Ali le cynique

ali LarayedhBillet – L’Irak avait son Ali le « chimique », nous, dans un moment de chaos national multiforme avons hérité par la bonne grâce des urnes et le désordre de la Troika notre Ali le « cynique ».

Ali Larayedh, qui fut loué par Samir Ettayeb comme un véritable homme d’État, à défaut de nous démontrer toutes ses qualités dans ce domaine, est en train par contre de confirmer toute l’étendue de son art consommé de « décomposer l’État ». Il a pris le large, et c’est le cas de le dire par rapport à son vaste nom, dans les eaux troubles de la conspiration. Premier flic de la Tunisie sous le gouvernement Jebali, il n’a pas rechigné, sans scrupule aucun, à protéger la progéniture de Ghannouchi, essaim de débonnaires garnements, détenteurs et prometteurs d’une nouvelle culture. Grand monsieur, chantre du fair-play, il leur a grandement ouvert les hauteurs de « Châambi » comme terrain d’entrainement pour leurs activités sportives. Circulez, il n’y a rien à voir. Les mômes, en thérapie de groupe, ne font que se délester de leur surcharge de cholestérol. Quel mal à ça ?

Et c’est encore lui qui n’a cessé de donner, une année durant, une tonalité autrement plus partisane à la devise « touche pas à mon salafiste » en relâchant à chaque fois la bande de joyeux gamins après un petit sermon de routine histoire de sauver les apparences et endormir les plus sceptiques. C’est toujours lui qui, à chaque fois que ces « enfants de chœur », et non moins enfants de cœur de son ténébreux mentor, rivalisaient de démonstrations de force, laissait plus ou moins faire… la suite on la connaît, ambassade prise d’assaut, exposition artistique dévastée, spectacles annulés, mosquées confisquées, menaces de meurtre, voies de fait, actes de violence, police parallèle, etc.

Ali le cynique, vraisemblablement un des rares nahdhaouis avec Ghanouchi et Dilou à avoir lu « le prince » de Machiavel, n’a pas jugé utile de se présenter aux élections et de briguer un siège à l’ANC, rassuré qu’il était qu’une place de choix, dans l’agenda politique de son parti, lui était promise, celle de ministre de l’intérieur, un poste clé ouvrant souvent une voie royale vers le sommet de l’Etat et surtout un levier de premier ordre, indispensable à faire le lit de l’Etat nahdhaoui que le mouvement appelait de ses grands voeux.

Ali le flingueur, apprenti tonton macoute, et par un spectaculaire revirement de l’histoire, est revenu à la citadelle Al Dakhilia , non en visiteur averti de ses caves où il fut atrocement torturé mais pour prendre sa revanche sur son sort et celui de ses camarades et surtout pour mettre en place le rêve de toujours, l’œuvre de sa vie, à savoir un État islamique.

Pendant que les politiques se crêpaient les chignons sur les plateaux TV et au sein de l’hémicycle, Ali la science tissait sa toile, révoquait à tour de bras tous ceux qui lui résistaient, nommait ses hommes de main ou de paille, les apparatchiks de l’appareil nahdhaoui, exerçait le chantage sur ceux qui étaient au service de la dictature déchue avec pour seul et unique mot d’ordre « s’aligner ou se faire jeter », une variante du leitmotiv yankee « marche ou crève ».

Bref, une année de travail de sape et de réaménagement, souterrain et méticuleux, loin des projecteurs et des lumières dans la mesure où l’homme, à la parole rare, ne brille pas par son éloquence verbale et n’aime pas trop flamber, l’a rendu incontournable, désormais tête forte et homme de mission de son parti. Et c’est bien évidemment , sans surprise, dans l’ordre naturel des choses, après l’assassinat de Chokri Belaid et le contexte de crise que le meurtre a installé, que le superflic à l’époque a coiffé au poteau, tout le monde, grillant la politesse à ses obscurs concurrents, pour être bombardé au sommet de l’Etat, nouveau homme fort. Le cynique Ali a succédé à son illustre frère d’arme, Hamadi Jebali, jugé certes fidèle mais trop limité et effacé.
Devenu chef de gouvernement, l’opération main basse sur la Tunisie et le processus de déconstruction de l’Etat ont continué de plus belle, outre l’élargissement géographique et l’intensification meurtrière de la spirale de la violence, entre assassinats et guet-apens à l’encontre des forces de l’ordre et des officiers militaires.

Pas plus loin qu’hier, Ali le machiavélique, habillé de sa fausse tunique d’homme d’Etat, la mine gauchement convaincu, un rictus revanchard sur la bouche, est sorti nous dire sans vergogne ni concession, avec un culot d’acier digne d’un chiffonnier sans foi ni loi, que le moment n’est ni au dialogue politique ni à la feuille de route, dont le Quartet s’échine depuis des mois à élever les axes au rang de stratégie nationale consensuelle, mais à ferrailler contre le terrorisme et à combattre les milices extrémistes armées. Il a beau être cynique, Ali le large louche de la cervelle, prenant le peuple pour un ramassis de vieux cons, il en parle comme s’il s’agit d’un premier attentat terroriste alors que sous son double mandat, la violence et le meurtre ont été presque banalisés.

Monsieur le chef de gouvernement, par ses propos à deux balles, se tire une balle dans le pied, en annonçant, haut et fort, qu’il entend commettre sans scrupules… un infanticide, contre les chérubins inoffensifs de son gourou de guide spirituel et leur non moins authentique et charitable projet culturel. Entre temps, l’espace public grince, fourmille de manifestants, réclamant la chute du gouvernement. Bouché à l’émeri, boitant de la conscience, Ali le  » magnifique », fossoyeur en chef de l’Etat Tunisien, n’en entend aucun écho. Ce n’est qu’un essaim de fauteurs en eau trouble cherchant à torpiller le dialogue national.

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