Mohamed Hefzy, d’ingénieur en métallurgie à médecin du cinéma arabe

Mohamed Hefzy, d’ingénieur en métallurgie à médecin du cinéma arabe

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Mohamed Hefzy
Mohamed Hefzy

Il y a environ trois semaines, le scénariste producteur égyptien Mohamed Hefzy était à Tunis pour la première du film Clash, réalisé par Mohamed Diab. Clash était en compétition à la dernière édition des JCC, et y a d’ailleurs remporté quatre prix, dont le Tanit d’Argent.

J’avais remarqué Mohamed Hefzy lors du débat qui avait suivi la projection presse du film, justement lors des JCC. Son visage m’était familier, je me suis rappelée l’avoir vu dans l’émission Zaman de Hussein Fahmy. Il y avait été en effet interviewé sur le cinéma égyptien indépendant ou « parallèle ». Mais j’avais surtout été frappée par sa passion pour son travail.

Cette passion était tellement palpable qu’elle m’a donné envie de me documenter sur sa carrière et quelle ne fut ma surprise de découvrir que ce jeune cinéaste a, soit écrit soit produit, la plupart des films arabes à succès, aussi bien commerciaux que d’auteurs, de ces dernières années. A titre d’exemples : Microphone (2010), Asmaa (2011), Villa 69 (2013), De A à B (2014), Excusez mon français (2014), The Idol (2015), Avant la cohue de l’été (2015), Hepta (2016) et Ali, la chèvre et Ibrahim (2016).

J’ai découvert un producteur qui prend des risques et qui aime le cinéma. On le sent, pour lui ce qui importe le plus n’est pas tellement de gagner beaucoup d’argent, mais plutôt de faire de beaux films! En fait, il a réussi l’exploit de pouvoir faire des films commerciaux de qualité pour le public arabe et en même temps des films d’auteurs qui plaisent à l’échelle internationale.

En une dizaine d’années, Mohamed Hefzy a réussi à devenir l’un des meilleurs scénaristes producteurs du monde arabe et de faire de sa société Film Clinic l’une des plus importantes de la région.

En 2013, il a d’ailleurs été le seul arabe à avoir été sélectionné par Screen International magazine comme le cinéaste le plus influent de sa catégorie.

Mohamed Hefzy
Mohamed Hefzy

J’avoue que tout ce que j’ai découvert sur Mohamed Hefzy m’a donné envie de le connaitre et d’essayer d’en apprendre un peu plus sur lui et sur son parcours. Ce vœu a été exaucé lors de son dernier séjour à Tunis.

Vous êtes ingénieur en métallurgie et en même temps scénariste et producteur. J’ai appris que vous travaillez trois jours par semaine à l’usine, ce qui ne vous laisse que quatre jours pour le cinéma. Comment arrivez-vous à concilier ces deux métiers si différents et pourquoi avoir fait ce choix ? 

C’est vrai, mais en vérité, je ne vais à l’usine que 4 heures trois fois par semaine, ce qui fait une douzaine d’heures en tout, on ne peut pas dire que j’y travaille beaucoup. En fait, j’y vais pour faire le suivi et superviser un peu. C’est plus une obligation morale envers ma famille qu’autre chose. Je suis la 3eme génération et j’ai cette responsabilité d’aider mon père et mon frère aîné.

Mais je consacre le plus gros de mon temps à ma société de production et à l’écriture de scénarios, quoique je l’avoue, je n’écris plus beaucoup. En réalité j’ai écris seulement neuf films alors que j’en ai produit ou coproduit vingt quatre.

En fait, je consacre la majorité de mon temps au développement/amélioration des scénarios que j’ai l’intention de produire. Le développement signifie suivre le scénario, le réalisateur, l’équipe de travail, les acteurs, le montage, la publicité et suivre la production s’il y a un film en tournage.

Je peux écrire un scénario tous les deux ans, mais je dois produire en moyenne 3 films par an. Donc j’y consacre plus de temps.

Pourquoi avoir choisi le cinéma alors que vous étiez destiné à être ingénieur ?

En réalité, c’est à l’université que j’ai découvert le théâtre, le jeu des acteurs, la mise en scène et j’avais aimé cela.

