Noômane El Euch : « Il y une tentative pour étouffer la voix de l’opposition au sein de l’ARP »

Interview Noomane UneTunis Hebdo | Noômane El Euch, député du Courant Démocrate au sein de l’Assemblée des Représentants du Peuple, revient sur l’accord d’arbitrage et de réconciliation signé, la semaine dernière, entre Slim Chiboub et l’Etat, sur l’initiative législative présentée par son parti pour règlementer les opérations de sondages d’opinions et sur la nouvelle place de Mohamed Abbou au sein du parti.

De quel œil voyez-vous l’accord d’arbitrage et de réconciliation signé, la semaine dernière, entre Slim Chiboub et l’Etat ?

On ne peut que louer cette initiative, car cela est le processus naturel de la justice transitionnelle. La réconciliation doit passer par l’Instance Vérité et Dignité (IVD). En effet, le processus de la justice transitionnelle n’est ni un processus de vengeance, ni un processus de règlement de comptes.

C’est n’est pas non plus un processus d’arrangements sous la table. C’est plutôt un accord entre les deux parties (dans ce cas-là, entre Slim Chiboub et l’IVD) pour passer par les différentes étapes du processus de justice transitionnelle.

Êtes-vous d’accord avec le principe de la réconciliation globale préconisée par Ennahdha ?

Ennahdha doit assumer sa responsabilité dans cette initiative. Car, fin 2013, elle a voté en faveur de la loi règlementant le processus de la justice transitionnelle. Aujourd’hui, on a l’impression qu’Ennahdha veut contourner ce processus pour des calculs étroits liés aux prochaines échéances électorales.

« La réconciliation globale proposée par Ennahdha serait motivée par les Municipales »

C’est peut-être une façon de créer des liens avec notamment certaines figures de l’ancien régime, pour que ces derniers l’aident aux prochaines élections municipales. L’initiative d’Ennahdha nuit au processus de la justice transitionnelle. Ça c’est clair. E

lle n’encourage pas, par exemple, les figures de l’ancien régime ou les hommes d’affaires corrompus à se présenter devant l’IVD. Car ils ne demandent rien de plus qu’une telle initiative pour échapper au processus normal de la justice transitionnelle.

Les députés du Courant Démocrate ont présenté une initiative législative pour règlementer les opérations de sondages d’opinions. Pourquoi une telle initiative ?

Cette initiative vise à installer un paysage démocratique plus sain. Aujourd’hui, tous les acteurs de la scène politique démocratique savent que les sondages d’opinion peuvent manipuler les opinions –en faveur (ou contre) telle ou telle partie– et influencer le résultat d’un vote. Il faut donc réglementer le secteur pour apporter plus de transparence.

Cela ne peut que préserver notre jeune démocratie de toute tentative de dérive.
Rappelons dans ce cadre que celle-ci n’est pas la première initiative législative que nous présentons.

« Réglementer les opérations de sondages d’opinions »

Nous avons déjà présenté deux initiatives législatives : la première est relative à la transparence et à la lutte contre l’enrichissement illégal, tandis que la deuxième est relative à l’indemnisation des agents des forces de sécurité intérieure.

Votre parti a proposé, il y a quelques semaines, le remplacement de Mohamed Ennaceur, président de l’Assemblée des Représentants du Peuple. Pourquoi une telle demande ?

Nous avons formulé cette demande après avoir constaté que les articles du règlement intérieur de l’ARP n’étaient pas respectés, qu’il y avait une tentative visant à étouffer la voix de l’opposition au sein du Parlement.

Par exemple, lorsqu’un député demande à questionner un ministre en plénière, sa demande doit être satisfaite dans les 15 jours suivants, selon la loi. Mais en réalité, certaines de nos questions restent en attente pendant plusieurs mois.

« Le statut de Mohamed Abbou au sein du parti est toujours le même »

De plus, la présidence de l’ARP n’a rien fait contre l’absentéisme des députés, notamment ceux appartenant à la coalition du pouvoir. Sinon, notre demande de remplacer Mohamed Ennaceur est une sorte de pression exercée pour améliorer les conditions de travail du député.

Après l’élection d’un nouveau secrétaire général à la tête du Courant Démocrate –en l’occurrence Ghazi Chaouachi–, quelle place tient désormais Mohamed Abbou au sein du parti ?

Mohamed Abbou est toujours un leader au sein de notre parti. Il est membre du Conseil national du Courant Démocrate. C’est une valeur politique sûre et son statut au sein du parti est toujours le même. Ce n’est pas le secrétariat général du parti qui définit sa valeur. Ce poste n’ajoute rien à Mohamed Abbou.

C’est, au contraire, Mohamed Abbou qui offre une valeur ajoutée au parti. Sinon, peut-être que le départ de Mohamed Abbou de ce poste lui offrira plus de temps libre pour penser et rédiger des programmes ou des idées relatives à l’avenir du parti et du pays.

Propos recueillis par Slim MESTIRI

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