Et la « Derja » tunisienne : Pourquoi Kais Saied s’enferme-t-il dans cette langue rigide ?

Ni vivante ni bourgeonnante, la langue de Kais Saied est un facteur qui contribue à l’éloigner du commun des Tunisiens.

Une communication catastrophique en temps de crise

S’exprimant dans une langue stéréotypée, on dirait notre président en dialogue permanent avec Al Sibawaih ou Al Jahedh.

On dirait qu’il oublie qu’il parle aussi à des illettrés et que ceux qui l’ont élu (et les autres aussi) ne maîtrisent pas tous cette langue hermétique qu’il emploie.

Qu’il se mette à la place des nombreux Tunisiens qui attendaient son allocution et ont été frustrés de ne pas comprendre ce que disait leur président.

Trois réactions d’universitaires bilingues

Voici trois réactions glanées sur la toile à propos du dernier discours du président de la République. Elles sont le fait de trois universitaires qui plus est, parfaitement bilingues.

Ces réactions en disent long sur l’accueil du discours de Kais Saied et devraient contribuer à l’inciter à revoir sa copie.

Vocabulaire énigmatique et éloquence mensongère

« J’estime que j’ai toujours eu un bon niveau en arabe, mais là je dois reconnaître que j’ai du mal à comprendre le discours du président, mais pourquoi ils parle comme ça ?

Kais Saied, l’une des leçons à tirer de cette crise c’est qu’il faut que vous vous exprimiez en « derja » ou du moins dans un arabe littéraire compréhensible et non un étalage de vocabulaire énigmatique, et surtout avec ce ton monotone.

C’est insupportable. La situation est suffisamment anxiogène pour qu’on ait en plus à traduire et décoder ce que vous dites.

S’il n’arrive pas à parler une langue que le peuple comprend qu’il cède la place à quelqu’un d’autre. On a pas le temps pour ses acrobaties et son éloquence mensongère ». Mariem Jr Marrouki

Lecture rigide et dépourvue d’émotion

« Aucune cohérence dans son discours et aucune maîtrise. Et puis il bégaie. On est devant une récitation d’idées reçues ou pire, une lecture rigide et dépourvue d’émotions. Il oublie qu’il s’adresse à un peuple en détresse, un peuple inquiet de son sort ». Nadia Kaboudi

Autiste, confus et hésitant

« Autiste, confus, hésitant, sans émotions. Pourtant il y a plein de citoyens qui continuent à lui envoyer des coeurs et le considèrent comme un génie.

Je voudrais demander à ceux qui ont voté pour lui de me clarifier ses décisions parce que j’ai beau connaître l’arabe, je n’arrive pas à comprendre son discours ». Issam Marzouki

Le déni de la langue maternelle

Je ne sais pas pour ma part si, un jour, nous entendrons Saied s’exprimer dans sa langue maternelle.

Le président semble confiné dans une attitude de déni de la langue tunisienne. Plus grave, il laisse entendre que la langue qu’il emploie est celle qui sied le mieux à sa fonction.

Ce faisant, il se coupe de toute notion de proximité et s’installe dans la posture d’un oligarque qui ne se soucie pas de savoir si le peuple comprend ce qu’il dit.

En temps de crise, ce mode de communication est catastrophique et le président de la République est en train d’y perdre beaucoup.

Comme disait, par boutade, un collègue journaliste: « On se demande comment Saied demande-t-il à sa femme de lui passer le sel, quand ils sont à table ».

Jusqu’à quand le président de la République persistera- t-il dans ce soliloque qui ne sied guère à son devoir de parler à tous les Tunisiens ?

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