C’est lorsque je suis allé poursuivre mes études à Londres que je me suis intéressé au cinéma. Pendant 4 ans, j’avais eu à ma disposition un énorme stock de films, des films anciens, des classiques, des films du monde entier, pas seulement hollywoodiens. J’avais aussi à ma portée des livres sur le cinéma et sur l’écriture. J’étais sensé être à la faculté pour étudier, mais je crois que je me suis plus instruit en lisant des livres et en regardant des films. Et c’est à Londres que j’ai commencé à écrire. J’ai d’ailleurs écrit un scenario en anglais, et je voulais le mettre en scène. C’était cela mon but premier : la mise en scène. Mais je n’en avais pas les moyens.

Tarak El Eryan, un réalisateur égyptien a lu mon scénario et l’a aimé. Il m’a alors proposé de travailler avec lui en tant que co-scénariste sur le film « Assillim w etta3ben » (L’échelle et le serpent) avec Hany Salama et Hala Shiha.

C’est ainsi que j’ai commencé… Et continué…

J’ai fait 6 à 7 films comme scénariste jusqu’en 2005 et ensuite j’ai décidé de créer des ateliers d’écriture avec des auteurs débutants ou méconnus. Ces ateliers essayaient de créer des projets ou de «soigner» des scénarios, c’est la raison pour laquelle j’ai appelé ma société Film Clinic. En réalité, nous développions des projets et nous les vendions aux producteurs. Et j’ai découvert que finalement ce développement était la partie la plus difficile de la production et c’était ce qui manquait à notre industrie. En réalité, j’ai essayé de faire en Egypte ce que fait parfaitement bien Dorra Bouchoucha en Tunisie. J’organisais donc des ateliers, je ramenais des gens de partout, des USA, d’Europe et d’Egypte pour donner des cours d’écriture de scenario. Moi-même j’enseignais cette écriture de scenarios. Le résultat est que nous avons fait de beaux films qui ont eu du succès.

En 2007, j’ai décidé de produire. Je commençais à être connu…Et voilà, c’est de cette manière que j’ai commencé…Le premier film a bien réussi, j’ai donc continué.

Vous vous êtes spécialisé dans le cinéma indépendant ou parallèle, pourquoi ?

Affiche du film Microphone
Affiche du film Microphone

Cela a commencé en 2010 avec le film « Microphone ». Ahmed Abdallah avait déjà fait un film indépendant : « Héliopolis » en 2009. Il m’avait contacté et m’avait dit qu’il voulait faire un film sur la musique underground. En fait, je ne savais pas ce qu’était la musique underground. Il a du donc m’expliquer, me faire écouter la musique de ces groupes et m’a raconté ce qu’il voulait faire. Sincèrement, comme j’étais en admiration de son film « Héliopolis », j’ai voulu travailler avec lui. C’est ainsi que j’ai découvert une autre façon de travailler. Ahmed Abdallah avait pensé faire le film avec une caméra 5D, et c’est d’ailleurs un des premiers films au monde à avoir été tourné avec une camera 5D.

C’était une expérience particulière. Sur le tournage, il n’y avait que 5/6 personnes, une équipe très réduite et des acteurs pour la plupart non professionnels. Et avec cette petite équipe, nous tournions dans des endroits réels.

Cela a été pour moi une expérience très agréable et le film en lui-même était réussi.

Nous l’avions soumis au festival de Toronto. Et c’était le début de mon aventure avec les festivals.

Ensuite Dubaï, Londres, Carthage* et plusieurs autres festivals importants. Nous avons été en tournée avec ce film dans plusieurs festivals et j’ai découvert des choses que je ne connaissais pas, je faisais des films locaux et j’avais découvert un autre cinéma. J’ai aimé le cinéma indépendant, j’ai aimé le cinéma d’auteurs et j’ai compris que c’est un cinéma qui ouvre de nouveaux horizons. Même si cela n’avait pas une grande influence en Egypte.

Après un moment, j’ai trouvé qu’il était aussi possible que le cinéma indépendant en Egypte ait un public, que certains films pouvaient même atteindre un plus large public, ce qui est effectivement arrivé avec le film « Excusez mon français » qui a eu un grand succès commercial en Egypte tout en réussissant à l’étranger et dans les festivals.

Avec le temps, j’ai commencé à me convaincre qu’il n’y a pas un cinéma qui soit « indépendant » du public.

Le cinéma indépendant est la liberté pour le producteur de faire le film qui lui plait, avec le réalisateur qu’il veut et l’équipe technique qu’il choisit, sans se soumettre aux conditions des grandes entreprises de distribution ou de financement qui veulent imposer leurs diktats sur la fabrication du film.

Mais même si le film est indépendant, le but ultime est quand même de toucher le plus large public possible et de le faire parvenir aux gens qui aiment ce genre de films.

