La situation politique en Tunisie porte atteinte à la crédibilité du pays, avertit Moody’s

La Tunisie s’enfonce davantage dans une crise politique inédite marquée notamment par une profonde divergence entre les trois têtes du pouvoir mais aussi par une crise institutionnelle qui s’est emparée de l’Assemblée des Représentants du Peuple dont les travaux sont paralysés.

Cette situation assez chaotique à tous les niveaux, politique, social et économique inquiète les bailleurs de fonds et les institutions financières mondiales, ses échos commencent d’ailleurs à leur parvenir.

C’est dans ce contexte que l’agence de notation Moody’s a mis en garde contre le retardement de l’installation d’un nouveau gouvernement en Tunisie et ses répercussions économiques.

« Une prolongation dans les concertations pour la formation d’un nouveau gouvernement ou l’organisation de nouvelles élections retarderaient la conclusion d’un nouveau programme d’appui entre la Tunisie et le Fonds monétaire international (FMI), » a souligné l’agence dans un communiqué rendu public hier lundi 20 juillet 2020.

Et de poursuivre que « la démission du premier ministre tunisien Elyes Fakhfakh, après seulement quelques semaines d’exercice, et la difficile recherche d’un gouvernement de remplacement qui puisse obtenir le soutien d’un parlement fortement divisé porte atteinte à la crédibilité du pays et vient s’ajouter à l’augmentation des risques due à la pandémie du covid-19, qui « nous ont incité à placer la note de la Tunisie sous examen pour déclassement en avril », a-t-elle rappelé.

En effet, le gouvernement s’attendait à ce qu’un nouveau programme soit mis en place dans le courant de l’année avec le FMI après l’annulation anticipée d’un nouveau mécanisme élargi de crédit de quatre ans qui avait débuté en mai 2016, pour le décaissement de 745 millions de dollars dans le cadre de l’instrument de financement rapide du FMI le 10 avril.

Moody’s estime qu’un accord pour un programme du FMI est essentiel pour garantir un accès continu aux sources de financement bilatérales et multilatérales qui couvrent environ la moitié des besoins de financement bruts de la Tunisie, soit 14 % du PIB.

Et d’ajouter que la Tunisie est confrontée à un resserrement des conditions de financement au niveau mondial, aggravé par l’affaiblissement de la croissance à court terme, la détérioration de la situation budgétaire et la fragilité de la position extérieure.

Moody’s a conclu que des risques de financement accrus se laissent entrevoir à moins que le gouvernement ne soit en mesure de rétablir rapidement son accès aux marchés internationaux des capitaux à des taux abordables, indiquant toutefois qu’un creusement du déficit budgétaire à 7 % du PIB et un endettement supérieur à 80 % du PIB vont encore exacerber les besoins de financement et les risques de liquidité de la Tunisie.

Le FMI prêt à accorder un nouveau financement à la Tunisie

Il y a quelques jours, le directeur du département Moyen-Orient et Asie centrale du FMI, Jihad Azour, avait affirmé que le Fonds monétaire international (FMI) est prêt à accorder un financement à la Tunisie en cas de demande de la part du gouvernement tunisien d’un nouveau programme.

Cette annonce vient se calquer sur celle du ministre des Finances, Nizar Yaiche, qui a déclaré, lundi 12 juillet 2020, que son gouvernement ambitionne de conclure un nouveau programme de financement avec le FMI, d’ici les 3 ou 4 prochains mois.

Yaiche avait expliqué que son gouvernement vient d’entamer de nouvelles négociations avec le FMI pour mettre en place ce programme qui s’étalera sur une période de 4 ans, critiquant au passage les deux derniers accords de financement conclus avec le FMI qui, selon lui, n’ont pas atteint les objectifs escomptés.

Commentaires: