Brexit or not Brexit ?

Teresa May respectera la volonté des Britanniques en mars prochain
Le 23 juin 2016, le Royaume-Uni se prononce en faveur de son retrait de l’Union européenne (UE) lors d’un référendum historique. Le lendemain, le Premier ministre britannique et fervent partisan de l’UE, David Cameron, assume l’entière responsabilité de cette débâcle et annonce sa démission. Le terme « Brexit », mot-valise construit sur « Britain » (Britannique) et « exit » (sortie), est désormais sur toutes les lèvres. Toutefois, à six mois de la sortie officielle du Royaume-Uni de l’UE, ni les conservateurs de Teresa May, ni les travaillistes de Jeremy Corbyn ne saisissent véritablement les enjeux socio-économiques d’une telle décision. Mais au fait, en quoi consiste le Brexit ?

Durant les années soixante, les Anglais ont fait des pieds et des mains pour intégrer le cercle très sélectif de la Communauté économique européenne (CEE), devenue l’UE en 1993. Malgré le refus catégorique du général De Gaulle d’accueillir « la Perfide Albion » au sein du groupe, cette dernière trouve son salut auprès du « Friendly five » (les cinq amicaux), composé de l’Allemagne de l’Ouest, de la Belgique, de l’Italie, du Luxembourg et des Pays-Bas, et adhère à la CEE le 1er janvier 1973.

Très vite, le Royaume-Uni semble se lasser des exigences économiques de cette nouvelle communauté et tentent d’imposer ses conditions. En effet, les Britanniques craignent les effets de la politique agricole commune (PAC) sur le coût de la vie et la nécessité d’adopter des lois qui s’opposent à leurs traditions politiques. De plus, loin d’eux l’idée d’abandonner les richesses naturelles des pays du Commonwealth. C’est ce qui s’appelle vouloir le beurre et l’argent du beurre.

Aux origines du Brexit

En 2004, le Premier ministre travailliste, Tony Blair, veut redonner l’occasion à ses concitoyens de s’exprimer sur l’UE afin de conforter définitivement leur place au sein de l’union. Voyant là une manœuvre risquée, les Français et les Hollandais poussent le chef du gouvernement britannique à annuler ce scrutin.

C’est alors que la frange eurosceptique des Tories, mené par Boris Johnson, un anti-européen notoire, commence à séduire les milieux populaires anglais qui sont confrontés à une baisse du pouvoir d’achat et une hausse du coût de la vie. Sans compter l’afflux massif de migrants qui engendre un sentiment xénophobe.

À cette époque, le jeune conservateur David Cameron, alors en campagne pour les élections de 2010, promet d’organiser un référendum sur l’UE s’il est élu à la tête du gouvernement. Mais ce n’est qu’en 2015, après avoir été miraculeusement désigné pour effectuer un second mandat, que Cameron décide de confier le destin du pays à un vote du peuple, persuadé qu’entre temps il convaincra l’UE de mettre en place de nouveaux accords de libre échange et de réduire l’influence de la Cours européenne des droits de l’homme sur la police et les tribunaux britanniques.

À la veille du référendum, Cameron pense avoir acquis tous les eurosceptiques à sa cause, à savoir rester dans l’union. David a parié, David a perdu ! En effet, 51,89% des votants ont dit « non » à l’UE mais sans savoir qu’un tel retrait leur coûtera une fortune.

Je t’aime… moi non plus

« En Angleterre, il y a les Londoniens et puis les autres ». Cette phrase résume parfaitement le sentiment pro-nationaliste qui a plongé le pays dans le Brexit. L’erreur de Cameron a été de confier une problématique si délicate à des personnes qui ne maitrisent absolument pas les rouages de l’économie européenne.

En quittant l’UE, le Royaume-Uni retrouve, certes, sa souveraineté mais est contraint de s’acquitter de ses contributions financières à Bruxelles. Selon le Centre for European Reform, les finances publiques du pays ont été affaiblies de 26 milliards de livres soit 500 millions de livres par semaine.

Ne voulant pas perdre la face ni faire passer son pays pour une girouette, la Première ministre Teresa May a clairement affiché sa volonté de sortir de l’UE tout en séduisant les investisseurs européens et étrangers de s’installer au Royaume-Uni. Une manière de dire « on s’éloigne du groupe, mais on n’est pas loin ».

A l’heure actuelle, les Britanniques sont dans le brouillard total concernant leur avenir. Ce Brexit va-t-il faire subir à la livre anglaise le même sort que son homologue turque ou décrédibiliser le modèle européen ? Rendez-vous pris le 29 mars 2019 !

Mohamed Habib LADJIMI
Tunis-Hebdo du 01/10/2018

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