Des films tunisiens feront le voyage des JCC à Cannes !

Des films tunisiens feront le voyage des JCC à Cannes !

Par -

C’est lors d’une réception donnée au Consulat de Tunisie à Nice en mai 2016 que j’avais, pour la première fois, entendu parler du Festival du Cinéma Tunisien à Cannes. Ce festival, qui en était à sa première édition, avait remporté un vif succès : le public, majoritairement français, était venu en masse assister aux projections.

Ensuite, je me suis encore intéressée à ce festival en y voyant un moyen de promouvoir la Tunisie d’une façon intelligente.

Festival du Cinéma Tunisien à Cannes - 2016
Festival du Cinéma Tunisien à Cannes – Affiche 2016
Festival du Cinéma Tunisien à Cannes – Affiche 2017
Festival du Cinéma Tunisien à Cannes – Affiche 2017

M.et Mme Patrice Dalix, membres de l’association Ciné-Croisette et organisateurs du Festival du Cinéma Tunisien à Cannes, étaient parmi les invités de la 28ème édition des Journées Cinématographiques de Carthage.

Pourquoi est-ce que vous assistez aux Journées Cinématographiques de Carthage ?

Nous avons eu la chance d’être invités officiellement aux JCC deux années consécutives parce que nous avons crée un Festival du Cinéma Tunisien à Cannes. Ce festival se déroule dans le cadre des actions d’une grosse association de cinéphiles qui s’appelle Ciné-Croisette. Cette association, qui compte environ 550 membres, a parmi ses activités l’organisation de festivals de cinéma par pays. Actuellement nous avons un festival pour sept pays, dont la Chine, le Japon et le Québec.

Mon épouse et moi-même avons crée le Festival du Cinéma Tunisien il y a maintenant 3 ans : durant une semaine, tous les soirs, nous projetons un long métrage tunisien, en général une fiction. Ensuite, un débat a lieu, ce qui permet non seulement de parler du film, mais aussi de la Tunisie et ainsi donner l’occasion aux français de mieux la connaitre. A cet effet, dans la mesure du possible, nous invitons des réalisateurs et éventuellement des acteurs pour participer et enrichir les discussions.

Est-ce que ces projections et débats sont ouverts au public ou uniquement réservés aux membres de l’association ?

Nous passons les films dans les deux cinémas les plus importants de Cannes, qui sont les Arcades et l’Olympia, des multiplex de 200 à 300 places par salle. Nous faisons une billetterie CNC (Centre National du Cinéma). En France, tous les billets sont les mêmes dans toutes les salles de cinéma : une partie du prix est perçue par le CNC, ce qui lui permet de subventionner des films, et sur ce qui reste 50% va à la salle de cinéma et 50% va au film (producteur, distributeur, réalisateur…).

Volontairement, nous sommes ouverts sur la ville. C’est-à-dire que pour chaque soirée, il y a environ 120 à 130 adhérents de l’association, mais aussi 80 à 90 spectateurs qui sont des passants ayant vu l’affiche depuis une semaine et qui viennent assister à la projection.

En plus, il y a une communauté tunisienne très importante. M. Le Consul Général de Tunisie à Nice et Monaco nous a dit qu’il y avait 85 000 tunisiens qui habitaient dans le département des Alpes Maritimes, ce qui est énorme.

La première année, cela a été un peu difficile d’avoir des contacts avec ces tunisiens mais ensuite, nous avons commencé à avoir de très bons rapports avec eux et nous avons même eu 4 petits sponsors tunisiens qui ont participé au festival. Nous sommes sûrs que d’année en année, il y aura de plus en plus de tunisiens résidant dans la région de Cannes qui auront envie de venir.

Nous insistons sur le fait que l’objectif du festival n’est pas uniquement de projeter des films, mais aussi et surtout qu’il y ait un débat et que ce débat dépasse le sujet du film pour aborder des problèmes que nous connaissons tous actuellement. Le but est que les français aient une meilleure connaissance de la Tunisie.

