Prix du Meilleur film de la critique arabe pour le film « Dieu existe, son nom est Petrunya »

Dieu existe, son nom est Petrunya

 

CIFF Cairo International Film FestivalAprès avoir été sélectionné dans plusieurs festivals et avoir remporté plusieurs prix, dont celui de Meilleure actrice pour Zorica Nusheva au Festival du Film Européen de Séville et le Prix ​​du jury œcuménique et le Prix de la Gilde deutscher Filmkunsttheater au Festival de Berlin, c’est lors d’une cérémonie qui s’est tenue à l’Opéra lors de la 41eme édition du Festival International du Film du Caire (CIFF), que le film nord-macédonien Dieu existe, son nom est Petrunya de la réalisatrice Teona Strugar Mitevska a reçu le Prix du meilleur film de la Critique Arabe pour les Films Européens (The Arab Critic’s Awards for European Films).

Quarante-deux critiques de cinéma de treize pays arabes ont sélectionné le meilleur film européen de l’année parmi les vingt quatre longs métrages soumis par l’EFP (European Film Promotion) qui est un réseau international d’instituts de promotion cinématographique de 37 pays européens, et le Centre du Cinéma Arabe (ACC).

Ce prix vise à promouvoir le cinéma européen dans le monde arabe et à susciter l’intérêt des distributeurs et des professionnels du cinéma pour les films européens exceptionnels, tout en mettant sous les projecteurs les critiques de cinéma de plusieurs pays arabes et leur rôle important dans l’ouverture de nouvelles perspectives et dans les échanges culturels.

Dieu existe, son nom est Petrunya
Labina Mitevska avec Sonja Heinen et Alaa Karkouti

Mohamed Hefzy, président du CIFF, Sonja Heinen, directrice générale d’EFP, Maher Diab et Alaa Karkouti, fondateurs du ACC, ont remis le prix à Labina Mitevska, productrice et l’une des actrices principales du film et également sœur de la réalisatrice.

A cette occasion, Mohamed Hefzy a déclaré: « Nous sommes heureux d’accueillir la cérémonie de remise des prix de la critique arabe pour les films européens au Festival International du Film du Caire. Je tiens à féliciter les acteurs et l’équipe du film lauréat et j’encourage tout le monde à le regarder dans la section Panorama International du festival » (qui est une section hors compétition du CIFF).

Petrunya (Zorica Nusheva) est une jeune femme d’une trentaine d’années. Diplômée en Histoire, elle est pourtant au chômage, et passe son temps sous sa couette à manger (ce qui la fait grossir) et à se faire harceler par sa mère, qui lui fait bien des reproches et voudrait la voir travailler. A cet effet, elle lui décroche un entretien d’embauche dans une usine. Petrunya s’y rend, mais finalement pour se faire dire que sans expérience professionnelle et avec un diplôme inutile, elle ne pouvait être engagée. Mais pire, bien qu’elle ait essayé de se faire belle pour cet entretien, le patron lui dit qu’en plus son physique est tellement ingrat, qu’il ne pourrait même pas l’engager pour la «baiser ». Elle quitte alors l’usine démoralisée.

A Stip, la petite ville de Macédoine où Petrunya habite, tous les ans au mois de Janvier, le prêtre de la paroisse lance une croix de bois dans la rivière et des centaines d’hommes plongent pour l’attraper. Pendant toute une année, bonheur et prospérité sont assurés à celui qui y parvient.

Ce jour-là, alors qu’elle rentrait chez elle, Petrunya se jette à l’eau sur un coup de tête et s’empare de la croix avant tous. Ses concurrents sont furieux qu’une femme ait osé participer à ce rituel réservé aux seuls hommes. La guerre est déclarée mais Petrunya tient bon : elle a gagné sa croix, elle ne la rendra pas. Elle la cache précieusement et rentre chez elle.

Dieu existe, son nom est Petrunya
Petrunya a pêché la Croix en bois.

Seulement, les hommes de la ville ne sont pas d’accord, et Petrunya est traînée au commissariat de police où l’a précédée le prêtre.

Petrunya n’est pas particulièrement croyante. Elle a pris la croix par simple superstition. Elle n’a jamais eu de chance et veut que cela change. Elle veut elle aussi sa part de bonheur. Et elle a décidé que quoi qu’il arrive, elle ne rendra pas cette croix qu’elle a gagnée.

Une jeune animatrice de TV va essayer de gagner l’opinion publique à la cause de Petrunya. Elle comprend les enjeux de l’acte de Petrunya et essaye d’en profiter pour faire changer les choses dans son pays.

