L’Édito – Thérapie de groupe !

La condamnation du président déchu, Zine El Abidine Ben Ali et de son « égérie » et néanmoins « compagne », Leila Ben Ali à une lourde peine de 35 ans de prison et à une amende de 91 milliards de nos millimes pour l’affaire du butin retrouvé dans les deux palais présidentiels de Carthage et de Sidi Dhrif avait, entre autres pour objectif, de sonner le début de la « thérapie de groupe » de tout un peuple bafoué dans son honneur et ballotté pendant plus de vingt trois ans par une clique au pouvoir uniquement préoccupée par ses propres intérêts, et ne laissant que des miettes à un peuple devenu miséreux, bâillonné et emprisonné dans son propre pays.

Indépendamment de la condamnation prononcée par le tribunal de première instance de Tunis, cette sanction avait pour but d’entamer la phase d’exorcisme décidée par les instances judiciaires de la Tunisie post-révolutionnaire à l’encontre d’un peuple « assoiffé » de justice et qui exigeait, surtout, que les symboles de l’oppression, de la dictature et des suceurs de sang du peuple soient enfin cloués au pilori.

Car, le peuple tunisien n’arrive pas, du moins la majorité si nous faisons confiance à notre jugement, à pardonner tout ce qu’il a enduré et tout ce qu’il a subi comme exactions, répression politique, sociale et économique, et comme frustration. Le dépassement de cet état psychique, et certainement politique, devait passer donc par une humiliation du président déchu, de son épouse et de son entourage dont la voracité n’a pas d’égal dans l’histoire de l’humanité, pourtant bien pleine de ces épisodes de pillage des richesses et de la liberté des citoyens.

Aujourd’hui, cette peine de prison prononcée à l’égard du duo diabolique qui a présidé aux destinées de notre pays durant vingt trois ans va produire une sorte de soulagement dans la mesure où elle rompt définitivement avec un douloureux passé.

Mais est-ce suffisant ? Ne faudrait-il pas aller plus loin ? Mais aussi dans quelles circonstances et dans quelles conditions ?

Tout d’abord, il nous semble que cette sanction, si symbolique soit-elle, ne touche pas le fond du problème. Ben Ali et Consorts se sont rendus coupables de crimes contre ce bon peuple et contre ses enfants ; et ils doivent donc répondre de leurs faits et gestes qui ont eu un impact politique. C’est donc par une condamnation ayant une portée politique qui pourrait nous permettre de tourner cette page noire de notre histoire.

Ensuite, notre pouvoir judiciaire doit se montrer plus serein, moins sensible aux humeurs de l’environnement ou aux desideratas de l’opinion publique ou de quelques partis politiques qui veulent exploiter ces actions en leur faveur. Les juges tunisiens sont aujourd’hui au devant d’une tâche historique qui consiste à mettre les premiers jalons d’une bonne justice, réellement indépendante et dont le seul souci consiste à dire le droit dans toutes ses dimensions.

Grâce à cette démarche, le peuple tunisien commencera, et mènera du moins on l’espère, sa thérapie à terme tout en assistant à l’émergence d’une nouvelle ère pour la justice, celle qui lui garantira demain tous ses droits et toutes ses libertés face à ceux, et ils sont encore très nombreux, qui entendent la lui confisquer de nouveau. En usant d’autres subterfuges !

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