Tunisie : Pénurie grave et qui s’aggrave !

Tunisie : Pénurie grave et qui s’aggrave !

Par - Tunis-Hebdo

«La pénurie des médicaments prendra fin dans trois mois tout au plus», a proclamé, d’un air sûr et tranchant, le nouveau responsable du département de la santé. Est-ce un engagement réel et sincère ou une simple promesse de Gascon comme en font les nouveaux promus au travail gouvernemental, lors des «folkloriques» cérémonies de passation, juste pour asseoir leur prise de fonction dans l’optimisme ?

Peu de gens seraient tentés, à proprement parler, de croire le ministre fraîchement nommé à la Santé, parce que cette crise des médicaments est devenue un véritable imbroglio et presque plus personne n’est en mesure de démêler, du fouillis, les véritables tenants et aboutissants d’une disette qui n’en finit pas de finir, s’aggravant, de plus en plus, au fil des jours.

Depuis le début de l’année en cours, précisément à partir de mars, près de 220 médicaments manquent à l’appel. Aujourd’hui, ils seraient plus de 300 remèdes à faire défaut et à disparaître des officines. Des milliers de citoyens s’usent, quotidiennement, les savates d’une pharmacie à l’autre, à la recherche de tel ou de tel produit et rentrent, au bout du compte, bredouilles. Leur désespoir n’a d’égal que les préjudices causés aux malades dont la guérison, ou la survie dépendent de certains médicaments.

On n’évoquera pas le cas, quasiment honteux du xylocaïne, un anesthésiant local disparu en mars dernier, entraînant l’arrêt de nombreuses interventions chirurgicales. On n’évoquera pas le cas de l’insuline qui s’est envolée depuis près d’un an, acculant les diabétiques à s’approvisionner au prix fort et grâce à leurs proches établis dans les pays européens. Idem pour le Métforal, (pour les mêmes diabétiques) qui manque très souvent à l’appel.

On n’évoquera pas le cas de préparations utilisées dans la chimiothérapie, de médicaments pour les personnes atteintes de maladies cardio-vasculaires, d’hypertension artérielle ou d’insuffisance rénale. Jamais la Tunisie n’a été dans cette situation, même du temps où elle importait la quasi-totalité de ses besoins en médicaments.

Qui en est le responsable ? Au départ, toutes les accusations se sont pointées vers la Pharmacie centrale qui détient le monopole de l’importation des médicaments et de la commercialisation d’une grande partie des remèdes produits en Tunisie. S’il y a pénurie, dit-on, c’est parce que la Pharmacie centrale, victime de mauvaise gestion et de malversations financières, ne peut plus honorer ses dettes auprès des fournisseurs étrangers.

Ça, c’est ce qui se dit, mais qu’en est-il des produits fabriqués chez nous tels que le xylocaïne sus-nommé ? Quand on sait que plus de la moitié des médicaments en vente chez nous sont entièrement préparés en Tunisie, on ne peut que reposer la question : quelles sont les causes de cette pénurie ?

N’allons pas par quatre chemins à l’origine de cette crise, un gros trafic de plusieurs centaines de milliards dans lequel son impliqués directement ou indirectement, volontairement ou involontairement, le ministère de la Santé, la Pharmacie centrale, les labos et autres unités locales de fabrication et de distribution des médicaments.

Trafic qui fait, entre autres, que les produits importés ou fabriqués chez nous s’acheminent vers le marché algérien (près de cinquante millions d’âmes) de manière tout à fait illégale et vers le marché libyen (six millions) tout aussi illégalement.

Cette situation durera le temps que quelqu’un viendra faire comprendre à tout ce beau monde qu’il n’y a pas plus criminel que celui qui prive ses propres citoyens des moyens de guérison.

Imed BEN HAMIDA
Tunis-Hebdo du 19/11/2018

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