Opinion – Quelles nouvelles cibles pour les «cyberactivistes» tunisiens ?

Ben Ali a fui. Les «cyberactivistes» tunisiens ont fait, avec leurs doigts, le V de la victoire. Mais maintenant que leur reste-t-il ? L’après-Révolution semble ne pas leur être bénéfique du tout.

Il faut dire que certains espoirs sont déçus. Facebook qui leur a permis de faire leur révolution à travers le Net n’est plus qu’un… réseau social comme à ses débuts. Il reprend ainsi ses droits. Chacun y met ce qu’il veut. Et c’est normal ! Facebook, à la base, est un outil pour retrouver et se faire des amis. Ce n’était pas une arme de «propagande» révolutionnaire, juste un réseau d’échange d’état d’âme et d’idées. Il est vrai que Facebook en a servi plus d’un avant et pendant la Révolution, plus qu’il n’a servi le pays, mais là est une autre histoire.

Pour les blogueurs, il y a eu le revers de la médaille. Alors que Facebook les avait mis en avant et en relief, voilà que maintenant tout le monde s’est mis à faire sa propre ou «sale» «propagande» et on ne sait plus quels sont les vrais «cyberactivistes». Eux se reconnaissent entre eux, mais ils sont noyés dans cette masse de facebookers et d’informations mêlant infos et intox. Ils n’ont plus le monopole de leaders. Puis, leur «mouvement» n’a plus lieu d’être puisque la cible est partie et la Tunisie est «libre».

Alors, pourquoi vouloir à tout pris se servir de Facebook et à quelle fin ? Ne faudrait-il pas mieux pour eux de chercher de nouvelles cibles au lieu de mâcher leur «rancœur» ? Il est évident que certains veulent continuer à être la crème du web tunisien, mais malheureusement ils ont perdu les commandes. Certains considèrent même Facebook comme une poubelle. C’est le cas du «syndicaliste» Maher Takaya qui, comme l’a indiqué l’AFP, a écrit sur son blog : «Le Facebook tunisien commence à ressembler à une poubelle». Quel Facebook tunisien ? Il n’y a pas plus de Facebook tunisien que de Facebook étranger, puisque Facebook est un réseau social international. Ce n’est pas une «communauté» réduite à des Tunisiens. L’un des buts de Facebook n’est-il, comme déjà écrit, pas de se faire des amis à travers la planète ? Alors, pourquoi vouloir «ghettoïser» le Tunisien ? Est-ce pour mieux le «manipuler» ? Et puis si Facebook est une poubelle, on peut se demander ce qu’ils y font encore…

De toute manière, cette «rancœur» suite à l’impression d’avoir perdu les mannettes n’a pas lieu d’être puisque, comme l’a si bien déclaré Sarra Grira, journaliste tunisienne sur France 24, pour le site slateafrique : «Même s’il ne faut pas sous-estimer les réseaux sociaux, ce sont tous ceux qui sont sortis affronter le régime qui ont fait la révolution, point barre ! Ceux qui étaient à Sidi Bouzid, Kasserine, Gafsa, et partout ailleurs en Tunisie».

D’autre part, certains blogueurs ne peuvent s’empêcher de mettre à l’index les administrateurs de certaines pages Facebook. Et la liberté d’expression dans tout ça ? Il semble que sur la toile, milieu virtuel, chacun est libre de faire ce qu’il veut. Alors pourquoi certains et certaines veulent s’ériger en donneurs de leçon et faire l’apologie d’eux-mêmes ? Ils sont là à prétendre qu’avant le 14 janvier ils ont dénoncé Ben Ali. Certains l’ont fait certes. Mais pourquoi se mettre en avant, ce ne sont pas eux qui ont fait la Révolution ? Ils n’ont été qu’un élément et des moindres, du moins pour la plupart d’entre eux. Certains font même s’instituer en blogueur, alors qu’avant ils n’étaient rien ! Puis actuellement tout le monde s’est instauré blogueur après la Révolution. Il suffit de publier son avis pour se dire cyberactiviste…!

Le problème vient du fait que certains blogueurs pensent que la toile est leur chasse gardée, qu’eux seuls en sont maîtres et la maîtrise. Or, on peut maîtriser la toile sans pour autant être blogueur ou cyberactiviste. Les Tunisiens surfaient bien avant l’arrivée de la Révolution et le Net était également un outil de communication bien avant les réseaux sociaux, grâce notamment aux différents messengers, aux salons de tchat (ou chat) et autres forums.

Alors au lieu de mettre à l’index et d’accuser à tort et à travers, les blogueurs et les «cyberactivistes» devraient se mettre autre chose sous la dent et chercher d’autres cibles. La cible sera peut-être moi puisqu’ils prendront cette opinion comme une diatribe contre eux. Dommage, car ce n’en est aucunement une ! Si les blogueurs dépriment qu’ils cherchent, donc, pour s’occuper de nouvelles cibles ! Mais pas moi…

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