Marzouki fait les yeux doux à l’opposition et se range du côté des accusateurs

Aux questions d’actualité brûlante que lui ont posées les journalistes de la 1ère chaîne de TV nationale, de Nessma TV et de la radio nationale, à l’occasion d’une interview qu’il a livrée hier à ces médias, le Président Moncef Marzouki a fait valoir des « Non-accusateurs ». Mais c’était des « Non » en queue de poisson puisqu’il n’a annoncé aucune mesure concrète pour traduire sur terrain ses prises de position.

Mettre un terme aux comités de protection de la révolution

Au sujet du décès de Lotfi Nagdh à Tatatouine, il a reconnu qu’il s’agissait d’un meurtre suite à son lynchage par les manifestants relevant de la ligue de protection de la révolution dans la région. Il a fermement condamné cet acte odieux et a qualifié, à demi-mot, de contradictoires les positions exprimées par certaines parties pour camoufler le meurtre. À cet effet, Il avait contacté la famille de la victime pour lui faire part de ses condoléances et de sa compassion. Cette mesure n’est pas sans rappeler celle qu’il a prise lors de l’affaire du viol commis par les policiers, il y a près de deux mois, où il a reçu la victime et son fiancé accusés d’atteinte à la pudeur publique pour avoir tenu bon. L’ audience qui leur a été accordée a eu, sur le plan psychique, un effet favorable sur le moral de la victime, mais n’a pas changé grand-chose au cours de l’affaire et à la position officielle de la partie concernée dans le gouvernement.

Moncef Marzouki a remis en cause les comités de protection de la révolution qui appelaient à l’épuration au nom de l’assainissement des structures de l’État alors qu’ils n’avaient aucune qualité à agir et leur existence ne se justifie plus. Il a mis en garde contre la poursuite de leurs activités qui peuvent nuire au processus de démocratisation et conduire à des confrontations sanglantes. Il a appelé à mettre fin à ces comités puisque leur rôle est censé avoir pris fin à partir de l’élection de l’Assemblée nationale constituante et de la mise en place des institutions de l’État. Mais il n’a pas expliqué comment le Président de la République entendait procéder pour y parvenir.

L’exclusion n’arrange que ceux qui ont peur de leur adversaire

Contre toute attente, le Président a expliqué qu’il n’était pas favorable à l’exclusion, position pourtant adoptée et soutenue par le parti dont il est le fondateur. Il justifie son refus de l’exclusion par le fait qu’il est le Président de la République et non d’un parti politique qui prend des décisions en fonction de ses positions et intérêts politiques. De ce point de vue, l’exclusion vise à se débarrasser d’un adversaire sur la scène politique. Indirectement, Moncef Marzouki qui a reçu dernièrement Béji Caied Essebsi, insinue que la campagne d’hostilité et les tentatives d’exclusion dont font l’objet le mouvement NIDAA TOUNES et ses dirigeants a pour but de les éliminer parce qu’ils représentent un concurrent sérieux et inquiètent la majorité gouvernante. Cette explication dont le bien fondé saute aux yeux est aussi celle de l’opposition, de la plupart des Tunisiens et des observateurs.

Les critiques, aussi acerbes soient-elles, font partie des règles de la démocratie

Concernant les médias, il a indiqué qu’il n’est nullement gêné par les critiques souvent acerbes qui le touchent personnellement, car il considère que la démocratie n’est rien sans liberté de la presse et que celle-ci n’a pas de sens si on met des gardes fous au droit de blâmer.

Sans la pression, la Troïka n’aurait pas bougé

Tout en appuyant l’initiative de l’UGTT, le Président s’est félicité des mouvements de l’opposition et de la société civile qui ont exigé une feuille de route pour les prochaines échéances politiques. Il a avoué que ces mouvements avaient poussé la TROIKA à se concerter pour l’arrêté d’un programme d’action et d’un timing. En vertu de la concertation, le spectre du 23 octobre n’a plus de raison d’être. L’État a pris des précautions pour faire face aux éventuels débordements et imposer l’application de la loi à ceux qui s’insurgent contre la légitimité.

Hormis les préparatifs sécuritaires pour le 23 octobre, les propos de Moncef Marzouki sont dignes d’un leader de l’opposition qui prépare sa candidature à la magistrature suprême. La seule concession qu’il a faite au partenaire islamiste est la tolérance du port du NIQAB dans les lieux publics.

À la question précise de savoir s’il envisage ou non de se présenter pour les présidentielles, il a répondu que même s’il en a l’intention, il ne changera pas de discours. Il continuera à être le militant des droits de l’homme qui refuse les atteintes aux libertés et à la dignité des citoyens, et le moderniste, toujours au service de la Patrie et de la société. Par rapport à ceux qui sont d’une obédience contraire, ce discours peut lui coûter des adversités et des résistances politiques.

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