Nous avons beaucoup de contacts avec les autorités tunisiennes et c’est la raison pour laquelle on nous a proposé de venir travailler une semaine ici à Tunis pour que parmi les films que nous verrons, nous puissions sélectionner ceux qui seraient susceptibles de rentrer dans le cadre de notre festival.

M.Patrice Dalix, lors de la cérémonie de clôture des JCC
M.Patrice Dalix, lors de la cérémonie de clôture des JCC

Donc vous assistez aux JCC pour voir les films tunisiens que vous pourriez programmer ?

Pour parler grossièrement, nous sommes venus pour « faire notre marché ».

Avec les réalisateurs, nous nous entendons toujours. Ils donnent leur accord facilement. C’est plus compliqué avec les producteurs et les distributeurs : certains distribuent en Tunisie mais ne peuvent le faire en France, ou alors ont un distributeur en France trop gourmand… Heureusement le CNC autorise le festival à être distributeur occasionnel, c’est-à-dire que pour un événement, il faut remplir un formulaire et en quinze jours ils nous disent s’ils sont d’accord ou pas et en général ils sont d’accord.

Donc, finalement vous pouvez passer directement à travers les distributeurs tunisiens ?

Oui, et ils ne le savent pas. Nous leur expliquons donc que nous pouvons être distributeurs occasionnels ou événementiels, sans être obligés de passer par un autre distributeur en France.

Comment est-ce que vous financez ce festival ?

Au niveau des moyens, nous avons une aide, non seulement substantielle, mais en plus amicale et très volontaire de la part du Monsieur Le Consul Général de Tunisie à Nice et à Monaco, une petite aide de la ville de Cannes, et nous avons également une participation des moines des Îles de Lérins, qui ont de très bons revenus parce qu’ils produisent un très bon vin et de l’huile d’olive.

Pourquoi est-ce que ces moines vous aident-ils ?

Pour essayer de faire face aux problèmes actuels, il y a un concept qui est très à la mode en France en ce moment : « Apprendre à vivre ensemble ».

Donc pour ces moines, le cinéma est un moyen d’apprendre la tolérance et la cohabitation ?

C’est astucieux de leur part, mais c’est en effet cela.

Quels films avez-vous le plus aimés ?

Vent du Nord de Walid Mattar est très intéressant dans la mesure où un éventuel émigré, économique ou non, va se rendre compte qu’en France aussi il y autant de problèmes qu’en Tunisie pour trouver du travail, etc… L’idée d’avoir fait une écriture croisée, c’est à dire d’avoir deux protagonistes tunisien et français, qui ont des problèmes et sont tous les deux au chômage est une écriture très intéressante. Je ne parle pas de la qualité du film, parce qu’autant la partie tunisienne est vive et légère, autant la partie française est lourde.

Affiche du film Vent du nord de Walid Mattar
Affiche du film Vent du nord de Walid Mattar

Ensuite Mustafa Z de Nidhal Chatta. Les problèmes posés sont très forts. Par ailleurs, longtemps on a dit que dans les pays arabo-musulmans, la femme était asservie par rapport à l’homme, or la Tunisie est le premier pays arabo-musulman qui a fait des efforts pour que la femme obtienne une certaine liberté et l’idée de ce film est que parfois cela se retourne contre le mari. C’est l’histoire d’une femme qui a un bon travail, hôtesse de l’air sur Tunis Air, et de son mari qui est gentil, calme, un peu triste… Il ne se sent pas tellement utile et par un concours de circonstances, il devient un héros, il se régénère en se disant : je suis un homme, mon pays a des problèmes, il faut que je participe, etc…

Mustafa Z de Nidhal Chatta
Affiche du film Mustafa Z de Nidhal Chatta

Il y a aussi les films documentaires. Il y en a un qui nous a étonnés : Une caravane dans le désert de Sonia Kichah, une sorte de road movie. C’est un train qui démarre avec des personnes à bord, on voit leurs visages, ce sont les 5 protagonistes de ce film, des jeunes entre 20 et 25 ans, qui parlent de leurs situations personnelles, de leur travail lorsqu’ils en ont un, du regard des gens… Chacun raconte sa vie. Il y a deux danseurs, une femme au foyer, un artiste qui fait des graffitis, et surtout un salafiste qui a vraiment été interviewé d’une façon nette et radicale. Il y avait de bonnes questions.

