faire face à une grande aversion d’une classe politique corrompue et hargneuse à l’époque.

La majorité a abandonné cette idée ce qui est une réelle perte pour le pays. Cependant , rien ne change dans leur amour vers leur pays d’origine et ils reviendront dès qu’ils se sentiront respectés et considérés en tant que Tunisiens à part entière. Ils ont gardé leurs habitudes dans la gastronomie et la musique. Et ils ont fait leur propre TUNISIE ailleurs en attendant leur retour.

En ces moments de crises, notre pays a besoin de tous ses enfants, des nationalistes tunisiens. Le populisme par contre est une voie non passante. Il faut prioriser notre pays, notre jeunesse, travailler à améliorer le pouvoir d’achat, la sécurité et l’économie et lutter contre les différents lobbies étrangers qui gangrènent la vie politique.

Amel Douja Dhaoauadi

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