Affaire d’Attounssia : Sérieuses menaces sur la liberté de la presse

L’affaire « d’Attounissia » est le second procès que l’on fait aux médias dans la Tunisie postrévolutionnaire. Le premier est celui qui a vu la chaîne « Nessma » mise sur le banc des accusés à la suite de la diffusion du fameux film iranien « Persépolis », le second, est celui qui passe aujourd’hui devant le tribunal de première instance de Tunis et relatif au quotidien de langue arabe « Attounissia » qui a publié une photo du joueur de football tuniso-allemand, Khedira, actuellement au Real Madrid, et jugée comme contraire à la morale.

Le point commun entre les deux cas est que les deux procès sont liés à une question touchant la morale, la morale religieuse pour la première, les « bonnes mœurs » pour la seconde.

Dans les deux cas, les professionnels des médias, tous syndicats réunis, s’élèvent contre ces procès estimant, à juste titre, d’ailleurs qu’il s’agit de mesures arbitraires en l’absence de textes permettant la protection des journalistes dans l’exercice de leur profession.

Les syndicats dénoncent cette « cabale » montée contre les journalistes et accusent les autorités concernées de préparer de nouvelles attaques contre les médias afin de limiter la liberté d’expression et d’information, tout en reconnaissant que des erreurs se sont produites notamment par le truchement d’« Attounissia ».

Il est vrai que de graves indices quant à cette volonté du gouvernement et des autorités actuelles d’imposer un certain contrôle sur les médias pour ramener l’information sous la tutelle du pouvoir en place et en faire un instrument de propagande au détriment des principes de liberté et de dignité exprimés par la Révolution Tunisienne.

Si on revient quelque peu en arrière, les nominations décrétées par le gouvernement dans les médias publics ou les nominations aux postes de rédacteurs en chef dans certains journaux y compris à Dar Essabah constituent autant de tentatives qui vont dans ce sens de la restriction de la liberté d’expression.

Remettre en cause ce principe et y mettre des freins y compris moraux, les journalistes devraient aussi apprendre à éviter ce piège, est un premier pas vers le bâillonnement de la presse et un dangereux précédent qui risque de nous ramener vers la période noire de la presse tunisienne.

La liberté est un bien trop précieux pour que l’on restreigne, et qu’il faudra savoir préserver et défendre contre tous ceux qui sont tentés aujourd’hui de l’enfermer dans un carcan rigide dont on ne pourra plus se débarrasser.

Les juges sont aujourd’hui devant un véritable défi historique qu’ils doivent savoir surmonter pour instaurer une véritable démocratie pluraliste dont l’un des fondements de base demeure incontestablement la liberté de la presse…

Commentaires:

Commentez...