« Musiqat 2016 » : L’Andalousie au cœur… et en chœur

Tunis Hebdo | Pour l’ouverture de sa onzième édition, «Musiqat» a choisi de présenter au public venu nombreux, vendredi dernier à «Ennejma Ezzahra», un «gala-maison».

«Gala-maison» dans le sens noble du terme, c’est-à-dire un mets raffiné, concocté spécialement, et avec une attention particulière, à l’intention de leurs invités par le Centre des musiques arabes et méditerranéennes (CMAM, Tunisie), le festival Villes des musiques du monde (Paris), le festival Arabesques (Mont pellier), Casa arabe (Madrid) et l’Institut français de Tunisie.

Mûsîqât 2016

Une réussite totale

Au menu proposé, sous le titre de «Mosaïque arabo-andalouse», «une agrégation d’une multitude de pièces instrumentales et vocales du répertoire des noubas et des chants traditionnels, de circonstance, d’origine ou d’influence andalouse, en plus d’improvisations et de créations nouvelles».

C’est le fruit d’un projet qui a réuni des musiciens d’Espagne, du Maroc, d’Algérie, de Tunisie et de France, qui ont travaillé en résidence au Palais du Baron Rodolphe d’Erlanger, dit «Ennejma Ezzahra» à Sidi Bou Saïd.

Le résultat de cette belle expérience méditerranéenne sur fond andalou : une réussite totale comme en témoigne la «standing ovation» dont le public d’Ennejma Ezzahra a gratifié le groupe des chanteurs et des musiciens maîtres d’oeuvre du spectacle, et qui ont même été bissés après un final d’époustouflant de brio.

Derrière cette réussite, il y a, certes, un enthousiasme juvénile et une volonté de bien faire, mais aussi, et surtout, une véritable maîtrise de l’art musical et vocal et un brin d’improvisation qui vient comme une cerise sur le gâteau.

Le tout dans un mariage des genres, tout à fait harmonieux, où le flamenco, la «Ala» marocaine, la «sanaâ» d’Alger et le «malouf» constantinois et tunisien se sont succédé, dans une transition fluide qui prouve que tout coule d’une même source, cette Andalousie si proche (dans l’espace) et si loitaine (dans le temps).

Le flamenco en ouverture

C’est au flamenco qu’échut l’honneur d’ouvrir le spectacle. L’Espagnol Alfonso Linares donna le ton, avec une maîtrise parfaite de son instrument, faisant passer l’auditoire du languissemment à l’enflammement, par la seule magie de sa guitare.

Puis on passa au chant, et la Marocaine Abir El Abed de démontrer toute la puissance et la beauté de sa voix, ainsi que la justesse de ses improvisations, avec, au départ, un «Chams al achiya» qui n’est plus à faire connaître auprès du public maghrébin averti.

Avec l’Algérienne Lamia Aït Amara, on a eu droit à un autre style, la «Sanaâ » d’Alger sur un air languissant (mode «ramal») et une voix toute en douceur, avec, nous semble-t-il, une certaine influence du chant lyrique occidental. Ce qui, d’ailleurs, ne gâte rien à l’affaire.

Amine Khattat, qui représentait la France dans ce concert, nous fit passer d’Alger à Constantine et à un «malouf» plus proche de nous, mais ayant quand même ses propres spécificités.

Sa «wasla» a suivi le rythme crescendo des noubas classiques du «malouf», et grâce à une maîtrise parfaite de son sujet (le chant et le violon à la fois), il a terminé en apothéose rythmique ce qu’il avait commencé en douce mélodie.

Puis vint le tour du Tunisien Soufiène Zaïdi, qui, avec une nouba du genre «raml al maya», prouva toute l’étendue de sa puissante voix et de sa capacité d’improvisation, des mérites qui ne vont pas sans nous rappeler qu’il est un peu produit de notre «Rachidia».

Un final enflammé

L’apothéose du spectacle vint avec le final où tous les chanteurs et chanteuses se sont mis ensemble pour chanter, chacun à sa façon, «Taht el Yasmina fellil» de Hédi Jouini. Le résultat a été une réussite en termes de variations et d’improvisation, avec même une version espagnole, admirablement chantée par Soufiène Ezzaïdi.

Puis, on passa à un dialogue arabo-espagnol où la guitare d’Alfonso Linares a donné la réplique à Abir Al Abed, qui sur une musique de flamenco, a fait éclater tout son savoir-faire, en chantant «habibbati analousiya».

Et c’est une salle enflammée par la grande performance (à l’espagnole) de Abir, qui a tiré son chapeau à la chanteuse mais aussi à tout le groupe, à la fin du spectacle.

Un spectacle attachant, marqué une touche de fraîcheur et qui est appelé à d’autres succès si les tournées prévues en Tunisie et en Europe se trouvent confirmées.

Adel LAHMAR

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