Il est évident que dès le début, on sait que tel film aura un public très limité et qu’au contraire, tel autre film aura un public très large.

Par exemple le film « Akhdhar yabess », qui a été en compétition au festival de Locarno, au festival de Dubaï et à plusieurs autres festivals, qui a récolté des prix, comme par exemple celui de meilleur réalisateur à Dubaï, est un film, et je le savais d’avance, qui lorsqu’il sera distribué en salles, aura un public très très restreint. Mais j’aime faire ce genre d’expériences.

Pareil pour « Farch w Ghata ». Il était clair dès le début que son public serait restreint. D’ailleurs nous ne l’avons distribué que dans 5 salles et pendant une semaine seulement. Même s’il est vrai que pendant cette semaine il a fait un résultat qui n’était pas mal.

Les avis des spectateurs ne me surprennent plus. Il y a des avis tellement différents à propos d’un même film!

En plus, les goûts des gens changent et évoluent au fil du temps. Parfois il y a des films avant-gardistes, qui lorsqu’ils sortent choquent un peu, mais ensuite les gens s’y habituent et les apprécient.

Vous avez dit dans une émission Tv que vous étiez pour la censure parce que notre société est conservatrice. Pouvez-vous expliquer ce que vous voulez dire? Comment peut-on être créateur et pour la censure ?

En effet, je suis pour la censure parce que chez nous en Egypte, n’importe qui peut porter plainte contre toi et tu te retrouves en prison.

Vous voulez dire comme l’écrivain Ahmed Naji qui a été condamné à deux ans de prison parce qu’un lecteur a porté plainte pour atteinte aux bonnes mœurs en prétendant avoir été choqué par ses écrits ?

Oui, en effet, c’est bien cela. Donc la censure est une sorte de protection pour le créateur. Même avec la censure, certains parfois portent plainte et si le scénario qui a été présenté à la commission de la censure est légèrement différent de ce qui a été filmé, on peut être condamné à la prison. C’est arrivé à une productrice égyptienne qui a été condamnée à la prison, (bien que le jugement n’a pas été exécuté), en effet la bande annonce du film a heurté la sensibilité d’un citoyen qui a porté plainte. Or cette bande annonce était différente de celle qui avait été présentée à la commission de la censure et la productrice a donc été condamnée.

La censure sociale est en fait beaucoup plus sévère que celle de la commission de la censure. Il vaut mieux donc se protéger.

Par ailleurs, ce passage par la commission de la censure est le seul moyen de protéger la propriété intellectuelle. En effet, en Egypte, il n’y a aucun moyen d’empêcher un producteur d’utiliser une chanson ou un extrait de film ou autre. La jurisprudence dans ce domaine n’est pas concluante. Par contre, la commission de la censure oblige automatiquement à fournir tous les documents nécessaires qui prouvent les droits.

En fait, la commission de la censure en Egypte, joue un rôle différent que dans les autres pays.

Par ailleurs, notre société n’accepte pas certains dépassements. Et la réaction du public pourrait être violente. Certains pourraient casser le cinéma, comme c’est arrivé chez vous pour le cinéma l’Africa.

Chez nous, c’était quand même exceptionnel. C’était en 2011, six mois après la révolution, tout était encore sens dessus dessous et ces voyous en ont profité. C’était un cas particulier dans des circonstances particulières.

Mais par exemple, l’année dernière le film Marocain « Much Loved » de Nabil Ayouch est bien passé aux JCC et ensuite dans diverses salles de cinéma, sans aucune censure. La Tunisie est d’ailleurs le seul pays arabe à avoir permis la projection de ce film. Même au Maroc, pays du réalisateur, le film est interdit!

Par contre, chez nous en Egypte, de tels incidents peuvent survenir facilement. Donc la censure joue un rôle protecteur. C’est un rôle difficile de nos jours.

La liberté viendra petit à petit avec l’évolution de la société. Lorsque la situation du pays se stabilisera et lorsque les gens sentiront qu’ils sont représentés politiquement, qu’ils ont une voix qui leur permet de s’exprimer. Mais maintenant, dès qu’ils entendent qu’un film porte atteinte à leur point de vue, certains groupes, comme par exemple les salafistes, vont organiser des manifestations pendant lesquelles certaines personnes vont tout casser et s’adonner à la violence…

La commission de la censure, en plus de classer les films selon les âges, va contrôler tout ce qui pourrait donner lieu à des protestations, à de la colère… Je ne suis pas contre. Toutefois, je suis contre la censure lorsqu’elle a pour seule mission de protéger le régime politique en place.

