Saied a-t-il réussi sa première sortie sur la scène diplomatique mondiale ?

CP : Présidence de la République

S’agissant de son premier déplacement officiel dans un pays occidental, le président de la République Kais Saied a été placé sous les projecteurs ces deux derniers jours, au point que les médias, mais aussi l’opinion publique, passaient au crible ses moindres gestes. Que reste-il de cette visite ? Kais Saied est-il parvenu à réussir sa première apparition sur la scène diplomatique internationale ?

En tout cas c’était prévu, cette visite qui a été anticipée par une invitation insistante et urgente de la part du président français Emmanuel Macron avait pour principal objectif de revenir sur les derniers rebondissements concernant le dossier libyen.

Macron a ainsi essayé d’aligner la position du président Kais Saied, et par conséquent la position officielle de la Tunisie, sur celle exprimée par lui-même s’opposant notamment à l’ingérence turque en Libye. Le président français Emmanuel Macron a en effet, dénoncé le «jeu dangereux» de la Turquie en Libye, y voyant une menace directe pour la région et pour l’Europe.

«Je considère aujourd’hui que la Turquie joue en Libye un jeu dangereux et contrevient à tous ses engagements pris lors de la conférence de Berlin», a-t-il lancé à l’issue d’un entretien avec son homologue Kais Saied à l’Elysée.

Tout juste après, Kais Saied n’a pas hésité à envoyer des messages implicites au gouvernement Sarraj, en affirmant que sa légitimité et sa légalité touchent à leur fin, soulignant la nécessité de tenir des élections dans ce pays livré à la guerre. Saied a-t-il ainsi choisi son camp ou a-t-il maintenu la politique de neutralité ? Les avis divergent.

Un appui financier

Outre ce lourd dossier libyen, Kais Saied a réussi tout de même à obtenir un prêt de 350 millions d’euros fourni de la part de la France, pourtant, pays qui fait face à une conjoncture économique peu confrontée en raison de la crise du coronavirus.

Kais Saied a également appelé implicitement le président de la République française à financer une cité hospitalière à Kairouan et même d’envisager de lancer à long terme un TGV reliant le Sud au nord du pays.

A cet effet, Macron a promis de soutenir davantage la Tunisie notamment dans cette période de crise, soulignant le fait qu’il est nécessaire d’ouvrir une nouvelle page de la coopération économique entre les deux pays.

« La France et la Tunisie sont liées par une amitié indéfectible. Dans ce moment critique, j’ai indiqué au Président Kaïs Saïed qu’il pouvait compter sur notre soutien pour faire face à la pandémie et approfondir notre relation notamment dans le domaine de la santé et la formation des jeunes » a affirmé le président français.

Premier accrochage avec ses électeurs

Ce qui a marqué également cette visite en France, c’était le premier accrochage entre le président de la République et ses électeurs. Interpellé à Paris sur la situation sociale et sécuritaire à Tataouine, le chef de l’Etat n’a pas échappé à la colère des Tunisiens, il même entre en accrochage avec l’un d’entre eux.

En effet, hier mardi 23 juin, au deuxième jour de sa visite, les choses ne sont pas passées comme prévu à Paris, où le président de la République a été interpellé, près de l’ambassade de Tunis à Paris, par des dizaines de Tunisiens qui soutiennent les protestations d’Al-Kamour.

Saied a voulu se rapprocher de la foule des Tunisiens qui se sont regroupés près de l’ambassade, quand la tension est montée rapidement, lorsque Kais Saied est entré en discussion avec un Tunisien, visiblement selon la vidéo qui circule sur les réseaux sociaux originaire de Tataouine.

Ce dernier a même accusé le président de la République de « proférer des paroles en l’air ». Le chef de l’Etat a rapidement perdu son sang-froid habituel, et a sévèrement ordonné le citoyen en question de ne plus l’interrompre et de le laisser parler.

Faire le point sur la situation en Tunisie

Le président de la République a également envoyé des messages destinés à l’intérieur, quand il a évoqué des tentatives d’ingérence étrangère en Tunisie en complicité avec des parties intérieures. Dans une interview avec la chaine France 24, Saied n’a pas omis de répondre à Rached Ghannouchi concernant son incident diplomatique relatif à la Libye, affirmant même que ce dernier avait commis une erreur et qu’il « ne veut pas qu’on lui marche sur les pieds ».

Saied s’est également opposé à l’élargissement du gouvernement, une condition posée par le parti Ennahdha pour assurer une stabilité gouvernementale, affirmant qu’un tel scénario pourrait conduire à l’effondrement du gouvernement.

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