La stratégie périlleuse d’Ennahdha face aux salafistes

De proche en proche, le phénomène du radicalisme religieux qui s’incarne dans le salafisme s’apparente ostensiblement à une véritable déferlante. Il serait erroné de le considérer comme une tendance passagère qui finirait par se tasser.

Depuis plusieurs mois, et comme encouragés par la clémence du pouvoir politique, les salfistes gagnent du terrain et ratissent large particulièrement dans les quartiers populaires. Mais c’est surtout la violence qu’ils affichent et dont ils sont capables qui fit craindre le pire. Les incidents graves de Bir Haj Khelifa, les agressions dont ont fait l’objet tour à tour les journalistes et les hommes de théâtre, la profanation du drapeau national… tout cela concourt à alimenter auprès du peuple un profond sentiment d’insécurité face auquel le gouvernement de coalition dominé par Ennahdha semble désemparé.

La grogne grandissante de la société civile surtout après les actes de violence et d’intimidation perpétrés dimanche dernier devant le théâtre de Tunis a fait sortir le mouvement Ennahdha de sa réserve. Son président Cheikh Rached Ghannouchi multiplie les déclarations qui dénotent vraisemblablement une désolidarisation par rapport au salfisme. Le renoncement de son parti à l’application de la chariaâ en administre une éloquente preuve. Ameur Laârayedh, membre du bureau politique d’Ennahdha et délégué à l’ANC a dénoncé jeudi 29 mars sur les ondes de Shems FM les agissements du mouvement salafiste susceptibles de générer la discorde. Le soir même sur le plateau d’Hannibal TV, il a explicitement exprimé ses divergences avec Ridha Belhaj, le leader du mouvement Ettahrir. Aujourd’hui, vendredi 30 mars, c’est au tour de Rached Ghannouchi de revenir à la charge pour manifester la distance que son parti prend vis-à-vis de la déferlante salafiste. À Mosaïque FM, il a clairement affirmé que « le salafisme n’a pas d’avenir en Tunisie ». Le président nahdhaoui ne semble pas inquiété outre mesure par le radicalisme religieux incarné par le salafime qu’il considère comme un phénomène passager.

À y regarder de près, les propos du cheikh Ghannouchi semblent s’inscrire dans un raisonnement analogique. Il compare en effet le salafisme actuel à l’islamisme sous les ères respectives Bourguiba et de Ben Ali. Ainsi de même que l’islamisme a évolué vers ce qu’il considère comme un parti politique représenté par Ennahdha, de même le salafisme, tel qu’il le conçoit du reste, évoluera et finira par lâcher du lest à la faveur de la pression du peuple qui parviendra à « tunisifier » le salafisme.

On le voit l’attitude de Rached Ghannouchi reste au fond fidèle à la ligne directrice de son mouvement et de la Troïka en ce sens qu’il répugne à la position du rejet et de l’exclusion. Cependant si son raisonnement présente une certaine pertinence, force est de reconnaître le risque d’une telle politique qui, en prônant le dialogue et en optant pour l’indulgence, favorise par la même l’escalade de la violence salafiste. Comment ne pas s’interroger sur une pareille stratégie qui est de nature à légitimer les agissements salafistes dont le radicalisme sur certains points fondamentaux tels que la démocratie, l’alternance… n’augurent d’aucun espoir sur la possibilité de dialogue et de concertations. En tout cas, en voulant ménager la chèvre et le chou, le mouvement Ennahdha risque d’être pris en tenaille et par les démocrates progressistes et par extrémistes conservateurs. D’aucuns estiment qu’il y a péril en la demeure d’Ennahdha.

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