Tunisiens, serrez ‘davantage’ vos ceintures !

Pour deux raisons. La première, c’est parce que nous allons aborder une zone de turbulence sérieuse, et la seconde, c’est parce que cette intempérie risque de perdurer.

Examinons-en les raisons pour tenter d’expliquer pourquoi nos réserves en devises ont franchi vers le bas la ligne rouge des 100 jours d’importations pour accoster, pour le moment, à 95 jours.

Rappelez vous, nous étions partis de 145 jours avant le 14 janvier (soit une couverture en devises de presque 5 mois d’importations) pour perdre continuellement une cinquantaine de jours en un peu plus d’un an et demi, soit l’équivalent de la perte du tiers de notre potentiel en devises. Certes, ce n’est pas encore la situation de 1986-87 où nous étions tombés à deux doigts de la faillite avec seulement une semaine d’importation, mais la sonnette nous assourdit déjà.

La dérive de l’import-export

Il faut prendre conscience que nos indicateurs économiques clignotaient déjà en rouge depuis un certain temps. La récession de 2011 et les balbutiements en 2012, font que la résultante s’est répercutée sur notre balance de paiement, dont le déséquilibre s’est brutalement creusé au premier semestre 2012 en raison de relativement trop d’importation face à peu d’exportation. En clair, notre production à l’export marquait le pas, face à nos partenaires traditionnels, eux-mêmes englués jusqu’au cou dans une crise sans précédent, qui les obligent déjà à serrer leur ceinture au dernier cran possible, comme en Grèce, en Espagne , en Italie…et à cause d’une incapacité de notre part, à trouver de nouveaux marchés en raison d’une faible propension à investir, et de l’immobilisation souvent injuste de nos hommes d’affaires, les empêchant d’aller librement prospecter de nouvelles niches d’acquéreurs. Mais en parallèle, nos besoins d’importer se sont accélérés en biens d’équipements, car il fallait reconstruire l’économie (en principe), mais aussi même en voitures de luxe et autres yachts, alors que les banques accordaient des crédits à gogo et pas chers, au vu et au su des autorités monétaires qui exigeaient la dilution des réserves techniques des banques, tout en abaissant le taux directeur au niveau de la jante…

Il est vrai que les réserves se sont même stabilisées un moment. Mais c’était suite aux nombreux transferts dont avait bénéficié la révolution du jasmin.

Car après, les transferts sur le compte capital commençaient à battre de l’aile, et nous n’arrivions plus à équilibrer raisonnablement la situation de nos réserves en devises, par nos exports qui perdaient leurs substances, à en devenir une peau de chagrin. Les derniers événements sociaux et politiques aussi ont fini par asséner l’estocade finale. Sur ce, S&P’s nous envoie au banc des moins que rien, tire à bout portant sur le système bancaire et vient de confirmer sa position, en lui assénant cette fois la pire des notes au plan des risques, que les partenaires pourraient subir, en entrant en relations d’affaires avec ce secteur sinistré. J’ai même cru entendre que notre risque souverain n’est plus garanti par le FMI. Ce serait la totale, qui exprimerait nettement cette vérité, que si le secteur bancaireva mal c’est toute l’économie qui l’est, et vice versa.

L’appel au secours a été entendu à l’Est ?

Visiblement, l’Ouest commence à nous laisser choir. Hilary s’est fâchée après l’attaque de son ambassade, pourtant toute pimpante, sur les rives du lac. Angela l’Allemande aux yeux bleus à préféré reporter sa visite à plus tard, pour des raisons de sécurité alors que des investisseurs allemands venaient à peine de fermer leur usine de pièces pour Air Bus. François,lui, prend du recul tant il risque de perdre la face devant Marie (le Pen) qui l’attend au tournant…Tandis que nous, nous entrons dans un nouveau round d’inflation où le poulet passe de 3,8dt à 6,5dt, la viande de 12 à 21dt, le allouche sacré de l’Aïd de 400dt à 700dt, l’essence de 1,370 à 1,470dt…et les chômeurs de 500 000 à 850 000 ! Sans parler, beaucoup de produits importés qui risquent de disparaître. Certes, les vendeurs de pièces détachées utilisées vont se frotter les mains du côté de Menzel Kamel, mais où va t’on ?

Un bémol quand même, le Fonds monétaire arabe (FMA) va nous octroyer trois crédits d’une valeur globale de 180 millions de dollars, dont deux destinés à soutenir la balance de paiement et un troisième dédié à l’impulsion des programmes de réforme économique et de la politique de change en Tunisie. Le remboursement de ces crédits se fera sur un délai de 3 ans et plus, avec une période de grâce qui variera entre un an et demi et 2 ans, et un taux d’intérêt qui ne dépassera pas 1%.

Cela peut toujours boucher un trou. Au total notre pays a bénéficié de 13 crédits, de la part du FMA et du Programme de Financement du Commerce Arabe (relevant du FMA), d’une valeur globale de 900 millions de dollars alors que nos réserves en devises ont franchi à la baisse le seuil de 100 jours d’importations pour accoster à 95 jours seulement, et ce, pour la première fois depuis la crise économique qui avait suscité l’application du programme d’ajustement structurel à partir de 1987. Mais cette faveur suffira-t-elle face au trou béant qui chaque jour, s’ouvre un peu plus.

Standard and Poor’s enfonce le clou

Cette dégradation de l’économie, a fait réagir S&Poor’s qui a déjà abaissé de deux crans la note de la dette à long terme de la Tunisie à BB fin mai dernier, la reléguant à la catégorie des emprunteurs spéculatifs. La revoilà qui vient de re-procéder à l’évaluation du système bancaire tunisien pour lui coller cette fois un « 8 « sur une échelle de 1 à 10 (10 étant le risque le plus élevé). L’évaluation a tenu compte, du risque économique dont l’impact sur le système bancaire est lié et la note 8 reflète l’opinion de S&P »s que la Tunisie fait face à un «risque très élevé» en termes de résistance aux chocs économiques, à un «risque intermédiaire» en termes de déséquilibres économiques» et à «un risque extrêmement élevé» en termes de «risque de crédit dans l’économie». Elle a également évalué le risque du secteur compte tenu de sa supervision par l’autorité monétaire, la manière avec laquelle le secteur est géré et enfin de la capacité de l’État à soutenir le secteur en cas de difficultés. Il est évident que si l’économie va mal, les banques s’en ressentent et, vice versa.

Autrement dit, jusqu’à quand tiendrons-nous encore avec un secteur bancaire aux abois, lui aussi en besoin vital de recapitalisation, conséquent à une économie qui marque le pas? A moins de tout vendre et encore, le paquet à la Banque de Tunisie compris et les autres butins de guerre de la révolution….Même après « la due diligence » (entendez évaluation) cela reste peu évident.

Aussi serrez, bien vos ceintures, la descente sans train d’atterrissage, a peut-être commencé.

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