Tunisiens d’exception : Hassen Hosni Abdelwaheb

Les 20 et 21 septembre dernier, le Ministère des Affaires Culturelles commémorait, à la Cité de la Culture, le 50ème anniversaire de la mort du grand historien et Homme de Lettres, Hassen Hosni Abdelwaheb. D’éminents historiens et écrivains : Khaireddine El Annabi, Abdelhamid Femina, Mohamed Aït Mihoub, Hédi Jallab, Jelloul Ridane, Zouhaïr Dhaouadi, Adelhafidh Mansour et Mustapha Kilani ont fait des communications exhaustives sur l’illustre disparu.

D’autre part, l’excellente revue « Al Hayat Attakafiyyah » que publie depuis 1975 et régulièrement le Ministère a consacré une grande partie du numéro 293 (de septembre) à H. H. Abdelwaheb, publiant, pour notre plaisir, quelques- unes des communications dont j’ai parlé.
Aussi, ai-je tenu à participer moi aussi à l’hommage rendu au grand historien en lui consacrant ma chronique d’aujourd’hui.

« On le voyait assis dans un fauteuil, sans âge, invariablement penché sur un manuscrit rare, rarissime introuvable, studieusement appliqué à interroger les ancêtres. Quel âge pouvait-il bien avoir ? On se le demandait mais l’indiscrétion a ses limites. On ne l’interrogeait que sur l’âge des dynasties. Sa maigreur d’ascète invitait à penser qu’il participait à une sorte d’intemporalité ».

C’est en ces termes que le Père A. Demeersman décrit son vieil ami, Hassen Hosni Abdelwaheb, dans l’hommage qu’il lui rendit après sa mort.
Hassen Hosni Abdelwaheb Ben Salah Abdelwaheb Ben Youssef Cherni est né à Tunis le 25 juin 1884, au n°25 de la rue Abdelwaheb.

Il fréquenta d’abord le kouttab qui se trouvait rue El Mouwahhid puis fit ses études primaires à Mahdia (où son père était Caïd après avoir été Khalifa) où il apprit une bonne partie du Coran et commença à étudier la langue française.

Lorsque son père fut muté à Tunis, Hassen Hosni Abdelwaheb fréquenta la première école française laïque qui ait été fondée à Tunis, rue de Suède. Après avoir obtenu son certificat d’études primaires en 1899, il s’inscrivit au Collège Sadiki, où il brillera, bientôt, en langue et littérature arabes et en traduction. Une fois ses études secondaires achevées, il se rendit à Paris et s’inscrivit à l’Ecole des Hautes Etudes politiques. Il assistait, en dehors de ses cours, aux causeries du Dr Charcot sur les mœurs et les caractères humains.

A la mort de son père, en 1904, il rentra à Tunis où il dirigea – semble-t-il – au Souk El Grana, une entreprise d’import – export, qui était une société par actions qu’il avait fondée. Il y démontrera une grande habileté commerciale et cette société (dont il aurait racheté, par la suite, toutes les actions), fit, paraît-il, des affaires florissantes.

Fin 1905, il fut recruté par la Direction de l’Agriculture et du Commerce et affecté au Service des domaines de l’Etat. Après cinq ans, il fut nommé à la tête de la Direction de la Forêt d’Oliviers du Nord de la Tunisie. Au cours de la 1ère Guerre mondiale, en 1916, pour être précis, il fut nommé chef de Service à la Direction des Services Economiques. En 1920, il fut nommé à la tête des Archives de l’Etat.

Cela l’aida énormément dans ses recherches historiques car il eut, ainsi, accès à des documents de premier ordre et de grande valeur. Il dota les Archives Nationales d’un fichier dont l’absence faisait cruellement défaut et qui est encore en usage à l’heure actuelle.

En 1925, il fut nommé Caïd des M’thalith. Le siège de ce Caïdat se trouvait à Jbiniana.
Il remplit cette fonction le mieux du monde et fut muté, en 1928, à Mahdia où il fonda plusieurs écoles dans les villages et campagnes voisines. Chaque semaine, il donnait, d’une part, une conférence sur l’histoire musulmane en général et sur l’histoire de cette capitale des Fatimides, d’autre part.

Il offrira, également une grande quantité d’ouvrages aux bibliothèques des associations culturelles de la ville et de sa région.

En 1932, le Roi Fouad 1er d’Egypte (qui avait, pourtant, à l’époque d’autres chats à fouetter) prit l’initiative de convoquer, pour le mois de mars, un « Congrès de la Musique Arabe » auquel furent invités des représentants des pays musulmans et, notamment, de l’Algérie, de la Tunisie et du Maroc.

Le Roi qui s’intéressait particulièrement à cette manifestation avait pris sur lui d’assumer la majeure partie des frais d’organisation.

Les autorités coloniales examinèrent l’éventualité de la participation des trois pays d’Afrique du Nord à ce Congrès mais craignaient un contact de « leurs sujets musulmans » avec « des éléments d’agitation » (sic) en Egypte.

Mais Henri Gaillard, ministre de France au Caire, dissipa cette crainte.
Il fut, alors, décidé de choisir les délégués tunisiens (au nombre de deux) parmi les «notabilités, indigènes d’un loyalisme éprouvé » (resic).

C’est Mustapha Sfar qui fut choisi pour être le chef responsable de la délégation tunisienne mais le futur fondateur de la Rachidia fut remplacé, en dernière minute, par Hassen Hosni Abdelwaheb (qui était, comme nous l’avons dit, Caïd de Mahdia) car il venait d’être nommé Directeur du Protocole d’Ahmed Bey.

En 1935, Hassen Hosni Abdelwaheb fut nommé Caïd du Cap-Bon. En1939, il revint à Tunis comme sous-directeur des Affaires locales et régionales. Et bien qu’admis à faire valoir ses droits à la retraite, il n’en sera pas moins nommé à la tête des Habous.

Après la Seconde Guerre mondiale, il fut nommé, le 3 mai 1943, Ministre de la Plume, par Mohamed Lamine Bey, poste qu’il occupera jusqu’en juillet 1947.

Après l’indépendance de la Tunisie, il fut nommé à la tête du Service de l’Archéologie et des Arts, fonction qu’il exercera de 1957 à 1962. Nous lui devrons, durant cette période, la fondation de pas moins de cinq musées (Musée Ali Bourguiba, au Ribat de Monastir, Musée Assad Ibn El Fourat, au Ribat de Sousse, Musée Ibrahim Ibn El Aghlab, à Kairouan, Musée Dar Husseïn à Tunis, et l’Antiquarium de Carthage). Hassen Hosni Abdelwaheb offrira plusieurs pièces rares de ses collections personnelles de monnaies et autres à nos différents musées nationaux.

(A suivre)

Moncef Charfeddine
Tunis-Hebdo du 29/10/2018

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