Marzouki et salafistes : face-à-face pour sauver la face !

Après les avoir rencontrés à Carthage suite à l’intervention de Abderraouf Ayedi, Secrétaire général du CPR, leur avoir reconnu un droit de cité dans le paysage politique et les avoir presque rassuré quant à la légalisation de leur parti, le Dr Moncef Marzouki prévoit, pour bientôt, un face-à-face télévisé avec les salafistes, et ce, selon les déclaration, hier soir, du porte parole du président sur les ondes de Shems Fm.

Cette autre trouvaille de la part du président de la République provisoire ne peut être que «désarçonnante» à l’instar des précédentes déclarations sur le sujet et sur bien d’autres questions. Généralement et en vertu de la pratique politique prévalant dans la plupart des pays démocratiques, un face-à-face est accordé à un concurrent politique lors d’une campagne électorale ou à une figure prééminente de l’opposition à propos d’une question brûlante. Il s’apparente à un rituel politique où s’affrontent des personnalités de premier ordre qui acceptent de se donner en spectacle et représente un défi lancé aux compétiteurs.

Chez nous, cette logique a fonctionné en sens inverse. Le face-à-face avec le président sollicité par des représentants de la gauche n’a pas eu de suite. Hamma Hammami et Chokri Bel Aidi ne l’ont-ils pas déjà annoncé ! En effet, la gauche, suspectée d’avoir été derrière certains mouvements et de comploter contre le gouvernement, voudrait démontrer qu’elle n’assume aucune responsabilité dans le chaos sécuritaire. Le refus de leur accorder le face-à-face a été analysé différemment selon la position de chacun sur l’échiquier politique national. Pour ceux qui l’ont requis, le président, à court d’arguments et de preuves, craint ne pouvoir relever le défi qui lui est lancé. Pour les proches de la présidence, la gauche radicale cherche à s’enliser dans une précampagne électorale.

Paradoxalement, les salafistes, qui représentent une minorité et dont le poids n’est pas déterminant sur la scène politique, ont été plus chanceux. En leur proposant un face-à-face, le président de la République a fomenté, sans s’en rendre compte, une nouvelle polémique sur les choix, le style de gouvernance et les relations de la Troïka avec les salafistes.

Bon nombre de citoyens, qui voient mal le bout du tunnel, considèrent que le mieux serait de se focaliser sur les problèmes vitaux et les affaires délicates et factuelles au lieu de perdre son temps dans des questions secondaires qui n’ont vraiment pas de relation avec leurs véritables soucis.

De surcroît, la position des deux parties est parfaitement connue. Le Dr Moncef Marzouki reproche aux salafistes le recours à la violence et la « mécréanisation », les appelle à se joindre à la société civile et à exercer leurs activités dans le cadre de la République. Ceux-ci qui vont profiter encore une fois pour nous édifier sur le salafisme et l’identité culturelle, rejettent les accusations de violence, les imputent à des éléments de l’ancien RCD et à des fanatiques et réclament leur droit de participer à la vie politique.

Dr Moncef Marzouki cherche-t-il à se racheter et à se justifier après avoir qualifié de « microbes » les salafistes ? Rappelons, à cet égard, qu’il a déclaré dans ses récentes interviews aux médias que les personnes concernées par ce qualificatif sont les personnes impliquées dans les actes terroristes et la violence politique. Leur faire face sera plus utile que le face-à-face.

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