C’est à partir de cet événement simple que va se construire l’intrigue du film qui va s’intensifier petit à petit et poser plusieurs questions d’ordre juridique, sociétal et religieux.

Tout d’abord, pourquoi est-ce que Petrunya est-elle retenue au commissariat ? A-t-elle donc enfreint  la loi ? Est-il donc possible de l’arrêter ?

Non, Petrunya n’a rien fait de contraire à la loi. Elle est juste allée pécher une croix en bois. Elle ne l’a pas volée. Aucune loi ne le lui interdit.

Par ailleurs, la tradition de l’église dit que seuls les hommes ont le droit de prendre cette croix. Cette tradition a-t-elle force de loi ?

Dans un État de droit, à quelle règle faut-il donner la priorité? A l’usage et à la règle canonique ou à la loi?

Grand dilemme pour le commissaire. Il ne peut arrêter Petrunya, mais il ne peut se résoudre à la relâcher. Il va donc essayer de la convaincre de rendre cette croix. Mais elle s’y refuse catégoriquement. Pourquoi est-ce qu’elle rendrait cette croix ?

Dieu existe, son nom est Petrunya
Petrunya (Zorica Nusheva) et le prêtre (Suad Begovski) au commissariat de police. 

D’un autre coté, aucun texte religieux clair n’interdit qu’une femme prenne la Croix, seule la tradition l’impose. Quelle est donc l’origine de cette tradition et pourquoi ne tient elle compte que des hommes? Ou sont les femmes là dedans? Pourquoi est-ce que l’église est misogyne ? Ce qui pousse d’ailleurs l’animatrice à poser la question: et si Dieu était une femme? Si Dieu était une femme, ces problèmes existeraient-ils ?

D’ailleurs le titre du film en anglais « God exists, HER name is Petrunya » joue sur les mots. « Her » est féminin. Il insinue donc que Dieu est féminin… Il est dommage que la traduction française n’exprime pas cela.

Ensuite, pourquoi ne pas changer les traditions? Pourquoi est-ce qu’elles doivent être immuables? Qui en a décidé ainsi? Pourquoi est ce que les femmes ne pourraient pas passer outre ces traditions religieuses machistes et s’imposer ?

Petrunya a osé. Elle a osé transgresser les règles établies. Elle a osé se comporter naturellement et spontanément comme un homme ou comme l’égale d’un homme. Ce qu’ils refusent. L’église le refuse, l’homme de loi le refuse, la société le refuse et surtout les hommes qui se sentent dépouillés le refusent.

Ces hommes d’ailleurs attaquent le commissariat où Petrunya est retenue contre son gré. Ils veulent récupérer la croix par la force, cette croix qui d’après eux leur revient de droit.

Les policiers sont écartelés. Petrunya n’a violé aucune loi. Que faire dans ce cas? Si au début, ils étaient contre elle et voulaient la convaincre de rendre la Croix et donc de retourner à l’ordre préétabli, lorsqu’elle a été en danger, certains d’entre eux ont non seulement fait leur devoir et l’ont protégée, mais ont même sympathisé avec elle. Sa force de caractère a eu gain de cause et a forcé leur respect. Il faut des femmes comme Petrunya pour faire avancer les droits des femmes.

Dieu existe, son nom est Petrunya
Le jeune officier Darko (Stefan Vujisic) et Pétrunya (Zorica Nusheva) au commissariat de police. 

Dieu existe, son nom est Petrunya traite de l’égalité des sexes et de la place de la femme dans la société macédonienne. Il montre comment les femmes sont traitées par la famille, les religieux et les politiciens. Tous agissent uniquement pour défendre leurs intérêts personnels et leurs privilèges.

Cette société qui considère que le rôle premier d’une femme est de s’occuper de son foyer et de ses enfants, même lorsque comme l’animatrice, elle semble émancipée, libres et indépendante.

Le film se termine quand même par une note optimiste : lorsque Petrunya s’est prise en main et a cassé la tradition, sa chance à tourné. Alors qu’au début du film, l’éventuel employeur lui avait dit qu’elle était loin d’être désirable, à la fin, un homme lui propose un rendez-vous. Un homme qui a vu son courage et sa détermination et ses qualités humaines, et pour qui son physique ingrat n’est pas important. Quoi qu’on pourrait poser une question : est-ce que l’émancipation d’une femme doit obligatoirement passer par le regard d’un homme ?

Neïla Driss

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