Enquête du FTDES : Environnement scolaire agressif, l’une des principales causes de l’abandon scolaire en Tunisie

Rentrée Scolaire - photo (Topnet.tn)Par DORRA HARRAR|

Le Forum Tunisien pour les Droits Économiques et sociaux (FTDES) a tenu  une conférence de presse, le mercredi 10 septembre, pour présenter les résultats de son enquête de terrain intitulée « Déscolarisation : Phénomène et causes. Cette enquête a été présentée par le professeur Mounir Houssine, président du FTDES Monastir.

Partant des statistiques d’abandon scolaire en Tunisie, le constat est sans recours le phénomène est alarmant : Plus de 100 000 élèves du primaire et du secondaire ont quitté l’école pour la seule année 2012-2013. D’où l’opportunité de cette enquête, qui a concerné 601 élèves en rupture volontaire de scolarité, dans les gouvernorats de Kasserine, Kairouan et Monastir.

Principaux résultats de l’enquête 

Les abandons sont constitués de 66,39% de garçons et de 33,61% de filles ; le phénomène de l’abandon de l’école toucherait plus les garçons, que les filles d’après cet échantillon. Les tranches d’âge des 16 et 17 ans sont les plus touchées par le phénomène : respectivement  24,07 et 16,93%. Les moins des 17 ans représentent 37,9% des abandons. Seulement 43,7 d‘entre eux ont intégré l’enseignement technique, 22,86%  ont rejoint le marché de travail, 31,96% sont en chômage.

Ce sont les collèges qui connaissent le plus grand taux d’abandon : 64,31%.

Causes de l’abandon : violence et agression 

L’enquête révèle trois principales causes de rupture :

  • Des causes liées à la structure scolaire
  • Des causes liées à l’environnement familial
  • Des causes liées à l’environnement social

71% des personnes interrogées déclarent avoir quitté l’école à cause de problèmes qui leur sont inhérents, 14,3 évoquent des difficultés matérielles, 8,14% des problèmes familiaux, 5,25% des problèmes de santé et 3% pour d’autres raisons, notamment le mariage concernant les filles.

Le malaise à l’école est la principale cause d’abandon d’après cette enquête : La totalité des 71% déclarent que l’environnement scolaire est agressif et qu’ils ne se sentent pas épanouis. 81% déclarent avoir subi une violence matérielle ou morale de la part du cadre pédagogique ou de celle des autres élèves.

Par ailleurs, 90% de la totalité de l’échantillon ont connu l’échec scolaire : un ou deux redoublements. 81% d’entre eux déclarent avoir eu des problèmes pour préparer leurs devoirs faute d’aide. ¼ d’entre eux déclarent avoir très peu de dialogue avec leurs parents. Par ailleurs, 58% déclarent être conscients du besoin de leur famille d’un soutien matériel ce qui les a poussés à quitter l’école. 55% pensent à l’immigration pour améliorer leurs conditions de vie.

A quand une prise de conscience ?

L’auteur de l’étude met en garde contre les retombées de l’abandon scolaire sur la société, dont les causes sont autant scolaires que sociales et économiques. C’est dans la prise de conscience de l’ampleur de ce phénomène et de ses paramètres multidimensionnels  que peut naître la volonté de faire face à l’abandon et de réfléchir à une stratégie pour lutter contre ce phénomène. Il incrimine en fin de compte le choix économique du pays soumis aux contraintes de la mondialisation.

Il faut dire que la complexité de la problématique exige la réflexion de tous les concernés par l’éducation et la formation, pour sa compréhension et la mise en place de dispositifs de prévention capables de ralentir ce phénomène ou du moins offrir à ces jeunes une autre alternative.


 

Dorra Harrar | Formatrice dans les métiers du Tertiaire ayant occupé le poste de Directrice d’un centre de formation. Maîtrise finances, Master enseignement à distance. Blogueuse  Amel Jaet milles et une Tunisie Active dans la société civile

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