Pourquoi la condamnation d’Emna Chargui est une insulte au Coran ?

Mais parlons de démocratie, mot qui s’apparente de plus en plus à « démon crasseux », qu’est-il advenu de cette liberté d’expression pour laquelle sont tombés les martyrs de la Révolution ?

Car c’est bien ce que l’on reproche à Emna Chargui, le fait de s’inspirer de la parole divine pour offrir un peu de bonne humeur aux plus affectés par le confinement.

Dans cette fameuse sourate du Corona, qui est un pastiche humoristique et non une parodie, l’auteure, une bloggeuse algérienne qu’Emna « la sorcière » s’est empressée de saluer, a fait preuve d’une grande déférence à l’égard du Coran puisqu’elle use de sa forme littéraire pour transmettre un message réconfortant, un procédé bien connu dont abusaient Al-Jahiz, Omar Khayyam et le grand théologien chrétien Saint Augustin dans le but d’instruire les moins éduqués.

Les gens de bonne foi argueront qu’il n’y a là ni plagiat, ni moquerie et ni détournement du fait qu’aucun verset originel du livre Saint n’a été bafoué. De plus, nous sommes en présence d’une bribe de l’imaginaire humain et non du Tout-Puissant. Et c’est de là que vient tout le problème !

En condamnant la jeune Chargui à six mois de prison, les inquisiteurs de nos tribunaux ont, malgré eux, mis sur un même piédestal la sourate d’une jeune fille et le miracle d’Allah.

Par ce verdict, ô combien absurde, ils reconnaissent que le Coran peut être l’œuvre de l’Homme, en conséquence de quoi, ils remettent en cause l’existence de Dieu.

Or, n’est-il pas mentionné à travers plusieurs versets que le message du Très-Haut est inaltérable, unique et bien loin de ce que le plus brillant des poètes peut offrir de mieux ?

Si Emna Chargui mérite six mois d’incarcération pour un rire, les takfiristes méritent la peine capitale pour leur lecture ambiguë du Coran.

Mohamed Habib LADJIMI
Tunis-Hebdo du 20/07/2020

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