Ibrahim Kassas (Nidaa Tounes) : «Les élections, pas avant octobre 2014 !»

Brahim Kassas (photo - tunisky)

Contrairement à ses débuts en fanfare dans le monde politique, Ibrahim Kassas, député de Nidaa Tounes, se fait plutôt discret, ces derniers temps. Il revient sur les raisons de cette absence médiatique, le consentement d’Ennahdha à l’initiative du Quartet et les différentes évolutions de l’actualité nationale.

Vos sorties médiatiques sont devenues très rares, ces derniers temps. Y a-t-il une explication à cela ?
Mon absence de la scène médiatique est très simple à expliquer. Avant, les téléspectateurs étaient habitués à me voir quotidiennement, sur les chaînes nationales, lors de la diffusion des travaux de l’Assemblée Nationale Constituante (ANC). Mais, maintenant que je me suis retiré de l’ANC, au lendemain de l’assassinat de mon collègue feu Mohamed Brahmi, c’est normal qu’on ne me voie plus souvent.
Sinon, concernant les plateaux télé, j’ai décidé de ne plus y participer car j’ai réalisé que certains journalistes et animateurs ne voulaient, à travers leur émission, que donner une mauvaise image des hommes politiques.

«Ennahdha nous a habitués, dans le passé,
par son manque de sérieux»

Comment avez-vous accueilli le consentement d’Ennahdha à l’initiative du Quartet ?
Nous l’avons accueilli avec beaucoup de réserve, car Ennahdha nous a habitués, dans le passé, par son manque de sérieux. Nous allons, donc, attendre à ce que le gouvernement soit dissous et que le dialogue national commence réellement, pour avoir un avis bien tranché. D’ici là, nous avons toutes les raisons d’être sceptiques.

Donc, vous n’allez pas reprendre, tout de suite, vos fonctions au sein de l’ANC ?
Nous n’allons pas le faire avant que le gouvernement actuel ne soit dissous. D’ailleurs, permettez-moi, dans ce même cadre, de reprocher à mes collègues, au sein de l’ANC, et notamment à la présidence de l’Assemblée, son choix de reprendre les travaux au sein de l’ANC, alors que le sang de leur collègue feu Mohamed Brahmi n’a pas encore séché et les coupables pas encore jugés.

«Marzouki ne peut rien promettre,
car la seule prérogative qu’il possède
est celle de recevoir des directives
de la part de son maître à Montplasir»

L’initiative du Quartet prévoit la rédaction de la Constitution et son approbation dans un délai de quatre semaines. Pensez-vous que cette période soit suffisante ?
Vous devez comprendre que le sort de la Constitution est entre les mains d’Ennahdha. Si cette dernière décide de la rédiger et l’approuver en quelques semaines, elle le fera. Mais, si elle opte, comme elle l’a toujours fait, pour le prolongement de cette période, personne ne pourrait l’empêcher, puisqu’elle détient la majorité au sein de l’ANC.

Le président Moncef Marzouki a promis, la semaine dernière, devant l’Assemblée Générale de l’ONU, la tenue des élections au printemps prochain. À votre avis, cette promesse peut-elle être tenue ?
D’abord, et avant de répondre à votre question, il faut comprendre que M. Marzouki ne peut rien promettre, car la seule prérogative qu’il possède est celle de recevoir des directives de la part de son maître à Montplasir. Sinon, pour revenir à votre question concernant la date qu’il propose, je pense que celle-ci n’est pas du tout fondée. Les élections ne pourraient pas être tenues avant octobre 2014. Car, l’organisation d’élections nécessite la mise en place de toute une logistique, à savoir la promulgation d’une loi électorale, l’élection d’une Instance Supérieure Indépendante des Elections (ISIE) et l’installation de bureaux de vote dans tout le territoire du pays. De ce fait, le délai d’ici le printemps prochain risque d’être très limite.

«Abdelkarim Zbidi,
peut être l’homme de la situation»

Quelle personnalité voyez-vous à la tête du prochain gouvernement ?
La personnalité qui conduira le pays lors de la prochaine phase transitoire doit, bien évidemment, être, à la fois, indépendante et consensuelle. Donc, maintenant que la feuille de route du Quartet a été acceptée par Ennahdha, la balle est dans le camp des différents partis politiques représentés à l’ANC pour choisir leur candidat.
Personnellement, je vois que M. Abdelkarim Zbidi, ex-ministre de la Défense nationale, peut être l’homme de la situation. Ce choix, bien évidemment, n’engage que ma propre personne et en aucun cas mon parti.

Le président de l’Union Patriotique Libre (UPL), Slim Riahi, avait proposé Béji Caïd Essebsi à la présidence de la République à titre provisoire. Qu’en pensez-vous ?
Béji Caïd Essebsi, comme vous le savez, a dirigé le pays avec succès, en tant que chef du gouvernement, durant une phase très critique. Donc, si le devoir l’appelle, encore une fois, à servir sa patrie, en qualité de président de la République, cette fois-ci, nous ne verrions pas d’inconvénients. Car, l’intérêt de la patrie passe avant tout. Ceci dit, je dois avouer que si cette hypothèse devait se concrétiser, nous l’accueillerions avec beaucoup de souffrance, car ce n’est pas évident de perdre un leader de l’envergure de «Si El Béji» à la tête de notre parti.

«Ferjani Doghmane, Habib Ellouze et Amer Larayedh
sont de bons amis à moi»

M. Tahar Ben Hassine a estimé, dernièrement, qu’un rapprochement Nidaa Tounes- Ennahdha serait synonyme de «catastrophe» pour le pays. Partagez-vous cette position ?
Bien sûr que non. Cet avis n’engage que la personne de M. Tahar Ben Hassine et non pas le parti. Au sein de Nidaa Tounes, nous ne croyons pas en l’exclusion. En effet, malgré les différences idéologiques et politiques existent entre nous et Ennahdha, nous estimons qu’ils sont des citoyens tunisiens qui ne doivent, par conséquent, pas être exclus ou ignorés. De ce fait, contrairement à ce qu’avance M. Ben Hassine, nous serions prêts, à Nidaa Tounes, à coopérer avec Ennahdha, si l’intérêt national le nécessite. Nous n’avons absolument rien de personnel contre Ennahdha. Ce que nous voulons, c’est juste faire sortir le pays du fond du gouffre. De toute façon, les partis politiques n’ont désormais qu’un seul choix: le consensus.

Avez-vous des amis au sein d’Ennahdha ?
Bien évidemment. Ferjani Doghmane, Habib Ellouze et Amer Larayedh sont de bons amis à moi. Ce sont des personnes que j’apprécie bien. Encore une fois, je n’ai vraiment rien de personnel contre Ennahdha. D’ailleurs, si M. Rached Ghannouchi m’invitait, un de ces jours, pour déjeuner ou pour dîner, j’accepterai avec plaisir.

Interview réalisée par Slim MESTIRI

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