Opinion – Les journalistes ne doivent s’en prendre qu’à eux-mêmes

Si la zizanie et le rififi se sont invités ces derniers temps en milieu médiatique, c’est que les acteurs eux-mêmes leur ont donné un bon coup de pouce. Les professionnels du métier constituent hélas, de nos jours, une denrée rare. Et il n’est pas besoin d’être grand clerc pour le deviner.

Ce constat amer est surtout perceptible sur nos écrans télé. Les reportages qui ont été réalisés sur les abondantes chutes de neige et les pluies torrentielles qui se sont abattues notamment dans les régions du Nord-Ouest, sont à cet égard édifiants. «Tout est au top, vous n’avez pas de problème …». C’est la question qui était posée à un citoyen de Aïn Draham.

Estomaqué, le pauvre homme était pris au dépourvu, donc tenu de fournir une réponse positive. Voilà une question du genre : «Quelle est la couleur du cheval blanc d’Henri IV ?» Positiver, toujours positiver ! Nous voilà retournés à l’ère Ben Ali ! Le problème est que certains journalistes, de surcroît des jeunes, se trouvent toujours ankylosés dans les anciens réflexes.

Toujours au niveau des compétences, le professionnalisme souffre aussi de certaines carences dans la presse écrite. Il s’agit, entre autres, du traitement des dépêches d’agences comme l’AFP, Reuters et Associated Press. Elles sont reproduites sans qu’aucune correction ne leur soit apportée. Ainsi, on lit, en guise de surtitre, dans un quotidien : «groupes armés palestiniens-Israël», alors qu’il aurait été plus séant d’écrire «combattants palestiniens».

Il y a aussi beaucoup à redire sur les débats télévisés qui meublent pratiquement toutes nos chaînes. Certains journalistes ont fait de l’émission un fonds de commerce. Ils ont revêtu, pour la circonstance, l’habit faisant d’eux des experts dans certains dossiers. Pour eux, la modestie et l’humilité qui se dégagent des débats programmés par les chaînes françaises et où sont présents leurs confrères de différentes nationalités (y compris maghrébins) sont inconnues au bataillon. Ils ont même parfois l’outrecuidance de faire un appel du pied à la personnalité dont ils défendent la position et les idées. Allons, soyons sérieux, les téléspectateurs ne vous suivent pas comme on regarde un feuilleton à l’eau de rose. Arrêtez de prendre des vessies pour des lanternes, le public posera alors un autre regard sur vous. Prenez exemple sur France 2 ou TF1, en éliminant l’orientation politique, hélas tendancieuse, et là votre professionnalisme sera au point.

On relèvera aussi que certains journalistes se muent dans la peau d’une star. Non, laissez les stars de cinéma, au show-biz ou autres, jouer leur propre rôle d’interviewé. Occupez-vous de votre personne et de ce que vous représentez. C’est à cela seulement qu’on vous jugera et évaluera.

Abdelhamid TARROUCHE -Tunis

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