Le modèle de société sur la balance !

Le modèle de société sur la balance !

Par - Tunis-Hebdo
La fête de la Femme qu’on célèbre aujourd’hui pourrait être marquée d’une pierre blanche. Même si elle a été souvent utilisée par le passé pour procéder à quelques avancées se rapportant aux droits des femmes, elle suscite, cette année, une grande attente de la part de l’ensemble des acteurs socio-politiques.
Car on connaîtra à travers l’avis de Béji Caid Essebsi le destin qu’il compte accorder au rapport de la Commission des Libertés Individuelles et de l’Egalité (COLIBE). Et s’il fera preuve d’audace en l’approuvant ou, au contraire, le réduire à un ou deux aspects.
Rappelons que tout était parti du discours du Chef de l’Etat l’année dernière à la même époque où il avait lancé l’idée de l’égalité dans l’héritage entre les sexes, en réalité une revendication ancienne du mouvement féministe tunisien. La COLIBE a ensuite été investie de la mission d’élaborer des propositions relatives à la place des libertés individuelles en Tunisie et à la manière de les faire évoluer. Et depuis sa remise au Chef de l’Etat et sa parution, ce rapport de la COLIBE est au centre d’une polémique entre ses adversaires et ses partisans.
Ses adversaires sont les traditionnalistes et les Islamistes de tous bords qui ont commencé leur campagne de dénigrement accompagnée de menaces déclarées à l’encontre des membres de la COLIBE qui auraient, selon eux, transgressé les prescriptions du Coran et les préceptes de l’Islam. Ils ont adopté, comme à leur habitude, un raccourci du contenu du rapport avec des slogans autant agressifs qu’alarmistes pour introduire crainte et peur dans les cœurs des citoyens ; exprimant, ainsi, une vision intolérante et fanatique…
Ils ont usé de toute l’armada des techniques de communication via les réseaux sociaux ou directement dans les mosquées de la République ! Ils ont clôturé cette campagne par deux actions à une semaine d’intervalle. Un premier rassemblement ponctué par la prière du vendredi en pleine avenue Habib Bourguiba, puis, samedi dernier, devant le siège de l’ARP. Si la deuxième action, malgré une grande mobilisation et d’imposants moyens logistiques, ne semble pas avoir connu l’affluence souhaitée par ses organisateurs ; la première est une technique sciemment utilisée pour frapper les esprits tout en défiant l’autorité de l’Etat qu’ils ne reconnaissent  que du bout des lèvres.
Or, ce rapport de la COLIBE vient en réalité définir et organiser l’exercice des libertés individuelles en proposant leur intégration dans la législation nationale à travers un code réservé à cet effet qui permettrait,aussi, d’épurer les anciens textes de leurs dispositions obsolètes et contraires à la Constitution. Car, la Constitution de 2014 consacre déjà les libertés individuelles (l’article 22 et suivants) ainsi que l’égalité des sexes à travers, par exemple,l’article 21 qui dispose que « les citoyens et les citoyennes sont égaux en droits et en devoirs. Ils sont égaux devant la loi sans discrimination aucune ».
En réalité, ce rapport met à nu les véritables intentions politiques des Islamistes, Ennahdha et tous ses appendices, les Salafistes, Hechmi Hamdi et ses « sbires », etc. Si Rached Ghannouchi et les siens ne sont pas montés directement au créneau, ou le font avec prudence, pour des considérations électoralistes évidentes et pour ne pas « trahir » la confiance éventuelle de leurs alliés occidentaux, ils sont, quand même, pris à leur propre piège, celui de la duplicité de leur discours. En parcourant le rapport de la COLIBE, on peut constater qu’il vient simplement, et rien d’autre, mettre en application les principes consacrés dans la Constitution de 2014.
Car, le véritable enjeu demeure le modèle sociétal et ses fondements, civil ou religieux, que l’on souhaite pour ce pays. L’affrontement entre les deux tendances est historiquement inévitable dans la mesure où ce sont deux projets contradictoires, sachant que le compromis ou le consensus sur cette question est purement tactique pour les Islamistes qui attendent le moment propice, la domination des institutions politiques et celle de l’administration, pour faire aboutir leur vision.
Aujourd’hui, la fête de la Femme ne doit pas être ramenée à la simple question de l’égalité dans l’héritage, mais doit se muer en une véritable fête de la liberté pour tous les citoyens, femmes et hommes. La Tunisie est un pays ouvert et tolérant, son peuple doit rester libéré du carcan religieux et fanatique dans lequel on veut l’enfermer par le biais de sacro-saints slogans religieux creux, instrumentalisés par les courants islamistes.
Il s’agira d’un premier pas vers la conquête d’autres droits, les droits économiques et sociaux qui viendront renforcer la libération de l’Homme tunisien et son épanouissement réel…
Lotfi Larguet
Tunis-Hebdo du 13/08/2018

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