Sidi Bouzid / Gafsa : 100 km et 12 mois plus tard…

Le 17 décembre 2010, Mohamed Bouazizi s’immolait, déclenchant un soulèvement sans précédent qui a conduit à la fuite de Ben Ali. Derrière le geste fou de Bouazizi, c’est toute la région de Sidi Bouzid qui a allumé les premières étincelles de la révolution, n’en pouvant plus d’être délaissée et ignorée par un régime qui renforçait, année après année, sa discrimination régionale.

100 km plus loin et 12 mois plus tard, un chômeur de 48 ans s’immole à Gafsa. Il s’appelle Ammar Gharsallah. Profitant de la venue, dans la région, d’une délégation de trois ministres, celui des Affaires sociales, Khalil Zaouia, celui de l’Emploi Abdelwahab Maatar, et celui de l’Industrie Mohamed Lamine Chakhar, Ammar avait demandé à les rencontrer. Sa demande a été refusée.

Ce mari et père est actuellement dans un état critique à l’hôpital des grands brûlés de Ben Arous. Il est le reflet du désespoir de toute une ville, celle de Gafsa, dont les habitants n’ont rien vu changer, rien vu évoluer depuis le départ de Ben Ali. Cette ville compte toujours l’un des taux de chômage les plus élevés du pays !

Au-delà du cas particulier de Gafsa, c’est tout un pays qui se rend compte qu’un an après la fuite de Ben Ali, rien, ou presque, n’a changé. Le « ou presque » n’a lieu d’être que grâce à une certaine liberté d’expression ; seul véritable acquis de la révolution. Et encore, c’est un acquis pour lequel on doit se battre continuellement.

Les récentes critiques de H. Jebali, S. Dilou ou plus récemment M. Ben Salem, contre la presse peuvent faire craindre le pire, car la censure commence de là. Ne parlons même pas de la journaliste du quotidien «Le Temps», venue couvrir la manifestation des enseignants devant le ministère de l’Enseignement supérieur, et qui a été violentée par les agents du BOP. Un comble pour un pays en transition démocratique depuis plusieurs mois.

Le nouveau gouvernement est actuellement dans l’obligation d’agir et vite, sous peine de voir la vague de protestation de Gafsa se propager rapidement. Finies les promesses, l’heure est à l’action… ou alors la Tunisie fera probablement un retour vers le passé.

Commentaires:

Commentez...