Samir Dilou ou l’art d’esquiver les questions de Maya Ksouri

Le Gouvernement Hamadi Jebali n’a assurément pas choisi au hasard son porte-parole en la personne de Samir Dilou qui cumule par là même la fonction de ministre des Droits de l’homme et de la justice transitoire. Samir Dilou n’appréhende pas les plateaux de télévision qu’il aime à fréquenter. Souvent invité dans les émissions politiques, le ministre nahdhaoui s’est visiblement aguerri et semble prendre un malin plaisir à embarquer ses auditeurs dans une rhétorique qui lui permet de tirer son épingle du jeu sans pourtant jamais réussir à convaincre. Cette facilité dans la communication, il la doit sans aucun doute à son métier d’avocat, mais aussi à sa capacité à conférer à ses propos l’allure d’une réponse qui n’en est jamais une. Le porte-parole semble affectionner particulièrement les joutes verbales, c’est ce qui rend redoutables les confrontations avec lui. Le double langage qu’il a su hisser au rang d’art est la marque de fabrique d’un mouvement dont il semble le meilleur représentant.

Hier, lundi 29 octobre 2012, l’émission Klem Ennes animée par Ala Chebbi sur Tounsia TV a constitué un extraordinaire condensé du mode de fonctionnement de Samir Dilou. A l’entendre tenir un discours sur la liberté de presse et sur son attachement à la liberté de création, l’on se demande ce que M. Dilou fait au mouvement Ennahdha. Son attitude libérale est en effet aux antipodes des extrémistes de l’acabit des Chourou, Ellouze ou même Moncef Ben Salem. Mais voilà que poussé dans ses derniers retranchements par Maya Ksouri, l’animatrice de Klem Ennes aux côtés de Ala Chebbi, le porte-parole devient agressif et peu courtois. A la question relative à son adhésion à « Freedom house », une organisation à la coloration « sioniste » aux dires de la charmante Maya Ksouri, Samir Dilou se rebiffe, perçoit l’interrogation comme une accusation et oppose une réplique qui aura brillé par l’esquive.

Il reproche à l’avocate (BCBG à souhait) la formulation alambiquée de sa question et se défend de tout engagement dans une association qui aurait une tendance sioniste. Il s’adonne alors allègrement à une rhétorique droilhommiste qui a pour but de le disculper de tout soupçon inhérent à la normalisation des relations avec l’Etat hébreu.

De fil en aiguille, la séquence question/réponse dégénère quelque peu, gagne ostensiblement en tension et Samir Dilou, décontenancé, s’empêtre dans une sorte de langue de bois du genre « moi j’assume ma réponse, et vous, vous assumez votre question ». Cela ne fait pas avancer le débat, on en reste là avec l’impression que Samir Dilou a réussi son tour de passe-passe en roulant dans la farine et l’animatrice, peu à l’aise dans son expression arabophone, et le public qui sera resté sur sa faim. Toutes ingénieuses qu’elles puissent être, les pirouettes du porte-parole du Gouvernement ne sauraient perdurer, et le genre de confrontations auquel le public a eu droit a ceci d’intéressant de démystifier la stratégie de communication de l’ancien avocat chevronné.

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