Fethi Bezrati (friperie) : « Notre secteur peut rapporter 200 MD aux caisses de l’Etat ! »

fethi-bozratiTunis Hebdo | Les commerçants grossistes et de détail et les sociétés importatrices des vêtements d’occasion (friperie) ont menacé d’observer, prochainement, une grève générale, «si l’Etat continue à pousser vers la fermeture de ce secteur». Fethi Bezrati, président de la chambre syndicale nationale des importateurs-exportateurs et récupérateurs des vêtements d’occasion, nous en dit plus à ce sujet.

Pourquoi menacez-vous d’observer une grève générale ?

Tout simplement parce que le gouvernement a prévu un projet de loi interdisant à nos sociétés l’importation des vêtements d’occasion. Ce qui veut dire, en d’autres termes, la fermeture de notre secteur.

200.000 emplois

Aujourd’hui, la majorité des Tunisiens achètent leurs vêtements de la fripe. Si ce secteur ferme, d’où les achèteront-ils ? De plus, c’est un secteur qui assure plus de 200.000 emplois (principalement des vendeurs). A-t-on pensé à leur avenir, au cas où cette loi passait ?

L’Etat refuse d’accorder des patentes

Mais la plupart des vendeurs de fripe travaillent sans patente et n’apporteront donc pas de recettes fiscales à l’Etat !

C’est l’Etat qui refuse de leur accorder une patente. Tous les vendeurs de fripe que vous voyez sont en train de travailler d’une façon anarchique et se voient refuser le droit d’avoir une patente. Si on légalise leur situation, 200 millions de dinars entreront tout de suite aux caisses de l’Etat.

200 millions de dinars dans les caisses de l’Etat

Parmi les excuses qu’on avance, est que la Douane ne peut pas contrôler notre secteur. C’est insensé ! Ce secteur existe depuis 1944, et est sous le contrôle de la Douane depuis cette date-là.

De plus, dans chaque société importatrice de vêtements d’occasion, il y a un agent de douane permanent. Et chaque fois qu’un conteneur, venant d’Europe, débarque au port, des inspecteurs de la douane le contrôlent. On ne voit donc pas où réside le problème.

Une menace pour le secteur du prêt-à-porter ?
fripe
Le gouvernement a prévu un projet de loi interdisant l’importation des vêtements d’occasion

On vous accuse d’être une menace pour le secteur du prêt-à-porter. Que répondez-vous à cela ?

On entend toujours ce genre d’accusations… On dit qu’à cause de la friperie, des usines de prêt-à-porter sont en train de mettre la clé sous la porte. Mais ce que l’on omet de dire est que ces entreprises sont totalement exportatrices.

Quant aux autres, ceux qui produisent pour le marché tunisien (je vais éviter de citer les marques), ils sont en train de travailler normalement. De plus, nous ne pouvons pas établir de comparaison entre notre chiffre d’affaires (environ 120 millions de dinars) et celui des entreprises du prêt-à-porter (6 milliards de dinars).

Menace de grève

L’écart est énorme ! Malgré ça, on veut nous exclure. Et là je pointe particulièrement certains lobbies du textile, du cuir et des chaussures. Mais nous ne laisserons pas faire.

Votre décision d’entamer une grève est-elle irrévocable ?

Nous allons, quand même, privilégier le dialogue. Une commission regroupant des commerçants grossistes et de détail et des sociétés importatrices des vêtements d’occasion sera chargée de négocier avec les ministères de tutelle (ministères de l’Intérieur, du Commerce, des Finances, des Affaires sociales), dans le but de trouver un terrain d’entente et de mettre en place des lois qui soient favorables à tout le monde et non pas expulsives. Mais si d’ici quelques semaines, le statu quo demeure, on sera obligé de passer à l’acte.

Propos recueillis par Slim MESTIRI

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