En Egypte, en l’état actuel des choses, il est impossible de se passer de la censure.

Je sais qu’au Liban et en Tunisie, c’est différent. Un film tel que « Much Loved » ne pourrait jamais passer en Egypte.

Finalement, vous parlez de la censure comme d’une protection, alors que pour moi la censure est un frein à la liberté d’expression et à la création. Mais quelle est la solution ?

La solution est que le censure ait des critères clairs et précis et qu’elle ne mette pas de freins, ni à la liberté de créer ni à la liberté de s’exprimer. Il faut juste qu’elle fixe des critères objectifs et qu’elle soit une protection pour les créateurs comme elle serait une protection de la société.

Il est absurde qu’en 2016 on veuille empêcher un réalisateur de créer et de montrer ce qu’il a envie de montrer. Comment faire évoluer les mentalités si on empêche les créateurs de s’exprimer? Parfois on a aussi besoin de choquer pour faire avancer les choses. Par ailleurs comment empêcher que ces gens là ne nous tirent en arrière ?

Cela prendra bien du temps. Il faut que les mentalités évoluent. Il faut être patient.
En effet, ils nous tirent en arrière, mais en fait c’est un combat perpétuel entre les deux camps. Les intellectuels quant à eux doivent être agressifs, élever la voix, lutter en permanence et protéger leur travail. Et en même temps, il y aura toujours un courant conservateur qui tirera en arrière. C’est la situation actuelle, on doit s’y adapter tout en résistant.

Mais le plus important est que la censure ne soit pas injuste et sélective. Parfois j’ai l’impression que parce qu’une personne crie très fort, on lui permet de distribuer son film, alors que pour d’autres, qui sont plus faibles, elle leur arrête leur film. Et cela me dérange. La censure doit être constante, elle doit être avoir les mêmes critères et les mêmes mécanismes pour tous.

Et bien sur j’espère qu’un jour il y aura plus de libertés. Il est évident que comme créateur je veux jouir d’une plus grande liberté.

Ce qui est bien avec cette commission, est que parfois on peut discuter avec ses membres, leur expliquer un point de vue et il arrive qu’on puisse les convaincre.

Parfois c’est la société qu’il faut convaincre. Il faut alors un vrai débat à travers les divers programmes, les articles de journaux et les émissions TV pour expliquer aux gens ce que l’on veut dire, ce que l’on essaye de faire… Le problème réside dans les gens qui ne lisent pas, qui ne regardent pas la Tv, qui n’écoutent pas la radio… mais qui hurlent à chaque fois qu’ils entendent qu’il y a je ne sais quoi et ils créent des problèmes pour rien. Comme par exemple les « chouyoukh » qui édictent des « fatawi » et qui disent des choses sur les chaines satellitaires sans même comprendre de quoi il s’agit et sans aucune qualification pour donner un avis ou prendre position. Ces gens là sont, à mon avis, les plus dangereux.  

Affiche du film Clash (Eshtebek)
Affiche du film Clash (Eshtebek)

Vous êtes à Tunis pour la deuxième fois en trois mois pour le film « Clash » qui a été présenté aux JCC et y avait remporté quatre prix et vous êtes à nouveau là pour sa sortie au cinéma. Racontez nous « Clash » et le message que les scénaristes voulaient faire passer?

Je ne pense pas que Mohamed Diab ait un message pour les spectateurs. Je pense qu’il voulait constater une situation et voulait que tout un chacun puisse regarder les personnes qu’il considère comme ses ennemies juste comme des humains. Mais il ne dit rien d’autre. Il ne parle ni de cohabitation ni de réconciliation. Il pousse à regarder des titres politiques d’une façon humaine. Il ne dit pas quoi faire. Il n’a pas de message ou une directive précise.

C’est ce que je sais de Mohamed Diab et ce que j’ai compris du film. Et c’est pour cette raison que j’ai accepté de le produire parce que personnellement je pense que pour le moment on ne peut parler ni de réconciliation, ni de participation politique. C’est trop tôt et quasiment impossible en l’état actuel de la situation. Et de toute façon, je n’ai pas envie de parler politique. J’ai envie de parler du film et en fin de compte si le film a un message ou une intention, je pense que cette intention est que nous nous regardions les uns les autres d’une façon humaine et que nous essayions de voir qu’à l’intérieur de nous même, nous avons tous des points communs, des points communs à toute l’humanité.  

