Nos vies valent-elles vraiment mieux que leurs profits ?

Un matin plutôt triste, même si je me trouve pour quelques heures encore au Caire, avant de revenir au pays…
La télévision, sur un ton neutre, vient de m’apprendre qu’un Français, père de famille désespéré, vient de se donner la mort par pendaison, après avoir tué tous les membres de sa famille: sa femme et ses trois enfants.

Un insoutenable surendettement

La tragédie a eu pour cadre le nord de la France, région déshéritée où la casse sociale et les plans sociaux qui vont avec, font des ravages.

Dans une lettre, le désespéré explique son geste meurtrier en invoquant un insoutenable surendettement, un fardeau inhumain qui balance des familles dans une vie faite d’échéances et de ceintures qu’on serre à n’en plus pouvoir.

Ce drame humain m’a bouleversé et relégué au second plan tout le reste, toutes les petites choses du quotidien, tous les gestes répétés des milliers de fois et qui font l’écume de nos vies.

Ces modèles qui écrasent…

Nouvelle douloureuse car elle interpelle notre l’humanité et aussi les Tunisiens chez qui la jeunesse continue à s’immoler comme ce jeune Sfaxien emporté par le même désespoir, alors que l’étincelle Bouazizi est désormais bel et bien enterrée.

En Tunisie, le désespoir des jeunes est une réalité tout aussi palpable que l’arrogance des technocrates. Ces derniers, définis comme une élite, roulent éhontément pour l’Occident marchand et veulent nous embarquer, à cause de leur idéologie libérale et aussi leurs limites criardes, dans un modèle de développement qui ne devrait pas être le notre, un modèle qui finira par nous écraser, un modèle qui n’a rien de social.

Oligarques et féodaux

L’enjeu réel pour certaines de ces élites n’est pas tant le modèle de société mais plutôt qui va profiter le plus de la manne du FMI et des libéralités des soutiens de la Tunisie. Même si cela mettra la Tunisie, cadet de leurs soucis, à genoux.

Alors, devant le geste désespéré d’un père, devant les immolations, la rancœur et la misère, je demande à voix haute si nos vies valent vraiment mieux que leurs profits, si la démocratie libérale qu’ils appellent de leurs vœux est un bon système pour tous, s’ils se voient en oligarques comme les Arabes du golfe vivent en féodaux, si la casse de la classe moyenne qui se dessine n’était pas au fond un indice de paupérisation des peuples au profit du capital triomphant…

Ce matin, un homme est mort, emportant avec lui, dans sa folie et son désespoir, toute sa famille… Cet homme devait me ressembler, nous ressembler, ressembler à la majorité de ceux dont les vies sont écrasées par les esclavagistes des temps modernes. Ce matin, une famille entière a été décimée. Terrible nouvelle…

Hatem Bourial

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