La Tunisie a toujours «tunisifié» l’envahisseur – Par Zakaria Bouker

TRIBUNE – L’Apôtre -de Betsaïde en Galilée- martyrisé à Rome en 64 ou 67 sous Néron, le Christ lui dit : «Et moi Je te dis que tu es Pierre et que sur ce roc je bâtirai mon Église et que les portes de l’Enfer ne prévaudront point contre elle.
Il s’appelait donc Pierre. Le siècle d’après naquit saint Victor en Tunisie pour devenir Pape de tous les chrétiens. Tunis est trois fois capitale de tous les chrétiens
Sur les 265 papes qui s’étaient succédés trois étaient tunisiens autochtones morts et enterrés dans leur terre.

Saint Victor 1er, Saint Miltiade et Saint Gélase. Ce dernier est mort vers 500 JC. Mais cela ce n’est qu’une page de l’histoire bien plus profonde de la Tunisie.
Que n’a-t-elle pas vécu cette Tunisie plurielle creuset de toutes les civilisations connues et méconnues bien avant et longtemps après.

Les juifs sont quasiment nés en même temps en Tunisie, havre de paix et dans les territoires incertains du Moyen-Orient en guerre depuis l’aube des temps.
Ses vestiges ont bravé l’usure du temps et la folie des envahisseurs pour témoigner de l’ultime perfection de l’art de vivre et de gouverner. Les superlatifs et les primautés n’en finissent pas :

* Première Démocratie de l’humanité
* Première Constitution de l’humanité
* Une des Premières citées de l’humanité
* Première Ecole de l’humanité
* Première flotte marchande de l’humanité
* Première exploration allant de la pointe de l’Angleterre jusqu’au fin fond de l’Afrique australe
* Première science de l’agriculture de l’économie de l’art de l’humanité…

De tous ces superlatifs il ne faut en retenir qu’un seul : l’art de vivre en cité, la société, l’Etat, l’administration.
Trois mille ans de vie en société ça laisse des traces et sa façonne la nature des hommes :
La Tunisie est un pays uni homogène pluriel ouvert et impossible à mettre dans un moule réfractaire à toute pensée unique.
Des envahisseurs il en a vu comme aucun pays n’en a jamais vu. Des Romains des Byzantins des Musulmans, des Espagnols des Français, des Turcs… Et chaque fois l’aboutissement a dérouté l’historien.

Ce caractère singulier d’un pays tempéré qui a su opposer l’intelligence à la brutalité est comme le dit un historien contemporain ATYPIQUE : il est capable d’une résistance légendaire où la femme est souvent meneuse. Quand vous croyez avoir établi à jamais votre paix, l peut montrer une docilité traitresse qui peut durer des générations.
Les Musulmans et les Arabes qui se sont succédés n’ont pas échappé à cette règle.
La Tunisie s’est montrée à chaque fois inventive digérant à chaque fois l’intrus pour en faire sa propre sève…
La moelle substance de son islamité a imprimé durablement la pensée orientale. L’islam est «tunisifié» pour devenir un allié intelligent sur le chemin du développement, de l’art de vivre et de l’art tout court.

Les plus éminents sociologues bâtisseurs de cette science encore incontournables dans la pensée humaine s’en sont fortement inspirés. Ibn Khaldoun pour ne citer que celui-là, s’est résolu à faire de cette terre un modèle d’étude.
L’on peut encore s’attarder sur cette islamité tunisienne fruit du subtil mélange de la civilisation millénaire et de la foi purifiée des scories originelles.
Ce n’est pas un hasard si ce pays s’est trouvé le premier pays musulman à abolir l’esclavage, à bannir la razzia, à inclure le droit à l’égalité entre les ethnies et les religions dans l’une des constitutions les plus avancées de son temps.
Ce n’est pas par hasard si la femme se trouve éligible bien avant plusieurs pays.

Pour faire court l’Islam en tant que civilisation par voie de conséquence en tant qu’empire doit son expansion à trois civilisations motrices, la Tunisie, la Perse, la Syrie. Avec une prédominance de la première. Pour l’Irak et la Turquie cela n’a été finalement qu’une sclérose.
L’histoire contemporaine fait ressurgir des thèses d’autodestruction anti-civilisationelles, l’une issue de la thèse d’Ibn Abdelwahab, la seconde issue de la thèse de Said Kotb
Ghannouchi a pris ce qu’il y a de pire chez les deux.

Que voit-on aujourd’hui ? Une nième Colonisation à la faveur d’un moment d’anesthésie du 14 janvier 2011.
Fort d’une manne d’argent, cet homme Ghannouchi, au parcours douteux gagné par la hargne, la haine, le sang, la revanche, la mégalomanie, la prétention et l’ignorance, s’autoproclame le second prophète. En moins de deux ans la Tunisie est défigurée.
Le peuple tunisien s’est révolté pacifiquement et a offert le pouvoir à ses représentants. Le mouvement du gourou a toujours prôné le renversement du pouvoir par le terrorisme et son accaparement par la force.
Le peuple tunisien cherche à imprimer à la vie publique l’alternance. Le mouvement du gourou précipite le pouvoir à vie. Le peuple tunisien cherche l’unité dans le respect de la diversité. Le gourou prône la guerre civile et l’exclusion par le feu et le sang… Le peuple tunisien aspire à une compétition saine entre les partis opposés. Le gourou parle d’affrontement coranique «Tadafoô»

Zakaria Bouker

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