Appels pressants à l’immunisation de la révolution le jour de la création du Front pour la Tunisie

Union pour la Tunisie (photo - mag14)Un certain nombre de députés ont émis, hier, une pétition dans laquelle ils requièrent l’examen en toute priorité du projet de loi relative à l’immunisation de la révolution. La signature de cette pétition intervient le jour de la signature de l’accord entre Nidaa Tounes, Al-Joumhouri et Al-Massar portant création d’un front politique et électoral entre les parties signataires. Est-ce une simple coïncidence ou une réaction à cet accord ?

La réponse est à puiser dans la realpolitik marquée par le conflit entre Nidaa Tounes d’une part, les partis de la Troïka et certains autres partis au sein de l’Assemblée Constituante d’autre part.

Officiellement, ces derniers considèrent que Nidaa Tounes incarne la contre-révolution du fait qu’il représente une reproduction du RCD. C’est ainsi que depuis sa création, le 26 janvier 2012, ils appellent à son exclusion de la scène politique dans le cadre de ce qu’ils qualifient d’immunisation de la révolution.

Sur le terrain, les ligues de protection de la révolution qui sont proches du mouvement Ennahdha réagissent par la violence en boycottant les meetings et les activités de Nidaa Tounes et en agressant ses membres.

Politiquement, des députés d’Ennahdha ont annoncé, lors d’une conférence de presse, qu’ils ont tenue le 23 novembre 2012 qu’ils allaient proposer à l’Assemblée Constituante un projet d’exclusion des Rcédistes.

Pour plusieurs observateurs, ce projet vise, en réalité, à exclure Nidaa Tounes puisque l’exclusion de son fondateur, Beji Caid Essebis, pourrait conduire à l’effondrement de ce parti. L’annonce de ce projet, une année après les élections du 23 octobre 2013, traduit, selon certains, le souci de se débarrasser d’un concurrent redoutable qui gagne de plus en plus en popularité et rassemble de plus en plus de gens.

Mais l’exclusion ne fait pas l’unanimité au sein des partis au pouvoir. Samir Dilou et Lotfi Zitoun ont annoncé clairement à la télévision que la seule exclusion est celle des urnes et que la sanction ne peut pas être collective. Cheikh Rached Ghannouchi a déclaré à l’issue d’une rencontre avec le président Marzouki que le dialogue nationale doit regrouper toutes les parties reconnues légalement.

Il est vrai que la majorité, dans le mouvement Ennahdha, soutient le projet d’exclusion. Mais l’avis de ces personnes qui ont leur poids dans le mouvement et qui ont une influence sur la vie du parti est probablement la raison pour laquelle le projet n’a pas encore été soumis à l’assemblée plénière.

Avec la naissance du front politique et électoral pour la Tunisie, le 29 janvier 2013, l’appréhension a pris une nouvelle dimension qui explique le mobile des signataires de la pétition appelant à donner la priorité à l’examen du projet lors des prochaines réunions de l’assemblée constituante.

Acquiescer alors à leur souhait en consacrant toute une séance à l’examen du projet risque de perturber la feuille de route qui prévoit en priorité l’élaboration de la Constitution et l’organisation des élections et de gaspiller du temps inutile d’autant plus que la question ne fait pas l’unanimité au sein de l’assemblée et à l’intérieur de la Troïka.

A ce dernier titre, alors que Imed Daimi, conseiller du président de la République et membre du CPR, a critiqué sur sa page officielle la création du Front pour la Tunisie, considérant qu’il constitue une remise à jour du front du 13 janvier, Nourreddine Arbaoui, vice président du bureau politique du mouvement Ennahdha, a déclaré hier à Al Jazeera que ce nouveau front est de nature à enrichir la vie politique dans le cadre de la transition démocratique.

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