Une caravane dans le désert de Sonia Kichah
Une caravane dans le désert de Sonia Kichah

Avez-vous vu le film Jaida de Salma Baccar et l’avez-vous apprécié ?

Moyennement. Concernant Jaida, le sujet est extraordinaire. Nous avons bien aimé la scène finale lorsque 50 ans après, une femme prononce un discours à l’assemblée constituante.

Mais sur le plan historique, il y a une erreur ou une tricherie, parce que dans ce genre de prison ou de maison de correction, il y avait un problème de classes, c’est à dire qu’il y avait un type de maison pour chaque classe sociale. En effet, les femmes qui venaient de milieux sociaux différents ne se mélangeaient pas entre elles.

En plus, ce film ne dégage aucune émotion. On voit des séquences de chaque personnage, c’est parfois un peu trop à l’eau de rose, parfois complètement terrifiant et après il y a ces espèces d’approches politiques avec Bourguiba qui arrive. Ce n’est pas très bon. Nous ne sommes pas intéressés par ce film.

Que pensez-vous de cette édition des JCC ?

La caractéristique des JCC est que c’est le seul grand festival dans lequel il y a une osmose entre le film qui est projeté et les spectateurs. Ceux-ci réagissent en temps réel. C’est vivant. C’est extraordinaire. Cela n’existe nulle part ailleurs.

Et d’ailleurs cette année de ce point de vue, c’est mieux réussi que l’année dernière où les JCC étaient coupés en deux, il y avait d’une part des projections en centre ville et d’autre part à l’intérieur du Palais des Congres, qui est un espace un peu froid. Cette année, il y a une unité de lieu qui fait qu’on peut aller partout à pieds et vivre cette ambiance du festival.

L’année dernière, la cérémonie d’ouverture avait d’ailleurs démarré une heure et demi en retard parce qu’il fallait qu’on aille de l’Hôtel Africa au Palais des Congrès  en voiture. Par contre, cette année, l’idée du tapis rouge de l’hôtel au Colisée était géniale. En plus, cela a permit aux gens de voir passer les invités. Même s’ils ne les connaissent pas tous, ils sont heureux. La mise en scène de l’entrée du Colisée, avec cet énorme tunnel et ces lustres était remarquable.

Par contre, sur le plan technique il y a deux problèmes :

  • Mettre un court métrage et un long métrage ensemble aurait pu être une bonne idée, mais le problème est que cela rallonge la durée de la séance. Ce qui fait que la dernière projection est toujours décalée et démarre avec au moins une heure de retard. Par ailleurs, en ce qui concerne la salle du Colisée, qui dispose de plus de 1400 sièges, pour que les spectateurs sortent et entrent, il faut compter environ 40mn à chaque fois, temps qui n’a pas été pris en compte lors de l’élaboration du programme.
  • Nous avons eu l’impression que nous avions un garde du corps presque en permanence. Tout le temps il venait gentiment nous demander : ca va, il n’y a pas de problème ? Avez-vous besoin de quelque chose ?
    Nous avons oublié son prénom, c’est un jeune qui fait partie de l’équipe des organisateurs. Nous savons que cela partait d’un bon sentiment, mais c’était un peu trop, nous nous sentions presque surveillés.

Quant à nous, cette année nous sommes très satisfaits, nous avons vu beaucoup de films intéressants et avons eu plusieurs contacts.

Cette invitation aux JCC est un cadeau qui nous a été fait, nous espérons bien le rendre en organisant une belle troisième édition du Festival du Cinéma Tunisien à Cannes.

Neïla Driss

 

Lire sur le même sujet:

Commentaires:

Lisez Aussi Sur Webdo

Tapis rouge CIFF 41

Charte collectif 50/50

CIFF 2019 Mehdi Barsaoui recevant le prix Meilleur Film Arabe