On a reproché au film d’avoir été un peu trop indulgent envers les islamistes. Qu’en est-il en réalité? Un des coproducteurs, Moez Masoud, est justement un islamiste, est ce que cela a eu une influence sur le film ?

Il n’est pas islamiste dans le sens politique. Je ne pense pas qu’il soit proche d’un courant politique. C’est un chercheur islamique et un prédicateur islamiste, mais il n’est pas politisé. Il avait été avec la révolution, du courant de la révolution, et il utilise les médias comme moyen de répandre ses prêches.

Ses prêches parlent beaucoup humanité et des points communs entre toutes les religions. Il appelle à la même chose que nous. Il appelle à la tolérance, l’amour, l’humanité…

Mais appelle-t-il à une liberté individuelle? A la liberté de conscience ?

Non, je ne le pense pas.

Nous avons essayé de travailler dans ce film sur les principes communs. Peut-être que nous n’aurions pas pu travailler sur un autre film. Je suppose que s’il s’était agit d’un film avec une scène un peu «osée» entre un couple, un baiser, une étreinte…cela aurait été différent. Dans mes films, je suis convaincu que parfois il y a une obligation d’avoir de telles scènes pour une meilleure compréhension de l’histoire. Je sais que dans un tel film, nous ne pourrions pas être d’accord, nous ne pourrions pas travailler ensemble parce que nous n’aurions pas un point de vue commun. Mais dans ce film « Clash »,  le socle commun sur lequel nous pouvons être d’accord et sur lequel nous pouvons travailler existait donc le film a pu être fait. Mais cela ne signifie pas pour autant que nous travaillerons encore ensemble. En fin de compte je n’avais eu aucun problème à travailler avec lui tant que cela ne contredisait pas, non seulement mes principes personnels, mais en plus mes principes en ce qui concerne ce film.

Sans oublier que moi, sur un plan personnel lorsque je l’ai connu, même si ce n’est qu’au sein du travail, j’ai découvert une personne  très respectable. Il respecte autrui, il accepte les différences, il est très travailleur, il aime l’Art, il aime le cinéma, il aime la musique, finalement tout cela a été encourageant pour travailler avec lui.

Donc en fait, travailler avec lui serait presque une illustration du film! Travailler ensemble comme humains et non pas comme adversaires politiques. Travailler ensemble juste en tenant compte des points commun et en oubliant les différences !

Sourire.

Connaissez-vous le cinéma tunisien? Quelques films? Qu’en pensez-vous ? 

Cette année,  j’ai raté les films tunisiens importants. J’ai seulement vu « Fleur d’Alep » de Ridha Behi et « Zaineb n’aime pas la neige » de Kaouther Ben Henia.

Je n’ai pas vu les autres films. Je voulais voir « Nhebbek Hedi » de Mohamed Ben Attia  et « Corps étranger » de Raja Amari, mais je n’y suis pas arrivé. Il y a des films que j’ai vraiment l’intention de voir.

J’ai beaucoup aimé « Zaineb n’aime pas la neige ». Mais je dois encore voir d’autres films pour être au courant de ce qu’il se passe et être à la page.

En plus, il y a des réalisateurs nouveaux, il faut que je connaisse leur travail. Par exemple Mohamed Ben Attia, je sens qu’il va faire du beau travail.

J’ai aussi entendu parler du film « The last of us » de Ala Eddine Slim. On m’a même dit que c’est un des plus beaux films arabes de l’année. Je veux absolument le voir.

Je pense que le cinéma tunisien dans son ensemble est en progression, il a fait de grands progrès après la révolution. Et je pense aussi qu’il y a une intention ou même une volonté de votre gouvernement d’encourager le cinéma. Ce que nous n’avons pas en Egypte.

Je sais qu’au Maroc et même en Algérie, les gouvernements encouragent et subventionnent aussi le cinéma. Peut-être parce qu’il n’y a pas un grand marché, ils sont obligés de le faire.

Un journal égyptien a dit dernièrement que le cinéma tunisien est l’avenir du cinéma arabe, qu’en pensez-vous ? 

Ah oui ? Possible. Mais je pense que ce n’est pas seulement la Tunisie, je pense que plusieurs pays arabes sont entrain d’avancer. Comme la Jordanie, le Maroc… Ils produisent de très beaux films, même s’ils n’en produisent pas chaque année et d’une façon régulière. Nabil Ayouch est par exemple parmi les réalisateurs arabes les plus importants et il fait d’excellents films. L’Égypte aussi est en train d’évoluer. Il reste le cinéma traditionnel, mais un nouveau genre de films est en train d’émerger.

