Aux maires islamistes : Qui conteste l’Etat, tire sur les ambulances !

Sahbi Attig

Alors que la Tunisie lutte contre la progression du coronavirus, l’heure n’est pas à la contestation ou aux agiotages politiciens.

L’union sacrée contre le péril qui guette est notre mot d’ordre général qui ne saurait être outrepassé au nom de considérations de basse politique.

Comme tous les Tunisiens, j’ai suivi les discours des deux plus hauts responsables de l’exécutif.

Si tous deux m’ont déçu par leur manque de ponctualité à une heure grave, si le président de la République m’avait surpris par sa posture et son verbe distants, si le chef du gouvernement m’avait semblé plus proche et rassurant, il n’en reste pas moins que j’ai immédiatement obtempéré aux directives qu’impose l’urgence.

Toutefois, ces derniers jours, l’indiscipline de plusieurs islamistes m’interpelle surtout à cause de probables soubassements politiciens.

Constatons d’abord que les hauts responsables d’Ennahdha restent confinés dans le silence et dans leur forteresse de Monplaisir.

Constatons ensuite que Rached Ghannouchi, le président islamiste de l’Assemblée des représentants du peuple, s’est effacé en faveur des deux autres présidences.

Ce silence de Ghannouchi est-il le signe d’une attitude disciplinée ou de l’eau qui dort en attendant une riposte à ce qui pourrait être considéré comme une marginalisation relative ?

La question se pose. Elle se pose d’autant plus que le chef du gouvernement a demandé au peuple de légiférer par décrets, en se basant sur l’article 70 de la Constitution qui permet à l’ARP de déléguer de manière provisoire et exceptionnelle une partie de ses pouvoirs au chef du gouvernement.

Si Rached Ghannouchi n’a pas réagi pour le moment, quelques gesticulations sont à noter chez ses partisans.

Ainsi, le député Sahbi Attig a-t-il publié sur sa page Facebook un « Niet » sans nuances à l’intention d’Elyas Fakhfakh.

Attig, dont tout le monde connait le passé trouble, oppose un refus total à la proposition du chef du gouvernement arguant de grosses ficelles comme la « préservation de la démocratie » et le devoir « d’éviter le retour au totalitarisme ».

Sur un autre plan, les maires islamistes de plusieurs localités se rebellent ouvertement contre l’autorité centrale et mettent des bâtons dans les roues du fonctionnement de l’Etat en période de crise très grave.

En ce sens, Boubaker Souid, maire islamiste de Tataouine, a ni plus ni moins affirmé qu’il désobéirait à l’Etat pour en faire selon ses approches.

Contrevenant aux directives du président de la République et du Conseil national de sécurité, Boubaker Souid se croit-il à la tête d’un « émirat » autonome ?

De même, Fathi Laayouni, maire islamiste du Kram, est allé dans le même sens et opposé un même refus.

Dans d’autres circonstances, ces deux maires auraient mérité d’être immédiatement limogés. Leurs décisions unilatérales et juridiquement infondées doivent être clairement punies de manière exemplaire.

Reste à savoir si tous ces agissements et déclarations sont spontanés ou bien si quelqu’un tire les ficelles et orchestre ces écarts inacceptables en temps de crise.

Si c’était le cas, cela signifierait-il que le parti Ennahdha, à travers maires et députés qui lui sont apparentés, se lance dans une surenchère sur fond de guerre de positions entre les trois pouvoirs alors que le pays traverse une période critique ?

Plusieurs observateurs le pensent qui suggèrent que par ces actions qu’on croirait intempestives mais qui sont orchestrées, les islamistes envoient le signal qu’ils contrôlent de nombreuses villes et le Parlement et sont incontournables.

Donc ni décrets, ni décisions prises dans l’urgence – même si l’urgence le commande -. Tout doit passer par l’ARP et Rached Ghannouchi qui se voit en épicentre symbolique et populaire de l’Etat.

Pourtant, le gouvernement sur lequel les élus islamistes font mine de tirer est en grande partie composé de ministres issus ou proches d’Ennahda.

Pourtant, l’opinion publique ne fait pas de nuances entre les appartenances des ministres et hauts fonctionnaires. En cette période délicate, Abdellatif Mekki, ministre de la Santé, d’obédience islamiste, est félicité par tout un pays pour sa gestion de l’urgence.

Malgré ces faits intangibles, les élus d’Ennahdha s’amusent à tirer sur les ambulances. L’opinion publique saura bien à temps ce qui les pousse à le faire alors que l’urgence est à l’union sacrée tous azimuts.

N’ayant ni le sens de l’Etat ni celui de la patrie fut-elle à l’échelle d’une mairie, ces élus partisans seraient bien inspirés de se taire.

Quant aux Machiavel qui les manipulent en coulisses, l’histoire ne leur pardonnera pas de réveiller un inacceptable esprit de sédition dans un pays en pleine bataille.

Ces collabos du coronavirus peuvent bien se cacher. Ils finiront par être démasqués et leurs projets funestes éventés.

Et si ils l’auraient oublié, répétons leur ce credo immuable: Vive la République tunisienne, une et indivisible.

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