Comment allez-vous monsieur le Président ?

Entre la récente élection de Joe Biden, l’hospitalisation de Abdelmajid Tebboune et les sorties télévisuelles d’Emmanuel Macron, il est naturel, voire légitime, de s’interroger sur le devenir de Kais Saïed. Le président de la République ne s’est plus adressé au peuple depuis son allocution mémorielle du jeudi 29 octobre, célébration du Mouled oblige. Et puis, plus rien, silence radio…

Mais où êtes-vous monsieur le Président ? L’époque des directives radiophoniques (توجيهات) quasi quotidiennes du « Zaïm » est, certes, révolue, mais cela n’est pas une raison pour se cloîtrer entre quatre murs et sans mot dire à ceux qui « vous ont voulu ».

Seriez-vous souffrant monsieur le Président ou êtes-vous en train de parcourir les CV des potentiels successeurs de Mme Ennaïfer ? Cependant, à quoi peut bien servir un conseiller à la présidence si le garant de la Nation, vous-mêmes en l’occurrence, est aux abonnés absents ? A croire que la fonction vous emmerde au plus haut point. Si c’est le cas, il y a de quoi en perdre son arabe littéraire.

Sachez monsieur le Président que votre image nous manque. Pas celle de Robocop, mais celle qui a suscité l’espoir d’une ère nouvelle un 13 octobre 2019. Au lendemain de ce jour de liesse, une campagne de nettoyage a rendu la place de Barcelone à Tunis méconnaissable de propreté. Aujourd’hui, elle suinte la pisse et croule sous la crasse.

On aurait dit un bidonville de Calcutta. Au lieu d’aller caresser les Qataris dans le sens de la barbe, vous feriez mieux d’aller boire un café dans une des ruelles populaires du centre-ville, comme au bon vieux temps d’ailleurs, histoire d’apprécier le pays que vous prétendez diriger.

En parlant de « diriger », il semble que vous ayez confié les affaires prioritaires du pays à un chef du Gouvernement (Hichem Mechichi) – le troisième en moins d’un an, sans compter Habib Jomli – qui collectionne les bourdes à vitesse grand V et désavoue l’autorité de l’Etat face à l’incivisme qui le paralyse. A en juger son air de faux-intello au verbe somnolent, Mechichi me donne l’impression d’être assis sur la Kasbah plutôt que d’y siéger.

Une question vient, alors d’elle-même : à quoi sert Kais Saïed si son poing reste inerte devant la détresse de ses concitoyens ? Entre Fakhfakh et Mechichi, vous avez montré, monsieur le Président, que vous n’étiez pas doué dans le choix de vos seconds et de ce fait, avez perdu de votre crédibilité aux yeux de vos partisans. Vous voilà citoyen comme un autre, un sénile au teint blafard, incapable d’élaborer un discours doté d’un minimum d’humanité.

Mais rien n’est perdu monsieur le Président ! Evincez « Si Hichem » de son fauteuil et remplacez-le par Wadii « La loi, c’est moi !» El Jery. Le président de la FTF saura, pour sûr, tirer les bonnes ficelles et faire d’El Kamour l’exemple à ne pas suivre. Ainsi, lorsque la Fédération Islamiste des Fraudeurs Abusifs lui confiera votre place dans quatre ans, votre sortie du Palais de Carthage sera plus Chebba que votre entrée !

Mohamed Habib LADJIMI
Tunis-Hebdo du 16/11/2020

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