Pourquoi est ce que d’après vous les films arabes ne sont pas distribués dans tous les pays arabes. Pourquoi par exemple en Egypte, il n’y a que le cinéma Zawya qui distribue nos films tunisiens? Certains disent que c’est à cause de l’accent. Tarak Chanawy a même écrit un article pour dire que c’est un problème de compréhension des divers dialectes et accents, mais ce n’est pas une excuse. Si tel était le problème, il suffirait de sous-titrer les films en arabe littéraire.

Je ne pense pas que cela soit un problème de langue. Je pense que la plupart des gens vont au cinéma pour se divertir, ils n’ont pas envie de réfléchir. Ils vont par exemple voir les films américains commerciaux, mais ils n’iraient pas voir un film d’auteur américain ou européen. Je pense qu’il ne s’agit pas d’un problème de langue mais plutôt d’habitudes, de culture… Mais il y a des tentatives. Par exemple, il y a la société MAD Solution qui a pris le film « Nhebek Hédi » pour le distribuer. C’est bien, il faut commencer, même si c’est très timide au début.

Vous produiriez un film tunisien ?

Si le film me plait et qu’il y a une raison, et que je pense que le film puisse intéresser mon public pourquoi pas? Il faut des points communs, par exemple si un acteur égyptien tournait dans un film tunisien, ou que le sujet en lui-même comporte un élément égyptien ou qui intéresse les égyptiens. Il faut que cela soit organique, pas parachuté ou superficiel. Il faut surtout que mon apport soit un plus pour le film. Dans ces conditions, il est évident que je coproduirais mais en n’étant pas le coproducteur principal.

Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais Il y a quelques semaines se sont tenu en Algérie les Premières Rencontres Cinématographiques de Hassi Masseoud «Films nominés aux Oscars». La volonté des algériens est d’investir dans le cinéma. Ils font un appel et offrent de coproduire des films avec tous. Lors de la cérémonie d’ouverture, le ministre algérien de la culture a relevé qu’ayant une culture commune, les arabes devraient collaborer pour développer leur cinéma ensemble. Il a insisté sur le fait que la culture et le cinéma sont un moyen de lutter contre l’intégrisme, fléau qui nous guette tous. Qu’en pensez-vous ?

Je n’ai pas entendu parler de ces rencontres, mais par contre, je suis l’un des membres fondateurs de l’Arab Film Institute (AFI), dont la création a été annoncée lors de la dernière édition du Festival International du Film de Dubaï.

En effet, je suis au courant. J’ai lu des articles à ce sujet suite à la conférence de presse que vous avez tenue, justement lors du DIFF. Dorra Bouchoucha est aussi membre fondateur.

Oui, en effet. J’ai d’ailleurs passé du temps avec Dorra Bouchoucha à Dubaï. Nous avons travaillé ensemble. J’aime beaucoup sa façon de travailler !

L’Arab Film Institute sera une sorte d’équivalent arabe de l’Académie des Arts et des Sciences du cinéma américaine et de l’Académie du Film Européen. C’est une association culturelle à but non lucratif, qui fournira une tribune à tous ceux qui contribuent à enrichir et à faire évoluer le cinéma arabe, pour qu’ils puissent débattre, dialoguer, planifier, imaginer, échanger…
L’AFI a pour principale mission de préserver, éduquer, soutenir et honorer les professionnels du cinéma arabe.

Il œuvrera également dans le but de promouvoir et de distribuer les films arabes, aussi bien dans le monde arabe que dans le monde entier.

Par ailleurs, une fois par an, l’AFI décernera des prix aux divers professionnels, un peu comme les Oscars américains. Ces prix, les Arab Film Awards, sont également un moyen de promouvoir le cinéma arabe. La première édition aura lieu en Mars 2018.

Merci beaucoup et bon vent à l’AFI. Je lui souhaite, comme au cinéma arabe, bien du succès et surtout qu’il puisse conquérir le monde entier!

 

Conférence de presse de l'Arab Film Institute
Conférence de presse de l’Arab Film Institute

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* Le film « Microphone » a remporté le Tanit d’Or lors des JCC 2010 et est le seul film égyptien qui a remporté ce prix à ce jour. Youssef Chahine avait remporté le Tanit d’Or en 1970 pour l’ensemble de son œuvre dont le film Le Choix.

Neila Driss

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